Paris Match Belgique

Pourquoi Mimi, l’ex SDF et amie de Zach Galifianakis, est toujours la Queen de Santa Monica

Mimi, de son vrai nom Marie Elizabeth Haist. | © Jennifer Renée

Cinéma et Docu

En 2015 sortait le documentaire “Queen Mimi”, consacré à une sans-abri passant ses journées et ses nuits dans une laverie à Santa Monica et ayant pour amis Renée Zellweger et Zach Galifianakis. Trois ans après, alors que Mimi s’apprête à souffler ses 93 bougies, nous avons discuté avec le réalisateur pour voir comment elle allait.

 

“Quand la vie vous donne des citrons, faites des martinis aux citrons”, répète inlassablement Mimi dès qu’on lui demande un conseil. Mimi, c’est cette petite dame âgée un peu bossue, accro aux vêtements roses et aux pantalons taille basse, qui passe ses journées dans une laverie de Santa Monica (Californie) quand elle ne foule pas le tapis rouge avec Zach Galifianakis. De son vrai nom Marie Elizabeth Haist, Mimi est née le 25 août 1925 à Los Angeles au sein d’une famille américaine pieuse. Un père strict qui travaille beaucoup, une mère au foyer, une grande sœur et un petit frère qui décède de la rougeole à l’âge de 5 ans.

À cette époque, on ne se disputait pas avec son mari. On obéissait.

« Ma mère s’inquiétait pour moi car je ne pleurais jamais. Je ne pouvais pas. Parfois la douleur est trop grande et on ne pleure pas” confie celle que l’on surnomme aujourd’hui Queen Mimi. À 17 ans, Mimi part vivre chez sa tante et son oncle à l’ouest de Los Angeles. Elle travaille dans une société de teinture et de finitions. Puis elle rencontre celui qui deviendra son mari. “Quand il a commencé à travailler, et peu de temps après notre mariage (elle avait alors 29 ans, ndlr), il m’a forcée à démissionner. Pour me contrôler. À cette époque, on ne se disputait pas avec son mari. On obéissait. (…) Je faisais tout à la maison. J’étais son esclave”. Un soir, son mari rentre tard et lui avoue avoir une liaison extra-conjuguale. “J’ai vu trop de gens rester ensemble et se détruire”. Alors Mimi demande le divorce. Un divorce compliqué. À plus de 50 ans, difficile pour elle de retrouver un emploi après avoir consacré une bonne partie de sa vie à rester à la maison élever ses deux filles. Difficile aussi de garder sa maison. Faute d’argent, Mimi s’en va au bord de son mini-van, et laisse ses deux filles sans nouvelles. “J’admirais ma mère. Je pensais qu’elle était la plus belle personne au monde. Je ne percevais rien des difficultés de son mariage. (…) Si une chose était émotionnelle ou importante, personne n’en parlait (…) Une fois que maman a perdu la maison, garder le contact dépendait d’elle. Parce qu’elle ne nous disait jamais où elle était” déclare Kate, l’une de ses filles que Mimi a retrouvé des années après, alors qu’elle faisait l’objet d’un documentaire par Yaniv Rokah.

Le jeune homme a quitté Israël pour s’installer aux États-Unis pour y faire carrière en tant qu’acteur. Après avoir terminé son école de comédie à New York, il décide de venir s’installer à Santa Monica “pour être plus proche de Hollywood et de l’océan” nous explique-t-il. Il travaille dans un coffee shop en face de la laverie où se réfugie Mimi. Il se souvient de leur première rencontre : “Il y avait des étincelles dans l’air. Elle avait quelque chose de magique qui attisait ma curiosité. Pour moi, c’était une bouffée d’air frais dans une ville où le tout le monde regarde et parle de la même manière. Je voulais être ami avec elle. Et après avoir découvert qu’elle vivait dans la laverie en face de mon lieu de travail, je me suis dit qu’il fallait que je raconte son histoire au monde entier”. Une histoire que l’aspirant acteur devenu apprenti réalisateur aura mis cinq ans à raconter et à filmer.

Queen Mimi et le réalisateur Yaniv Rokah.

“Tout le monde la connaissait et l’aidait, mais personne n’essayait vraiment de connaître toute son histoire. Moi, je voulais tout savoir : comment était-ce possible qu’une personne de plus de 80 ans vivait derrière des machines à laver et des sèches-linges ? J’ai donc commencé à la suivre et à la filmer avec mon iPhone et interviewé des gens qui la connaissaient, mais pas tant que ça en fait. Je savais qu’il faudrait du temps pour développer une confiance mutuelle alors j’ai simplement pris mon temps” nous raconte Yaniv Rokah.

