Paris Match Belgique

Adamo et Arno raflent le show

Vidéo Culture

« Les filles du bord de mer » par Adamo-Arno dans un duo ébouriffant ont créé l’événement lors du lancement de la 4e saison de Tout le Baz’Art, l’émission culturelle, bilingue et sous-titrée, proposée par Hadja Lahbib sur la RTBF et Arte. Un chapelet de rencontres improbables et de reportages sur les lieux qui ont façonné le parcours des artistes belges. On retrouvera Adamo en hôte parfait et Arno, en chaussettes propres, le 23 septembre sur Arte, le 27 sur la Une.

 

Adamo gratte la guitare comme un jeune homme. Fringant, la voix immuable. Un gros son rauque : Arno enchaîne, vaille que vaille. Jamais avare d’une bonne farce, il scande « Joints, joints », au lieu du traditionnel « tsoin tsoin ». Pour les aficionados des deux monstres, le moment est quasi-biblique.

Encadrés de musiciens jazz, dont l’épatant Stef Camille Carlens, bassiste, chanteur, musicien et plasticien, frontman de Zita Swoon, ex Moondog Jr, Adamo et Arno entonnent « Les Filles du bord de mer». Béatitude absolue. Le morceau résonne dans la Jazz Station de Saint-Josse. Un cadre feutré, un public acquis qui entonne sans jeter un œil aux lyrics, disposés sur chaque table.

Silhouette fluette vêtue de noir, Hadja Lahbib multiplie les évocations sur le pouce. De façon intuitive, comme on aborderait des invités à la maison. Le parti pris : rendre compte, à la bonne franquette, des succès de son émission, Tout le Baz’Art, et saluer ceux qui y ont déjà pris part. Lors de cette conférence de presse informelle, elle évolue de l’un à l’autre, annonce les musiciens, réalisateurs, humoristes, directeurs de théâtre, auteurs présents.

Parmi eux, le réalisateur Ben Stassen, producteur et réalisateur de films d’animation, pape de la 3D formé à l’Université de Californie. Il y a quelques semaines sortait sur grand écran « Bigfoot Junior », agrémenté d’une bande-son de Puggy. Stassen évoque son prochain projet, The Queen’s Corgi un dessin animé royal qui prend sa source au palais de Buckingham. Un « trip chez la reine » qui devrait faire jaser en 2019.

(De gauche à droite) Jean-Paul Philippot, administrateur général de la RTBF, Salvatore Adamo et Hadja Lahbib, présentatrice-animatrice à la RTBF. © Ronald Dersin

Également de la cérémonie, la jazzwoman Melanie De Biasio, qui discutera longuement avec Adamo tandis qu’Arno s’attardera joyeusement au bar ; David Murgia, comédien d’origine verviétoise au somptueux profil grec ; l’architecte Luc Schuiten, tant d’autres. On reconnaît aussi Jean-Louis Colinet, qui fut directeur du National pendant douze ans et chapeaute le Festival de Liège. Et Caroline Lamarche, l’écrivain belge qui planche sur un vaste chantier.

L’émission propose des associations culturelles, sociétales, amicales, des rencontres inattendues, de l’inédit, du vécu. Hadja Lahbib associe, avec son talent de journaliste, des profils divers. S’ajoute à ce registre un regard d’artiste. Elle a réalisé plusieurs documentaires copieusement salués : Afghanistan. Le choix des femmes, en 2007 ; Le cou et la tête, tourné en 2008 dans un village de femmes au nord du Kenya ; La liberté ma mère (2012), sur les mères de première génération maghrébine ; Patience,  patience, t’iras au paradis !, crédité du Prix Iris Europa 2015 à Berlin.

