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Ongles Rouges, une immersion féminine dans le quotidien des prisons belges

Quand les gestes libèrent le quotidien des femmes emprisonnées | © Ongles Rouges

Cinéma

En bordure de Liège, à l’ombre des tours dont il est devenu indissociable, Droixhe est un quartier métissé où Le Parc ravit depuis 60 ans les cinéphiles. Ce lundi, Les Grignoux y projetaient Ongles Rouges, un documentaire qui parle de féminité et de routine quotidienne avec pour toile de fond, la prison de Mons. 

Valérie Vanhoutvinck l’annonce d’emblée, Ongles Rouges n’est pas un documentaire descriptif. Pour une plongée dans les prisons pour femmes ambiance Orange is the New Black, on repassera. Et pourtant, on aurait bien tort de passer son chemin, car Ongles Rouges est un bijou d’humanisme, de ces ovnis cinématographiques qui font réfléchir, vibrer, ressentir, aimer. Car comment ne pas tomber sous le charme de ces protagonistes aux destins cassés qui se confient devant la caméra de Valérie ? Elles sont 6 à avoir accepté. Certaines, comme Léocadie, sont à peine sorties de l’adolescence, tandis que d’autres portent sur leur visage les stigmates d’une vie difficile. On ne sait pas pourquoi elles ont été privées de liberté, mais leur joie de vivre, elle, ne leur a pas été enlevée, et il suffit de voir Loredana sourire en gros plan à l’écran pour comprendre enfin ce que signifiait le poète avec son invincible été.

Ongles Rouges

Se réapproprier le réel

Pas de descriptif du quotidien dans les quartiers pour femmes, donc, mais à la place, une exploration minutieuse des gestes routiniers, du maquillage à la vaisselle, qui unissent la réalisatrice et ses sujets des deux côtés du mur. Ainsi que l’explique Valérie Vanhoutvinck, « l’approche des gestes quotidiens est intéressante parce qu’elle est placée ici dans un territoire où les individus sont privés de mouvement. Le geste est une réappropriation d’une partie du réel, donc poser certains gestes dans un espace détenu est une forme de liberté ». Plutôt que de se concentrer sur ce qui sépare une femme libre d’une femme emprisonnée, la réalisatrice a choisi de chercher ce qui leur ressemble et les rassemble et l’a trouvé dans l’inlassable litanie de ces gestes tellement reproduits qu’on les effectue désormais en mode automatique. Une certaine forme de prison, peut-être. Mais le documentaire n’a pas la prétention d’être allégorique ou de prendre quelque position que ce soit par rapport à l’univers carcéral.

Ongles Rouges

Lointaines et proches

Si Valérie Vanhoutvinck souligne en interview que la prison de Mons, où les détenues ont été filmées, est une des prisons belges aux conditions les plus difficiles pour les femmes, cela ne transparaît pas face à la caméra. Il y a Marie-Hélène et Laetitia, compagnes de cellule et d’infortune, qui racontent entre deux éclats de rire leurs réveils au son de la radio. Laura parle de son fils, Stella montre fièrement ses piercings et Léocadie explique l’importance du maquillage pour elle. Des femmes toutes différentes, et pourtant tellement semblables à celles qui les regardent. Féminines jusqu’au bout de leurs ongles écarlates, elles égratignent les clichés et les préjugés. Au croisement de la sociologie et de l’anthropologie, Ongles Rouges est un petite pépite percutante et émouvante à regarder sans tarder. D’ailleurs, la RTBF ne s’y est pas trompée puisqu’elle a racheté les droits du documentaire et le diffusera prochainement. L’occasion pour les protagonistes qui sont encore derrière les barreaux de le regarder lors de ces soirées télé dont elles parlent avec émotion à Valérie Vanhoutvinck.

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