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Saoirse Ronan, l’Irlandaise du Bronx

Saoirse Ronan : l'Irlandaise du Bronx. | © Patrick Fouque/Paris Match

Cinéma et Docu

La jeune actrice de 23 ans est nommée aux Oscars pour son rôle dans Lady Bird.

 

Même Jessica Chastain a buté sur le prénom de Saoirse (prononcer sœur-chat) Ronan. Elle a dû pourtant le prononcer deux fois, en annonçant les nommées puis la gagnante. La scène se déroule aux Golden Globes, l’antichambre des Oscars, à Los Angeles. Une jeune Irlandaise à l’accent venu du fin fond d’un pub de Galway vient de recevoir le prix de la meilleure actrice pour Lady Bird, un film de Greta Gerwig nommé dans cinq catégories aux Oscars. Ses premiers mots sont pour sa mère, qu’elle a appelée sur scène via FaceTime. La connexion Internet a du mal à trouver son chemin jusqu’aux verdoyantes collines irlandaises. Pas Saoirse, qui y file dès le lendemain. Une des trente personnes de moins de 30 ans les plus influentes de la planète (selon Time) vit donc, avec sa mère, dans une maison au sud de Dublin. Loin, très loin des arides canyons californiens. Rien, pour elle, ne saurait remplacer l’air salé et le ciel gris.

Si elle est née dans le Bronx, c’est parce que ses parents, Paul et Monica, des amoureux au chômage, ont fui la récession irlandaise. Il avait été ouvrier, elle travaillait dans les cuisines. À New York, Monica devient nourrice, lui décroche un boulot dans un bar. « Pendant trois ans, ils ont vécu dans l’illégalité, sans visa de travail », raconte Saoirse. Le destin bascule lorsqu’un client du bar propose à Paul de passer une audition. Paul Ronan tiendra de nombreux petits rôles au cinéma. Un nouvel horizon s’ouvre devant sa fille unique. Mais, en 1997, elle a 3 ans et les Ronan décident de faire le chemin inverse à celui de millions d’Irlandais qui peuplent la côte est. Retour en Irlande.

Je voulais incarner quelqu’un qui dit “fuck”. Pas la petite amie du rôle principal.

Entre lacs et rochers, la fille du Bronx se façonne une de ces personnalités dont les Celtes ont le secret. À l’âge de 7 ans, étonnante de maturité, elle a déjà pris sa décision. Elle veut jouer dans des films, comme papa. « Je voulais incarner quelqu’un qui dit “fuck”. Pas la petite amie du rôle principal. Je voulais être le rôle principal. Mam me soutenait dans toutes mes décisions. Grâce à quoi j’ai su que j’avais raison. Elle et mon père m’ont donné une confiance en moi inestimable ». Et ils ne se sont pas trompés : son parcours, qui l’a souvent ramenée aux États-Unis, est sans fautes. Première nomination aux Oscars à 13 ans pour Reviens-moi, de Joe Wright. « Je suis heureuse de ne pas avoir gagné. C’était trop tôt, cela m’aurait tourné la tête ». Elle a donc gardé les pieds sur sa terre (irlandaise).

Après chaque tournage, elle se dépêche de retourner à Dublin. « Aux États-Unis, les enfants qui veulent devenir acteurs font des semaines de casting à la suite. Je n’ai jamais mis le petit doigt dans cet engrenage. Je me contentais d’envoyer mes auditions, tournées chez moi, sur une cassette. S’ils étaient intéressés, j’y allais. C’était l’unique condition pour me faire quitter la maison ». Son talent est tel que Peter Jackson, le réalisateur du Seigneurs des anneaux, la choisit sans la rencontrer pour son film Lovely Bones. Ses intonations irlandaises ? Pas un problème… Elle ne les retrouve qu’en dehors des tournages.

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On suppose déjà que, pour les Oscars, elle sera en vert, une habitude. Vert jade la première fois, émeraude la deuxième. Depuis l’affaire Weinstein à Hollywood, on s’arrache Saoirse : on y cherche des femmes fortes et indépendantes, qui ne sont pas les prisonnières de la séduction mais se prennent en main. Après tout, en gaélique, Saoirse signifie « liberté ».

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