Lire aussi > Prix Première RTBF : Négar Djavadi lauréate avec « Désorientale »

Dans tout le Baz’Art, un titre inspiré par une expression gourmande d’Arno, Hadja Lahbib rencontre une personnalité du monde culturel de son pays. Elle suit son invité dans des lieux de son choix, sur les routes de Flandre et de Wallonie, vers ceux qui ont marqué sa trajectoire. C’est l’émission du « Chacun dans sa propre langue (…), de l’humoriste Kody au polymorphe Jan Fabre (…) » Des échanges sur le ton de la confidence ou de l’humour, avec de solides passerelles historiques, sociales ou plus ludiques, sur un ton bon enfant, fantaisiste à ses heures. Une liberté, une fraîcheur et une imagination que l’on ne peut trouver que dans une émission belge, si l’on en croit un commentaire de Stéphane Monthiers, responsable de la direction des programmes chez Arte.

Hadja évoque ceux qui ont déjà pris part à l’aventure, comme le génial Johan Muyle. Auteur notamment de fresques monumentales et de sculptures motorisées composées d’objets assemblés, il pose un regard unique sur la condition humaine ou la radicalisation des religions. Elle cite aussi Paul Dujardin, directeur du Palais des Beaux-Arts de Bruxelles ou encore Jan Goossens, ex-directeur artistique du KVS (Théâtre royal flamand de Bruxelles), qui chapeaute depuis 2016 le Festival de Marseille.

Ils comptent parmi ces parmi les talents du cru à portée internationale qui ont joué le jeu nord-sud, terriblement contemporain, que propose l’émission, ouverte sur le monde via Arte. En trois saisons, le concept « feel good » a privilégié la « diversité hommes ou femmes », variété géographique aussi. Le succès s’est affirmé au fil des mois.

Adamo : « Je suis devenu un chanteur subversif ! »

Nous demandons à Hadja Lahbib quels sont ses souvenirs les plus saillants. « L’un des plus beaux a été la séquence avec Melanie De Biasio. C’était vers 5 heures du matin, au lever du jour depuis le sommet du terril de Charleroi avec le photographe Stefan Van Fleteren qui nous attendait au sommet. Melanie n’était pas au courant, c’était une surprise et le moment était d’une beauté rare! Avec l’écrivain Caroline Lamarche, on a pu entrer dans l’école qui sert d’atelier à Berlinde de Bruyckere, l’une des plus grandes artistes plasticiennes du pays. On a pu découvrir comment elle parvenait à créer ces sculptures qui imitent les veines, la peau à partir d’un mélange de cire. Être au cœur de la création, pouvoir partager ces moments avec le grand public est un énorme privilège. Le moment Arno et Adamo était super aussi. »

Lire aussi > Salvatore Adamo : « Peut-être que continuer à chanter est une forme de coquetterie »

« On m’a donné l’occasion de tourner dans des endroits de mémoire de cœur où j’ai passé des moments idylliques de mon adolescence, d’autres moments plus difficiles », précise Adamo en live. Sur écran on a droit à un aperçu de l’émission qui lui est consacrée le 23 septembre sur Arte. Installé dans son canapé, il y évoque la genèse des « Filles du bord de mer ». L’époque où une marque de lessive faisait sa pub pour une action « en douceur et profondeur »…

Le chanteur belge Arno et Salvatore Adamo. © Ronald Dersin

Quand soudain surgit, en guest de choix, Arno. « J’ai un cadeau pour  toi », lance ce dernier, emphatique. « Excusez-moi, je n’ai pas été chez le coiffeur mais j’ai mes propres chaussettes. » Arno explique dans quel contexte lui est venue l’idée de reprendre « Les Filles du bord de mer ». « J’étais en train d’enregistrer à Nashville, j’avais écouté une cassette des greatest hits d’Adamo. Je suis là à Nashville et j’ai la nostalgie d’Ostende. Je rentre dans le studio et je commence à chanter ‘Z’étaient chouettes les filles du bord de mer’…  Les mecs qui m’accompagnent, des musiciens américains, me disent : mais c’est super, on va l’enregistrer ! Je leur réponds : ce n’est pas de moi. »

Et de détailler, avec la verve qui l’honore, comment le sacré « tsoin tsoin » est devenu « joint, joint », avant d’extraire de sa valise le colis cadeau : trois calumets géants offerts à Adamo, hilare. « Ça va me permettre de joindre les deux bouts », pouffe ce dernier qui notera, en substance : « Voilà comment je suis devenu un chanteur subversif ! ».

