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Pourquoi le whitewashing de « Annihilation » est problématique (malgré les excuses du réalisateur)

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Le personnage joué par Natalie Portman est visé par ces accusations. | © Paramount Pictures

Cinéma

Quelques jours avant sa sortie aux États-Unis, Annihilation s’offre une mauvaise publicité en s’ajoutant à la longue liste de films accusés de whitewashing. Si le réalisateur ne semblait pas être au courant, ce nouveau cas de « blanchiment » d’acteurs prouve une nouvelle fois que les Asiatiques sont sous-représentés à Hollywood.

Annihilation figure parmi les films les plus attendus de 2018. Prévu pour le 23 février aux États-Unis et sur Netflix dans le reste du monde, le film de science-fiction, mené par Natalie Portman, relate l’expédition de quatre femmes scientifiques dans une zone extrêmement dangereuse et coupée de la civilisation. Un périple qui fait froid dans le dos puisque les précédentes tentatives d’étude de cet endroit se sont soldées par des disparitions, des suicides, des cancers foudroyants ou des troubles mentaux. Le personnage de Natalie Portman veut profiter de cette expédition pour obtenir des réponses sur la disparition de son mari. Elle sera épaulée dans cette aventure mortelle par Jennifer Jason Leigh, Gina Rodriguez, Tessa Thompson et Tuva Novotny. Un casting donc 100% féminin.

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Si certains applaudissent cette véritable audace dans un genre dominé par les hommes, d’autres accusent le film de whitewashing et reprochent au réalisateur Alex Garland (derrière Ex-Machina) de ne pas avoir respecté l’origine des personnages de la trilogie du Rempart Sud, écrite par Jeff VanderMeer. Ce sont les groupes MANAA et AIIFT qui surveillent la représentation des Américains d’origine asiatique et des Amérindiens dans le monde audiovisuel, qui ont lancé la première accusation. « Alex Garland exploite l’histoire mais ne parvient pas à profiter des véritables identités de chaque personnage », explique Alieesa Badreshia de MANAA dans The Hollywood Reporter.

Le réalisateur se défend

Le whitewashing concernerait en effet deux personnages, ceux interprétés par Natalie Portman et Jennifer Jason Leigh. Dans les livres d’origine, la première est décrite comme ayant un héritage asiatique, alors que la deuxième devrait être une Amérindienne à moitié caucasienne. Annihilation s’ajoute donc à la longue liste de films hollywoodiens à avoir donné des rôles ethniques à des acteurs blancs.

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Le réalisateur n’a pas tardé à se défendre, expliquant que les origines des personnages ont été révélées dans le second tome de la saga SF de Jeff VanderMeer, et non dans le premier, seul partie dont s’est inspirée Alex Garland. « Les personnages du roman que j’ai lu et adapté n’ont pas reçu de noms ou d’ethnies », a-t-il expliqué au TIME en admettant que le whitewashing était un réel et sérieux problème. « En tant qu’homme blanc d’âge moyen, je peux bien croire que je pourrais parfois être coupable de racisme inconscient, de la même manière que nous le sommes tous. Mais il n’y avait rien de cynique ou de conspirateur dans la façon dont j’ai casté ce film ».

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Paramount Pictures

Plus de diversité

Dans une interview pour Yahoo, les deux actrices concernées se sont également exprimées sur le sujet. « Nous avons besoin d’une plus grande représentation des Asiatiques, des Hispaniques, des Noirs, des femmes et plus particulièrement des femmes de couleur et des Amérindiens dans les films. Je veux dire que nous n’avons pas assez de représentation », explique tout d’abord Natalie Portman qui qualifie également la notion de whitewashing de « problématique ». »Il y a aussi ces catégories ‘blanc’, ‘non blanc’ – ce sont des classifications imagées, mais cela a de véritables conséquences dans la vie… Et j’espère que cela est en train de changer, parce que je pense que tout le monde est en train de devenir plus conscient de ça, ce qui, je l’espère, fera changer les choses », ajoute l’actrice engagée dans le mouvement Time’s Up. Si les deux actrices sont visées par les critiques pour leur couleur de peau, il faut tout de même préciser que le casting n’est pas 100% blanc : Tessa Thompson et Gina Rodriguez sont des femmes de couleur, alors Oscar Isaac qui joue le mari disparu est d’origine guatémaltèque.

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« Hollywood a-t-il un problème avec les Asiatiques ? »

Malgré la justification du réalisateur, ces accusations envers son film Annihilation arrivent au moment où le whitewashing devient de plus en plus dérangeant, surtout lorsqu’il s’agit de personnages d’origine asiatique. Les récents Death Note et Ghost in the Shell ont poussé le journal britannique The Guardian à poser cette question : « Hollywood a-t-il un problème avec les Asiatiques ? » Comme beaucoup d’autres films, ces célèbres films animés japonais ont vu leur personnage principal prendre vie grâce à Scarlett Johansson et Nat Wolff, deux acteurs blancs. Selon une étude repérée par TIMEparmi les 100 films les plus rentables de 2014, seulement 5% présentaient des acteurs d’origine asiatique, contre 73% de blancs et 12,5% de noirs. Les chiffres sont encore plus alarmants concernant les Amérindiens : moins de 1%.

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