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Lucas Belvaux, réalisateur du film « Chez Nous » : « Les gens du FN sont en guerre permanente »

De gauche à droite : Lucas Belvaux, Florent Marchet et Arnaud Cathrine. | © Manuel Lagos Cid

Cinéma et Docu

Le film Chez nous réalisé par Lucas Belvaux a provoqué une levée de boucliers en France de la part du Front national. L’album Second tour de Florent Marchet et Arnaud Cathrine, dénonce lui aussi la tentation de ralliement à l’extrême droite. À quelques mois de la présidentielle française, assisterions-nous au grand retour des artistes engagés ? Morceaux choisis de l’entretien.

 

Paris Match : Qui sont les militants du Front national ?
Lucas Belvaux : J’ai entendu un ancien élu repenti du FN dire que ce parti était composé de trois courants : un tiers de néonazis identitaires, de fascistes en tous genres, un tiers d’opportunistes façon Philippot et un tiers comprenant tous ceux qui se sentent perdus et que la peur et le ressentiment poussent dans les bras de la bête immonde. On y trouve des chômeurs, des petits commerçants, des petits patrons, des ouvriers dégoûtés par le système…
Arnaud Cathrine : Ce sont ceux qui disent : “On va voter FN, ça leur apprendra, comme ça ils vont bien voir…”
Florent Marchet : Ce qui est troublant, c’est que l’on vient d’une génération “touche pas à mon pote”. On pensait que c’était acquis mais, à l’époque, il n’y avait pas de nationalisme décomplexé comme aujourd’hui. Je pensais vraiment que nous allions du côté des progressistes et non pas des réactionnaires.

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A.C. : Pour moi, le déclic a eu lieu lors de la manif contre le mariage pour tous. Quand j’ai entendu, place de la République en France, des slogans dont certains tombaient sous le coup de la loi, j’ai senti qu’il fallait passer à la vitesse supérieure. Je venais d’écrire un recueil de nouvelles sur l’amour, et je me suis dit que ça n’était plus possible.
F.M. : Avant de réinventer l’amour, on s’est dit qu’il fallait déjà qu’il puisse exister.

 

Que pensez-vous de Marine Le Pen ?
A.C. : Qu’elle a hérité d’une histoire familiale si lourde qu’elle ferait la joie des psychanalystes.
L.B. : Je pense qu’elle a une réelle envie de pouvoir. Il y a un côté messianique chez elle. Le Pen est persuadée qu’elle peut sauver la France.
F.M. : Il y a sans doute un manque d’amour chez elle. Elle désirait le regard de son père, lui qui ne voulait pas qu’elle fasse de la politique. C’est son aînée qui devait s’y coller, mais elle a claqué la porte de la maison familiale…

Le Pen est persuadée qu’elle peut sauver la France.

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Avant même que quiconque ait vu Chez nous, la réaction contre le film a été virulente. Que s’est-il passé ?
F.M. : À l’instar des sectes qui n’aiment pas que l’on parle d’elles, le FN ne le supporte pas…
L.B. : Rien que de savoir qu’on parle d’eux, ça les rend fous. Ces gens-là sont en guerre permanente. Une heure après la diffusion de la bande-annonce, Philippot a crié au scandale, Gilbert Collard nous a même traités d’émules de Goebbels ! Quant à Steeve Briois, le maire ­d’Hénin-Beaumont en France, il a déclaré que Catherine Jacob était un pot à tabac. Elégant… Grâce à eux, le film est passé de zéro notoriété à une célébrité mondiale. On a même eu des articles au Brésil, en Birmanie, au Japon…

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