Tous deux sont en pleine tournée. Adamo se prépare à jouer à Athènes, en Belgique et ailleurs. Arno repart sur les chapeaux de roue aussi, même s’il prétend s’en souvenir moins bien.

Caroline Lamarche : « La culture ? Une affaire de personnes »

La quatrième saison de Tout le Baz’Art promet une soixantaine de nouvelles rencontres. Elle est agrémentée d’une traduction en cinq langues donnant accès au programme, dans l’absolu, à 70 % du territoire européen. Un challenge au goût du jour magnifié par la personnalité de sa présentatrice. « Hadja est simplement épatante, elle est unique cette femme. Les artistes l’aiment, lui font confiance », dit Caroline Lamarche. L’auteur a réalisé les textes d’un petit livre illustré de collages érotiques de Nathalie Amand et publie, en février 2019, un recueil de nouvelles chez Gallimard. Elle travaille aussi à un projet plus conséquent, sur une base documentaire. « La force de l’émission, c’est son ouverture sur les mondes francophone et flamand. C’est une démarche encore trop rare. Il faut saluer bien sûr Passa Porta (la maison internationale des littératures de Bruxelles, lieu de rencontre plurilingue) ».

Lire aussi > « C’est tout meuf », le premier podcast féminin de la RTBF : « Aujourd’hui, le féminisme fait peur aux nanas et aux mecs »

Globalement, les communautés en Belgique se regardent encore en chiens de faïence selon Caroline Lamarche. « Il faut connaître l’intelligence et la créativité de ce pays. Au-delà des clivages politiques nous avons une audace commune. Il y a une niche et il faut s’en emparer », poursuit l’écrivaine qui regrette par ailleurs que les auteurs belges francophones soient encore trop souvent, dans l’Hexagone comme ailleurs, regroupés en un « clan » dans les librairies. « La culture et sa promotion sont essentiellement une affaire de personnes. J’aimerais saluer inlassablement dans ce sens le travail de personnalités comme Hadja, ou encore Anne Lenoir, directrice du Centre Wallonie-Bruxelles à Paris. Elle a fait énormément pour le rayonnement des créateurs belges. »

Hadja Lahbib et Hakima Darhmouch, ex-présentatrice du 19H de RTL-TVi, passée au pôle Culture et Musique à la RTBF. © Ronald Dersin

« Hadja est brillante, compétente et dans le partage. Je suis fière d’appartenir à une équipe qui propose de telles émissions », dit Hakima Darhmouch, qui a quitté récemment RTL-TVI pour assurer la direction du pôle Culture et Musique au sein de la RTBF. « C’est une équipe soudée, qui rayonne. Il y a tant de bonnes émissions : ‘Un jour dans l’histoire’, ‘Entrez sans frapper’, beaucoup d’autres. La culture est présente même dans les rendez-vous d’info. Nous allons renforcer encore le digital et le partage avec le jeune public. La mission culturelle favorise l’évasion, l’éducation, avec de la transversalité entre les disciplines. Tout cela permet de créer du lien dans la société. On vit des moments difficiles avec du populisme, du repli. La culture, l’histoire, qui aide à tirer les leçons du passé, les philosophies, l’éducation au sens large sont plus que jamais cruciales. Cécile Djunga a eu ce très bon mot lorsqu’elle s’est exprimée sur le racisme qu’elle a subi : lisez un bouquin ! »

 

Tout le Baz’Art sur Arte le dimanche 27/09 à 17h35, rediffusions sur la Trois le lundi 24/09 et sur la Une le jeudi 27/09.

CIM Internet