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Le Krav-Maga, un moyen de défense contre le terrorisme ?

(Photo d'illustration) | © Flickr @Israel Defense Forces

Sport

Dans le climat anxiogène actuel, de plus en plus de gens se tournent vers cette méthode d’auto-défense d’origine israélienne. Un sport physique dans lequel beaucoup espèrent y trouver du réconfort et de la confiance.

 

En une dizaine d’années, le Krav-Maga, qui combine des techniques provenant du judo, du ju-jitsu, de la boxe, du muay-thaï et de la lutte, s’est démocratisé et popularisé. Venu tout droit d’Israël, ce sport est à la base une discipline militaire. “Le Krav-Maga s’est formé dans l’optique de former les militaires au combat, de manière beaucoup plus rapide qu’avec un sport de combat traditionnel. D’un point de vue pratique, il s’agit d’utiliser un minimum de techniques applicables sur un maximum de situations”, explique Nicolas Stockreiter, directeur du club Fight-Off à Wavre. Cependant, le “Krav-Maga civil” rencontre des objectifs bien différents du “krav-maga militaire” puisqu’ici, le but premier est de sauver sa vie, ainsi que celle de ses proches. “On est vraiment dans une optique de self-défense”, précise Nicolas.

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Harry Mariette, directeur du club IKM à Etterbeek,  le confirme. “Ce n’est pas un sport de combat. Il n’y a pas de gagnants ou de perdants. S’il y a moyen de fuir le conflit, il faut le faire. La finalité réelle est de s’en sortir avec le moins de dégâts possibles”.

Le Krav-Maga peut sauver la vie

Cette capacité à fuir le danger s’affirme encore plus dans une société traumatisée par les attentats perpétrés ces dernières années. Dès lors, savoir se défendre est-il devenu inévitable ? “Il y a une prise de conscience collective aujourd’hui qui est la suivante : l’État ne peut pas nous défendre de tout. La croyance a toujours été : “si j’ai un problème, j’appelle la police”. Ce n’est pas faux, sauf que lorsque la police arrivera, les dégâts seront déjà faits. Avec les attentats, les gens comprennent bien qu’il vaut mieux savoir se défendre soi-même”, avance le directeur du club IKM. C’est pour ces raisons que Noémie, 16 ans,comme beaucoup d’autres femmes, a commencé le Krav-Maga l’année dernière, au sein du club KMG à Berchem-Sainte-Agathe. “Je cherchais un sport assez original, mais qui puisse m’être utile dans la vie de tous les jours. Avec le climat actuel qui règne en ce moment en Belgique, tout a changé. Les attaques terroristes sont toujours dans nos têtes. Je me sens beaucoup moins en sécurité le soir. Le Krav-Maga, cela permet de me sentir mieux, mais aussi de rassurer mes parents”.

Des stages “anti-terrorisme” au sein des clubs

Dans ce cadre, certains clubs à Bruxelles ont proposé des stages “anti-terrorisme”, pour apprendre, via des techniques de Krav-Maga, à savoir s’en sortir le mieux possible lors de situations d’attentats. “À partir du moment où quelqu’un rentre dans une enceinte fermée, armé d’un fusil long, il sera à l’aise si et seulement si autour de lui, il a de la place. Plus vous allez vous rapprocher de lui, plus il se sentira en difficulté. Le but de ce stage était de sensibiliser les gens au fait qu’il existe une réponse possible”, explique Harry Mariette. Au club Fight-Off à Wavre, Nicolas Stockreiter a également organisé un stage avec des démonstrations, afin d’apprendre à gérer une situation en cas d’attaque  par un tireur de masse.

© Harry Mariette

Je  venais avec un fusil en plastique dans une pièce où je ne savais pas où se trouvaient les gens. On a démontré que si on mettait une approche spécifique en réponse à une situation, on pouvait vraiment sauver des vies. Suivant la disposition et la réactivité des personnes dans la pièce, on comptait le nombre de victimes en dix secondes. On a commencé au scénario 1, le classique, où on confine tout le monde dans un coin d’une classe. Il y avait alors 95% de victimes. Tandis qu’au dernier scénario, le 6, en apportant une autre réponse, on s’est retrouvé avec 5 à 8% de victimes seulement”.

Il n’y a plus de blancs, de bleus, de rouges.

Cependant, pas question pour les clubs bruxellois d’axer tous leurs cours et leur publicité sur le terrorisme. “On a fait ce stage parce qu’on pensait que c’était important de faire passer ce message. Mais à part cela, on n’utilise pas l’argument terroriste comme un argument mis en avant pour l’apprentissage du Krav-Maga. L’unique objectif est la protection des personnes de manière individuelle”, affirme le directeur de Fight-Off à Wavre.

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“Ce qui nous intéresse, c’est la défense personnelle des gens. Avec le Krav-Maga, vous avez une chance de vous en sortir. Puis, je pense qu’à partir du moment où les jeunes sont au club de sport, ils se sentent intégrés dans des groupes et apprennent le respect. Tout le monde se côtoie et il n’y a plus de blancs, de bleus, de rouges. Il n’y a plus que des sportifs”. Noémie, débutante dans ce sport, ne compte pas arrêter de sitôt. “En plus de pouvoir être appliqué dans la vie réelle, ce sport permet de se défouler et d’acquérir de la détermination. Cela demande de rester maître de soi, mais, en même temps, cela permet de vider tout ce qu’on a en nous”.

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