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Comment le film « Okja » a rendu ces spectateurs végétariens

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Il suffisait d'un cochon géant, seul ami d'une jeune Coréenne, pour pousser les gens à revoir leur alimentation. | © Netflix

Cinéma et Docu

Film militant par excellence, Okja avait noué la gorge de nombreux spectateurs lors de sa sortie en juin 2017 sur Netflix. Quelques mois plus tard, il en a rendu certains végétariens avec sa fable contre la souffrance animale et les conséquences de l’élevage intensif aux États-Unis.

Pour convertir des omnivores au végétarisme, il suffit non pas de leur montrer des vidéos cruelles (et réelles) d’élevage industriel, mais bien de regarder un film sur Netflix. Sorti en juin 2017, après avoir suscité une mini-polémique « cinéma contre le streaming » au Festival de Cannes, Okja serait plus efficace que ces images volées qui montrent les coulisses de l’abattage animal. Dans cette fiction réalisée par Bong Joon-ho, une jeune fille et un cochon géant aux faux airs d’hippopotame sont les meilleurs amis du monde dans les montagnes coréennes. Jusqu’au jour où une multinationale Mirando (cela ne vous dit rien ?) vient tout bousculer en enlevant l’animal à sa propriétaire dans le but de l’exhiber dans une foire à bestiaux, puis de le distribuer en barquettes sous vide. C’est le début d’une course contre la montre pour Mija, entre la Corée et les États-Unis, pour récupérer son compagnon géant.

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« La science-fiction est souvent un moyen détourné de réinterpréter et d’explorer des problèmes de la vie réelle, mais les messages d’Okja sont plus percutants que d’autres », écrit le magazine GQEntre tyrannie capitaliste, activistes écolo et industrie agro-alimentaire, le film engagé porte en effet haut et fort un message clair : mangez moins de viande !

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Okja et végétarisme

« Ce qui est diabolique n’est pas de manger de la viande mais que cette viande soit produite en masse et vendue non pas pour la survie de l’homme mais pour le profit. C’est pour moi une sorte d’holocauste et de génocide qui ne dit pas son nom, expliquait le réalisateur Bong Joon-ho avant la diffusion de sa fable morale sur Netflix. Je ne suis pas végétarien, mais il faut s’interroger sur ce système de massacre à grande échelle. Je pense que la clé est d’écouter la voix des animaux ».

Si le film est moins une ode au végétarisme qu’un conte satirique pour sensibiliser la planète à la souffrance animale, Okja a tout de même réussi à convertir certains spectateurs. Jon Ronson, qui a co-écrit le film avec Bong Joon-ho, raconte avoir reçu de nombreux témoignages : « Oh, il y a eu tant de gens. Tant d’histoires. Je me souviens avoir reçu un e-mail juste avant que le film sorte, qui disait : ‘Il y a des gens partout dans le monde qui ne réalisent pas qu’ils sont sur le point de devenir végétariens’», explique le scénariste lui-même végétarien à GQ, en ajoutant que les recherches Google du mot vegan ont augmenté de 65 % après la sortie du film. Je n’ai aucune idée de s’ils ont continué à mener ce mode de vie, mais l’impact est assurément là ».

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« Se pousser hors de sa zone de confort »

Annie McCarthy, une designer de 23 ans, en fait partie. Ou plutôt, elle a renoué avec ce régime après que le film lui a rappelé ce qui l’avait inspirée en premier lieu. « Je m’y suis tenue depuis. Au bout d’une semaine, je suis allée par habitude dans mon restaurant vietnamien préféré et j’ai remarqué qu’ils n’avaient aucun plat sans viande. Je me suis rendue compte qu’être végétarienne allait être beaucoup plus difficile que ce dont je me souvenais ». Pour Abbey White, qui tentait pour la première fois ce changement alimentaire, c’était encore pire. « J’ai passé le mois suivant à goûter tous les ‘dumplings’ autour de moi avant de trouver des ‘dumplings’ végétariens que je puisse apprécier. C’est, pour moi, la clef pour devenir végétarien. Se pousser soi-même hors de sa zone de confort, pour trouver de nouveaux aliments réconfortants ».

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Le réalisateur Tom Park a lui aussi été convaincu par le film. « Il m’a conduit à faire de grosses recherches – déprimantes – sur l’élevage intensif. C’était comme un film Pixar en version glauque et vraiment tordue. Le dénouement final est une histoire porcine horrifique de familles séparées de force dans des conditions de vie atroces ».

Pas d’impératif moral

La force de la fable morale réside dans une seule question, posée à la fin du film (attention, spoilers) : « quelle est notre responsabilité avec dans un système que nous ne pouvons pas changer significativement ? » rappelle GQ. « L’achat d’Okja par Mija pour la sauver est aussi bien un moment sombre qu’une victoire. Ce n’est qu’en participant au capitalisme de consommation draconien qui a engendré (et emprisonné) Okja en premier lieu qu’elle peut libérer son amie ». 

Face aux documentaires et autres vidéos réelles, l’avantage de la fiction est de ne jamais présenter d’impératif moral, explique Slate, mais de se contenter de laisser opérer la fiction dans toutes ses ambiguïtés et ses imprécisions.

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