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Héros du Thalys et acteurs du dernier Eastwood : “On est un trio pour la vie!”

Le dernier film de Clint Eastwood sortira le 7 février 2018. | © Warner Bros

Cinéma et Docu

Rencontre à Paris avec Spencer Stone, Alek Skarlatos et Anthony Sadler, 25 ans, trois copains d’enfance américains, dont l’intervention héroïque dans le Thalys, a empêché un massacre. Ils sont aujourd’hui les stars du nouveau film de Clint Eastwood Le 15h17 pour Paris.

 

Paris Match. Comment vous-êtes vous retrouvés à jouer votre propre rôle devant la caméra de Clint Eastwood ?
Alek Skarlatos. nous ne savons pas vraiment, il faudrait le lui demander ! Nous sommes venus à Los Angeles trois semaines avant le tournage pour rencontrer les acteurs qui devaient jouer nos personnages dans le film. C’est alors que Clint Eastwood nous a demandé d’interpréter nous-mêmes nos propres rôles. Nous étions sous le choc !
Anthony Sadler. On avait tellement peur de gâcher le film, aucun de nous n’est comédien ! Et M. Eastwood nous a regardé en nous disant avec son style unique : « You can do it ! ». Comment lui dire non après ça ?
Spencer Stone. Ça nous a donné confiance. Si, lui, cette légende du cinéma américain, pense qu’on en est capable, alors on peut le faire.

Avez-vous pris des cours pour devenir acteurs ?
Spencer. On lui a tout de suite posé la question. On pensait qu’on devait apprendre à jouer mais c’est justement ce qu’il ne voulait pas. M. Eastwood nous voulait aussi naturels que possible, qu’on n’ait pas l’air de jouer. Trois semaines après ce premier rendez-vous, on commençait le tournage.
Anthony. La meilleure des écoles, c’était d’être sur le plateau chaque jour avec quelqu’un comme lui. Le top du top. Le regarder travailler et écouter ses conseils.

Surtout, ne jouez pas!

Quels conseils vous a-t-il donné justement?
Alek. De retrouver le même état d’esprit que le jour de l’attaque, pour que tout soit naturel. « Surtout ne jouez pas, mais réagissez à ce que les autres acteurs vous disent !« 
Anthony. Oui, il disait, cela ne sert à rien de jouer 20 fois la même prise.

Spencer Stone, Alek Skarlatos et Anthony Sadler dans Le 15h17 pour Paris, de Clint Eastwood. © Warner Bros

Quelles ont été les scènes les plus difficiles à tourner ?
Alek. Le premier jour a été le plus compliqué. On avait le trac, on découvrait le plateau, on voyait Clint Eastwood à l’œuvre. Toutes ces choses nouvelles pour nous, tout en priant de ne pas être trop moches à l’écran !
Anthony. C’était très intéressant de revenir dans le train. Pas facile sur le plan technique car chacun devait trouver sa place dans cet espace exigu. On voulait tous tellement que ces scènes soient parfaites. Psychologiquement, ce n’était pas traumatisant pour nous car personne n’a perdu la vie ce jour-là et beaucoup de positif est sorti de tout ça.

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Parlez-nous de cette scène où Mark Moogalian est à terre, grièvement blessé et que vous tentez de le sauver. Qu’avez-vous ressenti quand vous avez du revivre cette scène pour le film?
Spencer. C’est probablement la seule fois où j’ai vécu un véritable flash-back. Nous sommes dans le même train, avec Mark et sa femme, nous prononçons exactement les mêmes phrases avec les mêmes mots qu’il y a deux ans. Même nos blessures sont reproduites avec l’identique, il y a autant de sang, à tel point que j’en arrive à oublier l’équipe de tournage. Le mot « coupez » me fait sortir de cet état second. Il y avait une drôle d’énergie dans le train à ce moment, comme si tout le monde prenait conscience de l’intensité de cet instant et réalisait que Mark avait failli mourir.
Anthony. Beaucoup de gens ne se souviennent que des gros titres, que nous avons stoppé une attaque terroriste. Mais le film le montre bien, Mark allait mourir et Spencer lui a sauvé la vie.
Alek. Je ne pensais pas que Mark allait vivre. Je le regardais, il avait perdu tellement de sang, c’était impossible qu’il survive. J’ai été vraiment surpris quand j’ai appris qu’il s’en était sorti à l’hôpital.

Sans les actions des autres passagers du train, on n’aurait rien pu faire.

Qu’avez-vous éprouvé quand vous vous êtes retrouvés avec les autres passagers pour tourner le film ensemble ?
Spencer. Avec Mark et sa femme, nous nous étions revus plusieurs fois après l’attaque. Nous avons maintenant un lien d’amitié pour la vie. Les voir de nouveau pour le tournage, c’était vraiment différent que de se retrouver au restaurant pour boire des pots ensemble ! On s’est dit : c’est incroyable de se retrouver et d’être tous en vie ! Ce film nous a aussi permis de reprendre contact avec tous les gens du train, les policiers et les secours qui sont montés dans le Thalys à Arras.
Anthony. C’était cool de voir qu’ils ont aimé le film autant que nous et qu’ils trouvent leur histoire bien racontée.
Spencer. Les gens nous attribuent à tort tout le mérite de cette arrestation. Sans les actions des autres passagers du train, on n’aurait rien pu faire. C’était un vrai travail d’équipe.

©AFP PHOTO / PHILIPPE HUGUEN

Pensez-vous que le fait d’être devenus des héros est une sorte de revanche sur le passé qui n’a pas toujours été facile pour vous ?
Alek. C’était comme si la vie nous avait poussés vers ce moment, nous avait préparés à l’affronter. L’entraînement que nous avions en tant que militaires, nos expériences de vie, même nos hobbies nous ont aidés à survivre ce jour-là.
Spencer. Les échecs du passé nous semblaient jusque-là des échecs mais avec le recul, je les considère comme des succès.

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Le succès et les sollicitations ne vous ont pas séparés ?
Anthony. On n’arriverait pas se débarrasser les uns des autres même si on essayait très fort !
Spencer. Même si je déménageais sur une île, les deux autres débarqueraient !
Alek. On a connu tous les moments gênants les uns des autres depuis notre enfance, ce qui nous permet de rester très humbles. C’est pour ça qu’on n’a pas la grosse tête.

Qu’allez-vous faire après ce film ?
Spencer. Avec un peu de chance, du cinéma. On a vécu avec ce tournage les deux meilleurs mois de notre vie alors si on pouvait poursuivre cette carrière ce serait incroyable !
Alek. On essaie d’être acteurs maintenant.

Vous allez donc marcher toujours à trois ?
Anthony. On est un trio pour la vie !
Spencer. Et d’ailleurs, on a entendu dire qu’il y avait une ouverture pour jouer Les Trois Mousquetaires !

Le 15h17 pour Paris, de Clint Eastwood, en salle le 7 février

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