Paris Match Belgique

Réparations : quand l’art cicatrise les plaies

exposition

Amazone privilégie des artistes issues de la scène belge. | © Alice Pilastre

Culture

Amazone présente sa sixième exposition à Bruxelles, intitulée Réparations. Cinq femmes artistes ont travaillé à (se) réparer en utilisant l’art.

« Se répare-t-on jamais du fait de « n’être qu’ » une femme? De l’enfance, qui est dite tendre, et qui pourtant voit déjà se fabriquer le terreau de injustices ». Le projet artistique d’Amazone, en collaboration avec l’Université des Femmes, promeut les femmes artistes à travers des expositions bi-annuelles. Cette rentrée, c’est le thème de la réparation qui a été sélectionné. « Ce n’est pas anodin que des femmes s’intéressent à ce sujet » explique Camille Wernaers, chargée du projet. « Il s’agit de se réparer soi-même, mais aussi de réparer des situations injustes ». Cinq artistes y présentent leur travail sur la perte, le manque, la blessure, l’entraille qu’elles rafistolent, restaurent, rabibochent pour continuer à tenir (ensemble).

Refermer les brèches

Maria Fernanda Guzman, argentine, a placé dans la cour une sculpture commandée par la Fédération Wallonie-Bruxelles. Le canevas métallique est un travail collectif fait de cintres et de colsons rouges. La pièce montre les dégâts que peuvent causer les avortements illégaux, une pièce « lourde de sens pour toutes les femmes qui doivent encore user de méthodes barbares pour se faire avorter faute de liberté » explique l’artiste.

Lire aussi > Pourquoi le Sénat argentin rejette la légalisation de l’avortement

Alice Pilastre restaure de son côté des fragments de porcelaine, de tissus et de végétaux à l’aide de pièces dorées. Son travail rappelle l’art ancestral japonais de la réparation, le « kintsugi ». Symbole de la résilience, l’objet ainsi réparé tire sa force de ses cicatrices et sa beauté de ses imperfections.

autoportrait
Elisabeth Schneider

Raccomoder les normes et les tabous

Le tabou de l’inceste se brise un peu plus grâce aux photographies et à la vidéo artistique de Elisabeth Schneider. Ses autoportraits, pris à une époque où la parole à ce sujet lui étaient encore hors de portée, sont adoucis avec des éléments de la nature, lieux de respiration dans son témoignage ténébreux. Yasmina Assbane raconte grâce à un travail capillaire original la pression qu’exercent les normes sur les genres. La mue, qui transforme et délivre de ces cheveux, courts, longs, blonds platine, exhibés ou cachés. Elle explique ainsi que « les cheveux, c’est la norme, qu’elle soit religieuse ou sociale, c’est la norme. En cela, ça en fait un medium très intéressant dans notre société ».

Lire aussi > Flatulences, sexe, règles et linge sale : Sur Instagram, une artiste célèbre le (vrai) quotidien des femmes

Enfin, Sabine Sil expose 40 photos prises durant 40 jours, lors de ses visites quotidiennes à la piscine. En montrant la violence que l’on peut s’infliger à soi-même, elle pointe le besoin d’action mais surtout de récupération des corps. Autrefois fardeaux encombrants et témoins de douleurs subies, les corps féminins renaissent par le travail des cinq artistes allégés, soulagés, reposés et consolidés de leurs fêlures. L’exposition est à voir chez Amazone jusqu’au 11 décembre.

Sabine Sil
CIM Internet