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François Damiens : « Je me retranche derrière une carapace qui me permet de faire ce dont j’ai envie »

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Au-delà du personnage, François Damiens est sincérement touchant. | © MAXPPP

Cinéma et Docu

François L’Embrouille est de retour et François Damiens passe derrière la caméra. À l’occasion de la sortie de Mon Ket, l’acteur au rire reconnaissable entre mille dévoile les coulisses de son premier film et une autre facette de sa personnalité.

Du tatoueur déchaîné au célibataire en speed-dating, de la friterie dégoûtante au guichet de la TEC, les caméras cachées de L’Embrouille font partie du patrimoire belge au même titre que la frite (et le cervelas sous l’aisselle). Reconnaissable rien qu’à son rire mythique, ce personnage culte créé par François Damiens en 2000 sur RTL-TVI piège à la perfection Monsieur et Madame Tout le Monde, jouant sur leur tolérance et leur naïveté, en Belgique, puis ailleurs. Après plusieurs années de rires et de succès, l’humoriste qui a grandi à Lasne doit arrêter ses caméras cachées et se dirige ensuite vers le cinéma dans des rôles, tantôt comiques, tantôt touchants, mais toujours avec beaucoup de sincérité.

Près de vingt ans après ses premiers pièges, l’acteur s’essaye à la réalisation avec Mon Ket, presque entièrement tourné en caméra cachée. Résultat : un premier film hilarant, mais également plein d’humanité. Plus qu’un retour aux sources, pour François Damiens, il s’agit d’une « continuité ». « Je n’aurais pas pu faire ce film si je n’avais pas commencé il y a une vingtaine d’années en faisant des caméras cachées. On ne nous aurait jamais permis de le faire », explique-t-il, avant d’ajouter qu’il voulait « raconter une histoire avec des gens à leur insu et mélanger fiction et réalité ». Et une chose est sûre, le film démontre que la réalité est plus forte que la fiction. 

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Incroyable, mais vrai

Pour Mon Ket, l’acteur s’est créé un nouveau personnage : Dany Versavel, un baraki qui s’évade de prison pour retrouver son fils de 15 ans, Sullivan, bien décidé à lui apprendre la vie, « un type sans filtre, sans complexe, pour qui tout est permis », décrit son interprète. Avec des oreilles décollées, une fossette sur le menton, l’acteur déguisé cavale entre l’hôpital, Flagey ou encore une station-service pour donner des situations incroyables mais vraies. Les personnes piégées sont de véritables perles, tant dans leurs réactions que dans leur profil. Ainsi, dans la salle d’attente de l’hôpital, alors que Dany attend son tour, la RTBF diffuse son visage et lance un avis de recherche. Alors que les autres patients quittent la pièce, son voisin, lui, n’exprime aucune inquiétude. Et pour cause, Richard est un ex-taulard qui a passé 30 ans en prison. La scène paraît surréaliste, François Damiens étant le premier étonné. Mais c’est loin d’être la seule pépite du film. « J’ai été d’étonnement en étonnement. Les gens sont d’une gentillesse et d’une générosité qui étaient bluffantes. Sans eux je n’aurais pas pu faire le film », avoue l’acteur au grand coeur. « Et c’est pour cela que je voulais tourner en Belgique… Si vous demandez à un Parisien l’heure, il n’aurait même pas le temps de vous la donner, alors qu’ici, il y a quand même une personne qui va m’expliquer pendant une demi-heure que ça ne pourrait pas fonctionner entre nous, parce qu’on est trop différents », explique-t-il, en faisant référence à la scène de drague hilarante sur les bancs de la place Flagey.

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Dany et Richard, dans la salle d’attente de l’hôpital.

Si ces moments sont si mémorables, c’est surtout parce qu’ils sont joués par des personnes devenues acteurs à leur insu. C’est réel, authentique, sans artifices. « Il n’y a personne qui sait mieux jouer que quelqu’un qui ne sait pas qu’il est filmé », analyse le réalisateur et coscénariste du film aux côtés de Benoît Mariage. « Un acteur, il tend toujours à être le plus dans la réalité possible du personnage qu’il incarne. Il s’en rapproche, mais il ne l’atteint pas vraiment », continue-t-il. 

