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Nos dix coups de cœur du Festival de Cannes

"Burning", "L'Eté", "Miraï, ma petite soeur" et "Un grand voyage vers la nuit".

Cinéma

Le 71e Festival de Cannes s’est achevé samedi avec une formidable Palme d’or pour Une affaire de famille du réalisateur japonais Hirokazu Kore-Eda. Voici nos dix coups de cœur.

Douze jours, plus de 80 films projetés et un palmarès cohérent qui a récompensé l’un des plus beaux films de la compétition, le tendre «Une affaire de famille» du réalisateur nippon Hirokazu Kore-Eda. Le 71e Festival de Cannes fut un bon cru dont voici les meilleurs grains.

En compétition

Burning de Lee Chang-dong

«Tout est d’une fluidité extraordinaire et d’une grande richesse thématique. Impossible pour Jongsu et sa vieille camionnette de lutter avec un rival aussi riche qui roule en Porsche. Pourtant la réalité est plus complexe, le coeur de Haemi a un caillou qui la bloque : elle est amoureuse de Jongsu depuis le collège, et a une «grande faim», un besoin de vivre pleinement son existence. Voilà pour le résumé de la première partie du film. Car le récit va encore prendre une nouvelle direction, s’épaissir à nouveau, suivre une nouvelle piste… Le film dure 2h30 mais il a le même effet qu’un grand roman : on ne peut s’empêcher d’en tourner vite les pages pour arriver au dénouement final ».

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Une affaire de famille de Hirokazu Kore Eda

« Venu du cinéma documentaire, Hirokazu Kore-Eda a développé un sens de l’observation rare qu’il transmet à ses acteurs, tous parfaits, de la grand-mère Kirin Kiki aux enfants. C’est d’une humanité rare, avec une écriture délicate et sensible qui ne force jamais le trait, qui sème des petits cailloux dans le récit que l’on récupère par la suite. La mise en scène est discrète mais Hirokazu Kore-Eda place toujours la caméra au bon endroit, comme cette scène magnifique du bus qui nous aura fait couler nos premières larmes de Cannes cette année. Sous le vernis de la chronique familiale grand public, se cache aussi un vrai discours politique ».

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L’Eté de Kirill Serebrennikov

« Les Sex Pistols sont aussi des ouvriers », explique l’un des jeunes rockers en herbe à un homme furieux qui les accuse d’écouter la musique de l’ennemi. Tout est résumé dans ce dialogue. Il y a du Jarvis Cocker (le leader de Pulp) en Mike et Viktor, les héros du film, qui chantent qu’ils sont des glandeurs, rêvent de filles faciles et d’étés qui se prolongent. Dans l’Union soviétique chloroformée de Léonid Brejnev et du Parti communiste, la rébellion adolescente passe par le Rock, sa colère, bien sûr, mais aussi sa poésie du quotidien. Contre le totalitarisme, « les enfants de la révolution » ont compris qu’il ne fallait pas affronter le pouvoir de front, mais composer avec lui pour mieux passer par la fenêtre et battre discrètement la mesure.

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Trois visages de Jafar Panahi

« Que c’est simple le cinéma quand il est écrit et mis en scène par le réalisateur iranien Jafar Panahi. Le dispositif est simple : une actrice et un cinéaste partent à la campagne afin de retrouver une jeune femme qui leur a envoyé la vidéo de son suicide présumé par Internet. On prend la route avec eux, couple mal assorti mais terriblement attachant. On interroge des villageois, on prend le thé, on essaie de trouver du réseau pour téléphoner à des proches. Mais derrière la beauté des collines et la sagesse supposée des hommes, il y a des coutumes d’un autre temps (hilarante scène du prépuce) et surtout une profonde défiance avant les ‘saltimbanques’, surtout si ce sont des femmes ».

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Asako 1 & 2 de Ryusuke Hamaguchi

« La sélection d’Asako 1 & 2 en compétition était une divine surprise pour les amoureux du cinéma japonais. Même si le magnifique Senses (Happy hour pour son titre international) avait été primé au Festival de Locarno, le cinéma doux et délicat de Ryūsuke Hamaguchi paraissait loin des tours de force radicaux à gros sujet qu’affectionne le Festival de Cannes. Dès la scène d’ouverture et le coup de foudre (ou plutôt le feu d’artifices) entre la douce Asako et le beau Baku, le réalisateur japonais nous fait battre le coeur et aimer ses personnages à la folie ».

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Dogman de Matteo Garrone

« Marcello est le héros du conte, un homme modeste qui ne peut résister à la violence du monstre et le suit bien malgré lui dans ses activités criminelles. Inspiré d’un fait divers sordide, Dogman suit le quotidien solitaire de Marcello, sa peur qui le saisit quand il entend au loin le bruit de la moto de Simoncino, sa tendresse pour les chiens qu’il toilette avec amour, animaux qui valent beaucoup mieux que les hommes qu’il fréquente ».

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Dans les sections parallèles

Un grand voyage dans la nuit de Bi Gan

Son premier film, Kaili Blues, était déjà un tour de force esthétique. Mais rien ne prépare le spectateur au choc formel d’Un grand voyage vers la nuit qui convoque aussi bien le cinéma de Hou Hsiao-hsien (Les Fleurs de Shanghai) que l’art du plan-séquence de Béla Tarr. La deuxième partie, en 3D, tient de la séance d’hypnose. La grande expérience visuelle du 71e Festival de Cannes dont l’absence en compétition interroge toujours.

Miraï, ma petite soeur de Mamoru Hosoda

Il est le successeur de Hayao Miyazaki (qui devrait sortir de sa retraite) et du regretté Isao Takahata. Le réalisateur Mamoru Hosoda (Les Enfants loups, Ame et Yuki) anime toujours aussi bien les bébés et les enfants. Sensible, émouvant et croqué avec amour, Kun et sa petite soeur Miraï ont fait pleurer de joie et de nostalgie de nombreux spectateurs de la Quinzaine des réalisateurs, votre serviteur en premier…

Nos batailles de Guillaume Senez

Sur le papier, on pouvait redouter le film social balisé et déjà vu. Mais le talent du cinéaste belge Guillaume Senez (Keeper) se confirme avec le portrait d’Olivier (Romain Duris promis au César du meilleur acteur), père syndicaliste qui doit apprendre à vivre sans son épouse et avec deux enfants à charge. L’écriture est magnifique, sensible et forte, avec de formidables seconds rôles.

Euforia de Valeria Golino

Actrice, productrice, réalisateur… Valeria Golino est depuis vingt ans une figure incontournable du cinéma italien. Avec Euforia, elle signe un très beau second film, portraits de deux frères que tout oppose et qui doivent cohabiter quand l’aîné tombe gravement malade.

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