De SDF à Queen

Dans le documentaire “Queen Mimi” qui a reçu de nombreux prix depuis sa sortie et est disponible mondialement sur Netflix, on fait la connaissance d’une petite dame âgée un brin autoritaire, souvent souriante et parfois exubérante aussi bien dans sa personnalité que dans ses looks : des tee-shirts aux inscriptions “Relax, it’s just sex” aux sous-vêtements portés par-dessus ses vêtements. Mimi se dit sexy et indépendante : “Je crois que je ne pourrai jamais me marier parce que j’aime être heureuse et j’aime être libre sans avoir un mec au-dessus de moi qui me dit ce qu’il faut et ne faut pas faire”. Mimi a les mots qui font sourire : “J’adore les jeunes hommes, pas les vieux crabes. L’âge parfait, c’est 50 ou 60 ans. C’est jeune pour moi !” et réfléchir : “Il y a trop de gens qui se lamentent et qui dépriment. (…) On peut toujours trouver quelque chose qui nous rend heureux. La vie est bien trop excitante” confie Mimi à la caméra de Yaniv. Tous les jours, dès six heures du matin, elle est la première à arriver à la laverie située avenue Montana et chantonne parfois du Céline Dion dont elle est fan.

C’est pour ça que j’ai survécu. J’ai laissé le passé derrière moi.

“Avant d’arriver à la laverie je vivais dans la rue. Et j’y ai survécu (…) J’ai vécu dans ma camionnette pendant un bon bout de temps jusqu’à qu’on finisse par me l’enlever”. Mais Mimi n’aime pas parler du passé : “Je crois que si on s’appesantit sur une situation, parfois on la grossit démesurément. (…) Le passé est derrière nous, qu’il reste où il est. C’est pour ça que j’ai survécu. J’ai laissé le passé derrière moi”.

Queen Mimi dans la laverie de Santa Monica.

Un lourd passé qui a pesé sur ses épaules pendant plus de vingt ans et que Mimi mesure aujourd’hui : “Je ne mangeais pas beaucoup. (…) Mais je n’ai jamais fouillé dans les poubelles pour manger. C’est une chose que je ne ferais jamais. Parce que les gens jettent de la merde de chien dedans”. Mimi est fière aussi : “Je n’ai jamais quêté d’argent”. Pour se nourrir, elle raconte avoir pris en cachette les restes de nourriture jetés quotidiennement par les restaurants. Pour s’habiller, elle raconte encore s’être fabriquée des chaussures en sacs plastique : “Je les doublais de papier journal. Et je peux vous assurer que les journaux vous tiennent chaud. Alors je me suis souvent couverte de journaux. C’était dur. J’ai fait de l’hypothermie deux fois”. Aller dans des refuges ? Hors de question pour Mimi : “Une fois, j’ai cherché de l’aide dans une église, il y avait tellement de camés. Je ne voulais rien à voir avec eux (…) Et je ne voulais rien savoir des SDF. Parce que si on parle aux hommes, ils veulent coucher avec vous. (…) J’avais vu ce qu’ils faisaient”.

Queen Mimi et Yaniv Rokah dans la laverie de Santa Monica.

Et un beau jour, Mimi débarque dans la laverie de Stan Fox. Au début, elle y reste la journée, explique aux gens le fonctionnement des machines et leur plie leur linge en échange de quelques billets. Puis elle finit par y dormir un soir de pluie. Et à y dormir toutes les nuits, sur une petite chaise inconfortable. Les gens aident Mimi, la dépannent pour une nuit ou deux, lui donnent à manger… car on a envie d’aider celle connue de tous comme la Queen de Santa Monica. Une personne confie d’ailleurs s’être rendue compte qu’il se rendait à la laverie dès qu’il n’avait pas le moral et que de voir Mimi le reboostait. Quant au propriétaire de la laverie, il ne voit aucune raison de mettre Mimi à la porte. Mimi attire la sympathie de tous, même des stars, qui vont changer sa vie.