La caméra cachée et ses inconvénients

Pour arriver à un tel résultat, il a fallu beaucoup de travail, mais aussi surtout de la patience. Pour se mettre dans la peau de Dany, François Damiens passait quatre heures entre les mains de sa maquilleuse. Un changement radical pour l’acteur qui prenait 15 minutes à l’époque, mais une étape obligatoire pour celui qui a dû arrêter les caméras cachées parce qu’il était trop reconnu. Avec une équipe réduite au maximum et sept caméras, François Damiens a tourné pendant un an et demi. « L’équipe est restée avec moi pendant un an et demi, parce qu’on ne sait jamais quand on peut tourner. Ça se reporte, ça se décale, on trouve une autre idée de tournage… », explique l’acteur qui piégeait entre 12 et 14 personnes par séquence. « Comme on tournait chronologiquement, on pouvait tout le temps se permettre de faire ce que l’on voulait. Alors c’est un confort, mais ça peut être aussi un inconvénient, parce que c’est très long. C’est un peu comme un voyage à sac à dos, pendant un an et demi, vous ne savez pas où vous allez dormir le soir-même »

Je pense qu’il y a rien de plus compliqué que de tourner un film sans savoir où l’on va.

Sans surprise, François Damiens n’est pas passé inaperu. 30% des personnes piégées le reconnaissaient. « Ce n’était pas tellement le maquillage, c’était une fois que je me mettais à parler », explique-t-il. Mais la grande difficulté à laquelle l’une des personnalités préférées des Belges s’attaquait en tournant ce premier film, c’était l’inconnue. « Vous ne savez pas sur qui vous allez tomber, ni à quelle heure, et vous ne savez pas ce que vous allez lui raconter. Vous allez partir d’un point A à un point B, mais c’est tout ce que vous savez. Vous savez par exemple que vous allez piéger un chirurgien, mais la seule blague que vous avez en tête c’est de dire ‘je vais te demander de changer mon visage’ et lui faire comprendre petit à petit que je suis en cavale ».

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Autre inconvénient. Contrairement à ces anciennes caméras cachées, pour mon Ket, François Damiens n’était plus en position de force. Alors que L’Embrouille pouvait nous tenir au guichet de la TEC et lister l’horaire complet des bus entre Corbais et Wavre, Dany Versavel, lui, n’a aucune emprise sur son interlocuteur. « Dans le film, c’est moi qui allait vers les gens, donc j’étais en demandeur. Je ne cherchais pas l’énervement, je voulais les surprendre, les bousculer. Ils devaient composer avec moi, mais à n’importe quel moment ils pouvaient me demander de partir. Je ne les tenais pas du tout ».

On est tous faits pour quelque chose et le rôle des parents, c’est de vous aider à y arriver.

L’équipe avait également un rôle clé, plus que dans les comédies classiques. Ici, pas question de retourner la scène. « On a droit à une prise. Si un micro décroche ou une caméra se braque, s’il y a une personne qui fait mal son boulot, il n’y a pas de résultat ». « Mon Ket était possible que grâce à l’équipe », insiste-t-il plein d’humilité. 

François Damiens, l’anti-Dany

Aussi célèbre que pudique, François Damiens dévoile rarement l’homme derrière le personnage. De nature plutôt timide, l’humoriste nous avoue qu’il doit réaliser un « véritable effort » pour parler de lui. Mais alors, comment une personne aussi introvertie que lui est devenue l’une des personnalités les plus extravagantes du divertissement franco-belge ? « Le maquillage », nous répond-il. « Je me retranche derrière une carapace qui me permet de faire ce que j’ai envie de faire et d’appuyer là où j’ai envie d’appuyer ». En réalité, François Damiens a la même corde sensible que Dany : ses enfants, mais contrairement à l’évadé de prison, il préfère les accompagner plutôt que les contrôler. « J’essaie d’amener mes enfants là où ils ont envie d’aller, en les portant sans trop les diriger non plus. On est tous faits pour quelque chose et le rôle des parents, c’est de vous aider à y arriver. C’est justement le contraire de ce que je montre dans le film », explique-t-il avant de donner un autre indice sur sa personnalité, sans jamais trop se dévoiler : « Je pense que j’ai montré [dans mes caméras cachées] tous les contraires de ce que je suis réellement ».

Sincèrement touchant, le génie des caméras cachées adore faire des blagues, certes, il n’aime pas être sérieux trop longtemps, adore cuisiner (mais pas faire la vaisselle), aime perdre son temps à observer les gens, mais il préfère surtout mettre les autres en avant. Comme dans Mon Ket, les vraies stars, ce sont les anonymes. Parfois gênant, jamais méchant, François Damiens et son personnage dressent ici un miroir de la société dans ce qu’elle a de plus authentique et spontané. Et on en redemande.

 

Mon Ket, de et avec François Damiens, en salles à partir du 30 mai.

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