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Manu Bonmariage : la vie après « Strip-Tease »

Vidéo Cinéma et Docu

Cadreur voyant et fameux réalisateur de nombreuses émissions « Strip-Tease », Manu Bonmariage se voit enfin consacrer un film. À l’heure de la maladie, Manu raconte la vie d’un homme de cinéma, qui fut plus que cela.

 

« C’est un film sur les vieux cons ! » Le ton est donné, et à côté de cette phrase qui cogne l’air, il y a Manu Bonmariage. L’œil de la RTBF – qu’il a unique depuis ses six ans – avant d’en être l’un de ses visages, forcément, après de longues années de service derrière les caméras de l’émission « Strip-Tease ». Un monument, mais du genre branlant, mal vissé, toujours prêt à prendre la tangente. De Saigon à Bilbao, de Charleroi à Yaoundé, il a filmé un cinéma presque trop réel pour les critiques, fameusement belge pour les amateurs du Beurre dans les tartines ou des Amants des Assises, ses documentaires.

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©DR

Au travers de la télévision ou au détour d’une rue bruxelloise, tout le monde, ou presque, partage un souvenir avec Manu Bonmariage. Mais aujourd’hui, il se pourrait que ses proches en aient plus que lui : le cinéaste belge est atteint de la maladie d’Alzheimer, comme si le sort voulait le tester une fois encore, 50 ans après l’avoir fait borgne. « Grâce à l’œil que j’ai perdu, je suis devenu caméraman ». Et avec la maladie, il devient enfin un personnage de l’un de ses films.

La caméra de père en fille

C’est sa fille, Emmanuelle Bonmariage, qui réalise Manu, un long-métrage documentaire sur le père borné, « l’homme qui ne voulait pas lâcher sa caméra ». C’est pourtant une vieille Sony EX3 qu’il ne parvenait plus à tenir à l’épaule qui est le déclencheur de cette dernière aventure filmée. Il la donne à sa fille, qui n’a pourtant jamais trop marché sur ses plate-bandes. « Je l’ai reçue comme une évidence alors que je n’ai aucune connaissance technique et qu’il n’avait aucunement l’intention de m’en donner. Lui-même ne savait plus trop… l’Alzheimer commençait à troubler son cerveau… », explique-t-elle de la naissance du documentaire. « Cette passation de caméra a été révélatrice et de manière très intuitive, il m’a semblé évident que mon père, Manu, était un très beau ‘personnage’, qu’il était temps de faire une sorte de ‘portrait’ cinématographique sur cet homme à la caméra ».

©Jimmy Kets – Emmanuelle Bonmariage et son père.

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Mais le bonhomme est un sacré caractère – on l’avait deviné. Et Manu semble fait de ça : de bondissements, de rebondissements, d’éclats et d’ébats. Comme son cinéma. « Mon père, n’est pas un intellectuel du film documentaire mais plutôt un instinctif », décrypte Emmanuelle Bonmariage, qui a eu le temps de triturer son image. Sa vie fut un tumulte de tendresse et d’audace, et puisque les mots lui manquent désormais pour raconter le passé, c’est sa filiation qui vient en faire le passage. En vrai, comme les « Strip-Tease », juré, craché.

Pourtant, le film le sous-titre, l’homme ne lâchera jamais vraiment la caméra. En 2015, pour son dernier long – Vivre sa mort -, il était déjà touché du bout du doigt par Alzheimer. Qu’importe, la pellicule est sortie. L’homme a même prévu d’immortaliser son départ : « Je voudrais bien filmer mon enterrement en tout cas, mais il faudra que tu sois là pour récupérer la caméra à la dernière minute ! », lâche-t-il à sa fille.

Le film sortira dans une poignée de salles belges le 6 juin. À Flagey notamment, on en profitera pour rediffuser plusieurs films de cet indécrottable cadreur et réalisateur qui a tant marqué le cinéma belge.

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