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Mustii revient sous le feu des projecteurs en 2022: « J’ai un rapport amour-haine avec la Belgique »

Que cela soit en musique ou en comédie, l'artiste mise sur le lâcher prise. | © Cameriere Ennio

Culture

Comédien et musicien, Mustii n’est motivé que par une seule chose : son obsession de la performance.

 « C’est particulier d’être dans ce théâtre car c’est ici que j’ai eu mon premier job à la sortie de l’école ». Un grand sourire aux lèvres et le regard malicieux, Mustii, Thomas Mustin de son vrai nom, observe avec nostalgie l’environnement qui l’entoure. Nous le recevons au théâtre Le Public, une scène sur laquelle il a fait ses débuts en 2013. Aujourd’hui, le Belge apparaît au casting d’une dizaine de films. En 2019, il a été récompensé par le Magritte du meilleur espoir masculin. Avec bientôt un deuxième album à son actif, Mustii alterne comédie et musique au rythme de ses envies. Rencontre avec un artiste aux multiples talents.

Mustii, quel souvenir gardez-vous du théâtre Le Public ?

« J’en garde un souvenir très doux mais également très angoissé ! Je m’en souviens très bien, il s’agissait de la pièce de Roméo et Juliette. C’était mon premier projet donc l’excitation se mêlait à la tétanisation. Revenir ici, c’est me replonger neuf ans en arrière. J’adorerais remonter sur ces planches un jour. »

Avant d’être un musicien, vous êtes un acteur. Comment est née cette passion de la scène ?

« Mon histoire peut sembler banale mais ce sont mes parents qui m’ont inscrit au théâtre quand j’étais très jeune car j’étais timide et réservé. Ils se sont dit :  ‘On va le mettre sur scène devant un public, ça va peut-être le décoincer’ (rires). C’est vrai que ça passe ou ça casse, mais dans mon cas ça a été un vrai déclic. Le théâtre m’a permis de trouver un sens au chose, de me sentir bien dans mes baskets et assez vite je me suis dit que je voulais en faire mon métier. C’était une obsession, je n’ai jamais voulu faire autre chose. C’est une profession qui demande une part de risque et c’est ça qui la rend excitante. »

Quel est le rôle rêvé selon vous ?

« Je vais bientôt jouer Hamlet au théâtre, ça c’est un rôle ultime. Tu passes par tellement d’émotions que tu apprends. C’est un rêve pour un acteur. Mais en général, je suis toujours attiré par les rôles de loser, des gens qui ont des failles. C’est là qu’on explore le plus d’émotions. »

©Ennio Cameriere

Quand vous allez sur Netflix, vous regardez quoi ?

« Je consomme énormément de séries et je regarde vraiment de tout. J’adore Succession, à présent j’ai repris le Morning Show, et j’ai fini récemment Squid Games. Oui, je me suis fait avoir par la pression marketing… »

Comédie et musique sont pour vous aujourd’hui indissociables ?

« Je n’ai pas envie de choisir entre musique et théâtre, selon moi les deux disciplines se servent. C’est les deux ou rien. Ce sont deux stress et deux plaisirs différents. L’un est peut-être plus dans le lâcher prise. Les concerts sont aussi une sorte de mise en scène, je joue un personnage quand je chante, il y a beaucoup de théâtralité et ça je veux l’assumer à fond. J’adore enchaîner le studio pour ensuite me concentrer sur des tournages avant de revenir sur la musique. De la sorte, j’ai l’impression de revenir nourri, de part toutes mes rencontres. »

Le goût pour la musique est donc arrivé sur le tard ?

« Oui tout à fait, la musique est quelques chose d’instinctif pour moi. D’ailleurs, je n’ai pas vraiment les bases. J’ai fait trois semaines de solfège et puis je suis parti (rires).  Je compose sans la théorie, je vois mes morceaux comme des bricolages. J’aime l’idée de ne pas fixer de cadre et de partir de soi, de partir de son élément naturel. Je ne sais pas trop ce que je fais mais ça me permet de tester toujours plus de nouvelles choses. »

Le quotidien de Mustii, il ressemble à quoi ?

« Pour le moment, ma vie tourne autour de la préparation des concerts. Les répétions, les résidences… Mon projet musical est guidé par le fait qu’à la fin il y aura de la scène, c’est vraiment mon obsession et ce qui me motive et j’adore ça ! Mais je dois parfois relâcher la pression, alors je vais aussi boire des verres ou je vais au cinéma. J’adore le contact avec les gens et bouger. »

©Ennio Cameriere

Est-ce que vous auriez une petite anecdote de tournage à nous partager ?

« J’ai récemment tourné une série, L’île aux trente cercueils qui sortira en 2022. C’est un projet que j’ai adoré. La série se tournait en Bretagne à côté d’autres grands plateaux et sur l’un d’entre eux se tournait un film avec Mel Gibson. Je passais souvent près de sa caravane et j’entendais qu’il écoutait du Johnny Cash à fond. J’ai essayé de le voir mais je n’ai jamais réussi. J’aurais bien aimé lui donner un album pour qu’il l’écoute (rires). »

Vous travaillez beaucoup en France aujourd’hui, mais que pensez-vous de la Belgique culturellement parlant ?

« Je trouve que la Belgique est fascinante, il y a une telle variété culturelle en termes de musique ou de cinéma. Mais en même temps, elle est très frustrante. J’ai un peu un rapport amour-haine avec la Belgique. On pourrait faire tellement de liens et pourtant il y a énormément de divisions entre le Nord et le Sud, on fonctionne à deux vitesses. Je suis perturbé par le fonctionnement de notre pays, ce n’est pas facile pour les artistes. On fonctionne comme deux pays et on a pourtant beaucoup à apprendre l’un de l’autre. »

Théâtre, cinéma, musique… Mustii revient sous le feu des projecteurs en 2022

Le 21 janvier, le chanteur belge signera son retour musical avec It’s Happening Now. Un album beaucoup plus brute inspiré de son défunt oncle, qui était schizophrène. « Je voulais quelque chose de plus électrique tout en restant dans la pop bien sûr. Mon oncle est le fil conducteur de cet album. C’est une personne qui a toujours été dans ma tête. Je me souviens de comportements étranges quand j’étais petit. Ces souvenirs d’incompréhension sont restés, ça m’a marqué et le seul moyen de lui rendre hommage et de le comprendre aujourd’hui c’est à travers la musique. Je pense que l’art permet de cibler nos doutes. » Un album qu’il interprètera en autres le 8 juin prochain à l’Ancienne Belgique.

Mustii montera également sur les planches dans la pièce Hamlett dès le mois de février à Bruxelles et en Wallonie. Nous pourrons aussi le retrouver au cinéma dans Vous n’aurez pas ma haine, un film qui revient
sur les attentats du Bataclan.

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