Paris Match Belgique

Décès du scénariste de BD Raoul Cauvin, créateur des Tuniques Bleues et de Sammy

Décès du scénariste de BD Raoul Cauvin, créateur des Tuniques Bleues et de Sammy

Raoul Cauvin, en avril 2021. | © BELGA PHOTO / DIDIER DE HOE

Culture

Il est décédé à 82 ans des suites d’une longue maladie.

 

Originaire d’Antoing, près de Tournai, où il naît le 26 septembre 1938, Raoul Cauvin est décédé ce vendredi à l’âge de 82 ans, des suites d’une longue maladie. « Il est l’une des rares personnes à avoir suivi pendant cinq ans des études de lithographie publicitaire à l’Institut Saint-Luc de Tournai, pour découvrir en entrant dans la vie active que cette profession n’existait plus ! », se souviennent les Editions Dupuis.

Géant de la bande dessinée belge, celui qu’on appelait également l’homme aux 50 millions d’albums avait commencé sa carrière en 1960 aux éditions Dupuis pour y effectuer un travail de lettrage. Il évolue aux côtés de Piroton, Salvé, Jamic et Rosy avant de devenir caméraman au studio de dessins animés TVA. C’est en travaillant avec une caméra qu’il va se rapprocher de plus en plus du métier de scénariste. Il réalise notamment, à ses débuts dans le Neuvième Art, une douzaine d’épisodes des Naufragés, avec la dessinatrice parisienne Claire Brétécher. Dès 1965, Cauvin apparaît au générique du journal Spirou.

Lire aussi > Un monument de la BD belge annonce sa mort prochaine

Peu à peu, les dessinateurs se succèdent à la porte de ce scénariste auquel sont souvent associés aujourd’hui les qualificatifs de « prolifique » et « inépuisable ». Après l’humour tout public, il a évolué dans les années 1980 vers des productions plus proches de l’humour noir ou de la parodie.
On lui doit notamment les séries de Godaille et Godasse (avec Jacques Sandron), L’Agent 212 (avec Daniel Kox), Cédric (avec Laudec), Cupidon (avec Malik), Les Femmes en blanc (avec Bercovici), Les Paparazzi (avec Luc Mazel), Pauvre Lampil (avec Lambil), Pierre Tombal (avec Marc Hardy), Les Psy (avec Bédu), Sammy (avec Berck) et Taxi Girl (avec Laudec). Les amateurs de zwanze savent aussi qu’il a imaginé les aventures du Poje, le célèbre cafetier bruxellois représenté par Louis-Michel Carpentier.

Les Tuniques bleues

L’une de ses séries phares reste Les Tuniques bleues qu’il lance en 1968 avec Salvérius. À la mort de ce dernier, en 1972, c’est Lambil qui assurera le dessin de cette BD humoristique sur fond de Guerre de Sécession. Avec plus de 20 millions d’albums vendus en 50 ans, les Tuniques Bleues trônent parmi les séries les plus populaires de la BD franco-belge avec les indestructibles Astérix, Lucky Luke ou Spirou. À l’étranger, elles ont conquis des lecteurs fidèles aux Pays-Bas, en Allemagne et même un peu aux États-Unis.

Raoul Cauvin cherche, dans chaque album, à illustrer un aspect de la Guerre de Sécession, que ce soit une bataille célèbre, un acte héroïque ou désastreux, les joies et misères de la vie en garnison. « Je tiens beaucoup au contexte historique et à la présence de personnages réels, comme les célèbres généraux Grant ou Lee », expliquait-il à l’AFP il y a quelques années.

En octobre 2019, Raoul Cauvin avait annoncé arrêter l’écriture des scénarios de la série, après quelque 64 albums des Tuniques Bleues. La parution de cet ultime titre auquel Cauvin avait participé, « Où est donc Arabesque » était prévue le 15 octobre, un an après la sortie du 65e album du duo Beka/Munuera qui a repris le flambeau.

Malgré la notoriété acquise par l’auteur, les éditeurs ne se sont pas bousculés pour publier son projet « Le Bâtard des étoiles » et c’est finalement via un financement participatif et la plateforme Sandawe que l’album était sorti en mars 2016. Raoul Cauvin a remporté plusieurs prix pour son œuvre dont le Grand-Prix Saint-Michel de la bande dessinée en 2008. Plusieurs de ses héros sont statufiés, à l’image de l’Agent 212 à Middelkerke et des Tuniques bleues à Tamines. « Le grand public est assuré de toujours trouver sous sa signature un album populaire et agréable à lire. C’est un don et il est extraordinaire qu’il ait pu l’exercer sur autant de séries parallèles, le contraignant à fournir la matière d’une bonne quinzaine de volumes par année », écrit son éditeur historique, Dupuis, sur son site internet.

« Le divan, c’est mon outil de travail. Dans presque toutes les pièces de la maison il y en a un, ou quelque chose qui lui ressemble », a-t-il confié un jour, cité par les Editions Dupuis. Le scénariste l’avouait humblement, comme le Psy dont il nous a conté les aventures, il ne pouvait réfléchir correctement que lorsqu’il était allongé. « D’ailleurs, je vous défie de penser les yeux ouverts ! », disait-il. Il s’est éteint jeudi 19 août à l’âge de 82 ans.

Avec Belga

Mots-clés:
BD Raoul Cauvin
CIM Internet