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« The Room » : rencontre avec le vrai « Disaster Artist »

Tommy Wiseau en novembre 2017. | © AFP PHOTO / VALERIE MACON

Cinéma et Docu

Rencontre avec Tommy Wiseau, l’homme derrière The Room, considéré comme le plus mauvais film de tous les temps, et son camarade à l’écran, Greg Sestero, auteur du livre sur le tournage The Disaster Artist, adapté au cinéma par James Franco.

 

D’après un article de Clément Mathieu avec Stanislas Verjus-Lisfranc.

Difficile de savoir ce qui se cache derrière les lunettes de l’énigmatique Tommy Wiseau. Personne n’a jamais vraiment percé le mystère de l’auteur de The Room, considéré comme le plus mauvais film de l’histoire du cinéma. Pas même James Franco, qui dans The Disaster Artist, sorti cette semaine, raconte – devant et derrière la caméra – le tournage de ce « Citizen Kane du nanar ».

À l’inverse du chef d’oeuvre d’Orson Welles, tout, dans The Room, est mauvais : le jeu des acteurs quasi amateur, Wiseau en tête qui n‘est jamais en rythme, le scénario incohérent sur un triangle amoureux assez banal mais truffé de sous-intrigues sans rapport et sans conclusions, les dialogues absurdes, les raccords ratés, les plans de coupe inutiles, la musique kitsch… Tout y est pour en faire un objet de culte.

L’interview vidéo de Tommy Wiseau : « The Room est une leçon en quelque sorte. Pour moi, pour tout le monde« 

Le créateur en paix avec l’idée que son drame soit devenu une comédie

À sa sortie en 2003, Tommy Wiseau a loué une salle pour maintenir son film (il en est l’acteur principal, le réalisateur, le scénariste, le producteur…) à l’écran pendant deux semaines, afin de le rendre éligible aux Oscar. Il ne sera remarqué par aucun membre de l’Académie, mais par une bande de copains qui va transformer chaque séance en spectacle, dans une ambiance à la Rocky Horror Picture Show.

Tommy Wiseau dans The Room.

C’est cette ambiance que l’on a retrouvé lors de la projection de The Room dans un Grand Rex plein : 2500 personnes en délire, certaines déguisées, riant, hurlant, jetant des cuillères en plastiques et des ballons de football américain… « J’adore les fans de The Room. Ils m’aiment et je les aime, c’est aussi simple que ça », a expliqué Tommy Wiseau à Paris Match, au lendemain de la projection. « J’aime les gens qui me soutiennent de façon sincère ».

Le créateur semble en paix avec l’idée que son drame soit devenu une comédie aux yeux du public. Il a même, dans le passé, assuré que c’était sa première intention. Aujourd’hui, il est simplement heureux que le film plaise, quelle qu’en soit la raison. À ses côtés, Greg Sestero, l’autre vedette de The Room, assume plus franchement le statut du film. Il est l’auteur du livre The Disaster Artist, qui sert de base au film de James Franco, et fait de cette histoire quelque chose de plus qu’une simple plaisanterie potache.

Une histoire universelle sur l’amitié, l’art et la poursuite de ses rêves

« C’est une histoire universelle sur l’amitié, sur l’art et sur la poursuite ses rêves », selon Greg Sestero, qui évoque Boulevard du Crépuscule et Le talentueux Mr Ripley. C’est sans aucun doute ce qu’y a trouvé James Franco, dont toutes les réalisations ont été des échecs commerciaux et critiques… jusqu’à la sortie de son Disaster Artist, récompensé par un Golden Globe.

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Avec le personnage de Tommy Wiseau, dont il livre une interprétation fascinante, James Franco s’offre un portrait décalé, et une peinture au vitriol de l’industrie des rêves. C’est ce qui semble l’intéresser le plus, lui qui ne cherche pas à répondre à l’ultime question des fans : Qui est Tommy Wiseau ? Il prétend avoir vécu en France, puis à la Nouvelle-Orléans, malgré son fort accent est-européen, mais personne ne connaît son vrai nom, ni d’où il vient.

©The Room

Personne ne sait non plus d’où il tire son éventuelle fortune, qui lui aurait permis de financer The Room pour la somme colossale de six millions de dollars… Noblesse oblige, Paris Match lui a soumis une théorie qui expliquerait tout. Ne serait-il pas l’enfant caché d’un quelconque monarque européen ? Il a forcé un petit rire, et balayé la question de son habituelle réponse : « peut-être, peut-être pas, ce qui importe c’est que je suis maintenant américain et fier de l’être ».

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