Look who came to visit me today! @_renee_zellweger_fans_ @reneezellweger_fc

A post shared by Queen Mimi (@mimi_haist) on


Deux célébrités en particulier : Renée Zellweger et Zach Galifianakis. Ce dernier qui a accepté de participer au documentaire de Yaniv Rokah raconte : “J’ai rencontré Mimi à la fin des années 90. Elle vivait dans la laverie où je faisais ma lessive. On a commencé à parler, à sympathiser…”  Il l’emmène fouler les tapis rouges plusieurs fois, notamment pour le film Very Bad Trip : “Je déteste ces conneries de red carpet et Mimi m’aide à me sentir bien quand je suis là-bas. Et je crois qu’elle aime y aller, elle aime les paillettes, le glamour, et la nourriture et la boisson gratuite. Étrangement, elle s’intègre bien !”. Zach déménage de Santa Monica, achète un téléphone portable à Mimi pour garder contact et lui loue en toute discrétion un appartement, meublé et équipé par Renée. “Mimi a changé ma vie depuis que je l’ai rencontrée. C’est un honneur pour moi de la connaître. C’est comme une sœur ou une tante. Je sens que je peux tout lui dire”. Et d’ajouter : “Pour moi, Mimi est un mystère depuis que je la connais. (…) Elle est très secrète”.

Queen Mi…mystery ?

À la fin de “Queen Mimi” Yaniv Rokah dit lui-même qu’il ne comprendra jamais vraiment pourquoi Mimi est devenue SDF même après avoir patiemment passé cinq ans à documenter sa vie. Mais trois ans après la sortie du documentaire, il nous affirme le contraire : “Je sens maintenant que je la connais complètement. C’est une personne complexe mais tellement belle et parfois incomprise”. Avec le recul, il réalise que le documentaire l’a changé : “Personnellement, j’ai réalisé que je devais être plus reconnaissant et que je devais essayer d’en faire plus pour la communauté et les personnes dans le besoin. La vie finalement, c’est servir les autres. Professionnellement, cela m’importe peu d’être devant ou derrière la caméra. J’ai juste besoin de raconter une histoire. Ce qui compte c’est l’histoire, pas moi”. Un documentaire qui a également changé Mimi : “Dans sa tête, c’est une star. Et les gens cherchent à la rencontrer. Elle a inspiré tant de personnes, elle se sent estimée et importante”. Mais Mimi n’est-elle pas lassée d’être une “célébrité sans argent” ? “C’est sûr qu’elle adorerait avoir plus d’argent, mais cela ne l’empêche pas d’être heureuse. Elle adore que les gens viennent la voir”. Des gens et ses amis stars : Renée Zellweger continue de voir Mimi “elle vient généralement à son anniversaire et à la Saint-Valentin avec des cadeaux. Et Zach Galifianakis se pointe à l’occasion”.

Queen Mimi et le réalisateur Yaniv Rokah.

Trois ans après le documentaire, Mimi va bien nous assure Yaniv Rokah : “Elle est très alerte et présente. Je la vois au moins une fois par semaine pour m’assurer qu’elle va bien et est en bonne santé. Elle continue d’aller presque tous les jours à la laverie, sauf s’il fait froid ou s’il pleut, ce qui est rare à Los Angeles. Mais elle sait très bien quand rester chez elle pour ne pas risquer d’attraper froid”. Et quand on demande à Yaniv de nous dévoiler le secret de Mimi qui du haut de ses 92 ans a encore la forme et le sourire, il répond ce que Mimi répète à chaque fois : “Soyez toujours dans le présent et ne regardez jamais en arrière. Elle rit aux éclats et boit un Martini agrémenté d’une goutte de citron une fois par semaine dans un pub anglais”.

Mimi is safe and sound and back at home now. Thanks everyone for the well wishes.

A post shared by Queen Mimi (@mimi_haist) on

Finalement, “Queen Mimi”, c’est ce genre de documentaire intemporel qui vous marque, tout comme Mimi. Car nul besoin de la connaître pour être marquée par elle. Le message que Yaniv Rokah espère avoir transmis : “Ne jamais juger les autres sur leur apparence. Ouvrir son cœur et d’écouter, il y a tellement à apprendre en s’ouvrant aux autres”Yaniv continue aujourd’hui d’être derrière la caméra : “J’ai commencé à travailler sur un documentaire sur la réalisatrice Nina Menkes qui parle de la discrimination fondée sur le genre à Hollywood. Je vais d’ailleurs la filmer au festival de Cannes en mai, pour parler de l’objectification des femmes au cinéma. Et je viens de terminer un scénario « sur le passage à l’âge adulte » avec mon partenaire d’écriture Phillip Guttman”. Quant à Mimi, vous l’aurez compris, elle est toujours la Queen de Santa Monica.

CIM Internet