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Les larmes de la réalisatrice Maïwenn : « Par pitié, arrêtons de nous juger les unes les autres »

La réalisatrice Maïwenn s'est exprimée sur France 2. | © EPA/CHRISTOPHE KARABA

Cinéma

Dans une lettre ouverte, la réalisatrice de Polisse et Mon roi réclame le droit à faire ce qui lui plait… sans que cela ne fasse l’objet d’une tribune.

Face à elle dans l’émission « Stupéfiant » de France 2, Léa Salamé raconte : « Cela fait plusieurs jours que je vous appelle, que j’essaie de vous convaincre de prendre la parole ». D’abord, la réalisatrice Maïwenn Le Besco a refusé. Puis, elle a demandé du temps pour réfléchir, avant de faire à nouveau volte-face. Finalement, la voilà attablée avec la journaliste, un texte devant elle. Une simple feuille de papier, qui contient des mots difficiles à lire, pour Maïwenn. Elle commence : « Écrire un film, écrire une lettre, écrire un SMS, employer des mots et des phrases qui ne veulent pas dire la même chose pour vous que pour moi. Je réclame le droit de panser mes plaies comme je le veux ».

Chacun doit pouvoir souffrir de ce qu’il veut, comme il veut et quand il veut.

Au « J’accuse » d’Émile Zola, l’actrice et réalisatrice opposera tout au long de sa lecture son « Je réclame » de femme. « Je réclame le droit de coucher avec qui je veux pour le temps d’une nuit sans être une femme facile quand les hommes sont des séducteurs, je réclame le droit d’avoir du pouvoir dans mon travail sans faire peur aux hommes. Je réclame le droit d’être draguée avec maladresse, insistance et d’appeler cela ‘importuner’ si je le veux. Je réclame le droit de ne pas être jugée si j’emploie des mots qui n’ont pas la même résonnance que pour vous ».

« Je réclame qu’on ne juge pas une femme si elle a eu besoin d’écrire un livre sur son histoire de harcèlement sexuel. Je réclame le droit qu’on ne juge pas une femme qui pense qu’on doit se débrouiller seule après un viol. Nous ne sommes pas tous égaux dans la douleur et dans la résilience et nous n’avons pas la même capacité mentale ou physique de nous remettre de nos traumatismes. Ne jugeons pas une femme qui aime la violence pendant qu’elle fait l’amour, ne jugeons pas une femme qui ne se remet pas d’une main aux fesses. Ne jugeons pas des femmes intellectuelles qui prennent la parole et bousculent nos mœurs. Par pitié, arrêtons de nous juger les unes les autres », lâche-t-elle enfin dans un souffle, avant de s’interrompre. L’émotion de Maïwen est trop forte, et elle demande d’interrompre un instant le tournage, en larmes.

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Revenue à l’écran plus sereine, elle conclut : « Quelque chose d’historique est en train de se jouer, en ce moment, alors soyons unies. Chacun doit pouvoir souffrir de ce qu’il veut, comme il veut et quand il veut. On va y arriver ».

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