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Ferdinand, le dessin animé qui écorne les toreros

Un taureau furieusement attachant | © Ferdinand Movie Belgium

Cinéma et Docu

Ferdinand est un taureau extrêmement touchant, qui préfère les fleurs au combat et cabriole sur les écrans dans le dernier dessin animé de Carlos Saldanha. Une fable burlesque qui n’hésite pas à écorner les toreros. 

Physique d’ado malgré ses 52 printemps, Carlos Saldanha est un zébulon. Il s’amuse comme un gosse à faire le taureau pour la photo, virevolte avant de s’asseoir sur son canapé. Il est brésilien, désormais installé aux Etats-Unis, mais propose de faire l’interview en français puisqu’il le parle plutôt bien. « Je suis né à Rio mais j’ai toujours eu des envies d’ailleurs, explique-t-il. D’où mon désir d’apprendre des langues étrangères». Et, à l’écouter faire des digressions constantes, on se rend compte qu’il y a en lui un peu de tous les personnages de ses films : de Scrat, l’écureuil de L’âge de glace, aux oiseaux délurés de Rio. Saldanha est un gosse. Comme l’est son taureau Ferdinand, qui préfère les fleurs au combat, la vie paisible à la corrida. Son film est à son image : vivifiant, burlesque, touchant. Et, surtout, il en a entre les cornes, ce qui n’arrive que rarement dans le cinéma d’animation où les sujets sensibles ne font pas bon ménage avec le marketing.

 

Si  Ferdinand  est un des premiers courts-métrages de Walt Disney en 1938, c’est surtout un livre pour enfants de Munro Leaf, paru deux ans plus tôt et devenu le livre de chevet de plusieurs générations. « En le découvrant à mon arrivée aux Etats-Unis, j’ai compris que c’était une histoire sur l’acceptation de la différence et que je pouvais laisser aller mon imagination pour créer de nouveaux personnages ». Après sept ans de préparation et quatre de production, Ferdinand est atypique à plus d’un titre. Il y a un burlesque assumé, qui lorgne du côté de Tex Avery ou des Marx Brothers, des personnages dantesques comme ce trio de chevaux, façon gravures de mode à l’accent germanique. Le film est aussi différent dans sa forme. La troisième partie, où notre taureau « flower power » est obligé de combattre dans l’arène, est quasiment muette. « Je crois à la force de l’animation, renchérit Saldanha. Pourquoi vouloir toujours souligner un élément de dramaturgie par des dialogues ? Avec le dessin, on peut faire passer beaucoup de choses dans une démarche, un regard, une posture. Pas la peine d’en rajouter ».

Un taureau pacifique qui aime les fleurs et un toréador imbu de lui-même

Alors, c’est sûr, le film n’a pas été facile à pitcher aux producteurs. Voici un taureau pacifique qui aime les fleurs dans un film qui cache à peine son opposition à la corrida et à son toréador imbu de lui-même. « Ferdinand ne comprend pas cette obligation de se battre. Il ne voit pas le toréador comme un méchant mais comme un être bizarre à l’ego surdimensionné. Quand les taureaux finissent à l’abattoir, ce n’est que leur destin. Je voulais que le film n’élude rien de la réalité. Après, à chacun d’y voir ce qu’il veut. » Cette liberté certaine s’explique aussi par la production des studios Blue Sky. Saldanha a réalisé l’essentiel de leurs gros succès (« L’âge de glace », « Rio » 1 et 2). « Nous n’avons pas d’héritage à gérer, comme c’est le cas chez Disney ou Pixar. Ce qui donne davantage de liberté. Dieu sait si “L’âge de glace” est inspiré de l’univers Disney, de Tom et Jerry, mais nous avons pensé ces films de manière indépendante. Enfin, Blue Sky est basé au nord de New York et non à Hollywood. Il y a peut-être chez nous cet humour typique de la côte est. Comme peut l’être l’influence de la culture française dans “Moi, moche et méchant”, puisque ces films ont été créés et produits par des Français. »

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Le francophile Saldanha se dit impressionné par la vivacité de l’animation tricolore, de l’école de formation des Gobelins aux studios d’Angoulême ou au Festival international du film d’animation d’Annecy dont il est l’un des fidèles. Il faudra lui demander quel est le personnage préféré de ses films pour le faire enfin se poser un peu : « Scrat, puisque son humour n’a pas besoin de mots. » Carlos Saldanha ou le réalisateur intarissable… sur les silences.

« Ferdinand », en salle le 20 décembre.

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