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La légende de Saroo : d’orphelin indien au héros de Lion

Saroo, 35 ans, avec sa mère adoptive, Sue Brierley, aujourd’hui. © Croser/Newspix/Shutters/SIPA

Cinéma et Docu

25 ans après s’être perdu en Inde et avoir été adopté par une famille australienne, le jeune Saroo retrouve sa mère après des semaines de recherches sur Google. Cette histoire folle n’est tirée ni un film ni un livre – mais l’est devenue. Actuellement incarné au cinéma par Dev Patel (Slumdog Millionaire) dans Lion, le vrai Saroo revient sur son parcours, d’Indien pauvre à auteur australien.

À l’écouter, il a juste eu « une chance incroyable ». Il parle d’une voix tranquille comme quelqu’un qui suit son chemin sans bagarre. Rien dans sa façon de s’exprimer ne trahit ses tumultes. Saroo Brierley illustre un cliché hindou auquel on aimerait croire : un roseau pliant sous les tempêtes, immuable et reconnaissant. Comme le lui a dit Rochak, cet ami de Facebook qui lui a confirmé la justesse de sa recherche sur Google : « Tout est écrit ». Et si c’était vrai ?

Il faut imaginer Saroo à 5 ans, là-bas, dans le village de Ganesh Talai. Il a deux grands frères, Guddu et Kallu, plus une petite sœur, bébé, Shekila. Leur mère, Kamla, a été abandonnée par le père, qui a refait sa vie ailleurs. Analphabète, elle travaille sur les chantiers pour nourrir la famille. Elle n’a pas les moyens d’envoyer ses enfants à l’école. Alors ses deux grands mendient, volent, se débrouillent pour ne pas rentrer les mains vides dans leur rez-de-chaussée au plancher de boue et bouse de vache mêlées. Une seule pièce sans électricité mais avec un âtre dans un coin et un bac en glaise avec un robinet d’eau. Les murs tombent en ruine. On est en 1986. La ville est divisée : d’un côté de la voie ferrée, les hindous ; de l’autre, les musulmans. La mère est hindoue, elle a épousé un musulman et est restée habiter dans la zone musulmane, plus solidaire.

Car de la solidarité, il en faut. Saroo se souvient de sa mère faisant le tour des voisins avec une casserole pour récupérer des restes. Ses chantiers exigent parfois qu’elle quitte le foyer pendant quelques jours. Ses fils se gardent tout seuls et s’arrangent pour nourrir la petite Shekila. Guddu, 10 ans, plein de tendresse, veille sur Saroo, 5 ans, qui l’idolâtre, et il apprend à Kallu à mendier et à chaparder. Saroo veille sur le bébé. Tous endurent la sensation de faim. N’avoir jamais assez à manger est une habitude. Ils piquent des œufs, des tomates, des fruits, mais le plus souvent ils mangent du riz et du dal (mijoté de lentilles).

©DR – Saroo (pull jaune) a grandi entre ses parents australiens et son frère adopté Mantosh.
À 10 ans, Guddu trouve un job de plongeur. Il continue néanmoins à « faire » les quais de gare pour compléter. Saroo adore l’accompagner. C’est lors d’une de ces nuits qu’ils se perdront. Saroo s’endort près d’une voie pendant que Guddu vaque à ses trafics. Cette nuit-là, ce dernier aura le corps sectionné par un train, tandis que Saroo restera enfermé vingt-neuf heures dans un wagon vide lancé à travers le pays. Il arrive à Calcutta, la porte s’ouvre enfin, il a cinq ans et il est affolé. Il s’exprime mal, massacre le nom de son village, « Ginestlay », et de toute façon, dans cette mégapole, on ne parle pas sa langue.

Le gamin a-t-il une intuition surdéveloppée ? Une intelligence hors normes ? Il échappe aux pires fléaux : à la noyade, à la famine, aux abus sexuels, aux réseaux de prélèvements d’organes, à l’esclavage infantile… Des horreurs qui ont cours encore aujourd’hui. Incroyablement résistant, il mange ce qu’il trouve par terre, mendie, observe, se protège, avec un instinct de survie inouï. Calcutta est le pire endroit en Inde où atterrir.

À Ganesh Talai, Kamla, sa mère ne s’inquiète pas tout de suite. Il arrive qu’un ou deux de ses fils disparaisse quelques jours et revienne avec de quoi faire bouillir la marmite. Après deux semaines, elle panique, quitte ses chantiers pour quadriller les gares, les bureaux de police. En vain. Au bout de deux mois, elle apprend, dévastée, la mort de Guddu. Pendant 25, en apportant ses offrandes au temple voisin, elle gardera l’espoir de retrouver son Sheru. Le petit prononce « Saroo », il s’est inventé son nom. Le nom de sa renaissance.

À Calcutta, le commissariat central a envoyé des avis de recherche, mais pas à 1 500 kilomètres, jusqu’en Inde centrale ! Après deux mois, Saroo sera déclaré officiellement enfant perdu et transbahuté d’un orphelinat sinistre à une agence d’adoption. C’est là encore que l’enfant semble avoir un ange gardien. Toutes les nuits, dans la pénombre de son orphelinat de Liluah aux fenêtres à barreaux, il voit entrer des inconnus, et des enfants réintégrer leur dortoir en pleurant. Un réseau de pédophilie que les autorités ignorent ou veulent ignorer, juste occupées à loger, nourrir et dispatcher ces gamins perdus.

© Curtis/Starpix/Shutters/SIPA – Dev Patel, Sunny Pawar, Saroo Brierley, Sue Brierley, John et Brierley à une avant-première de « Lion » à New York, le 16 novembre.
En Australie, en 1987, la population est de 16 millions d’habitants. En Inde, les statistiques font état de 14 millions de mineurs qui meurent de faim chaque année. C’est ainsi que Sue et John Brierley, Australiens de Hobart en Tasmanie, décident d’adopter en Inde. Sue n’a pas de problème de fécondité mais elle est déterminée. Ils ne posent aucune condition d’âge ou de classe sociale au choix de leur enfant. L’adoption de Saroo se fait en quelques mois. L’enfant apprendra l’anglais en un an et racontera son périple, au fur et à mesure de l’enrichissement de son vocabulaire.
Ses parents savent désormais qu’il a, quelque part à « Ginestlay », une mère et des frères et sœur. Ironie sordide du destin : Kamla, sa mère, ayant perdu deux de ses enfants, aura les moyens d’envoyer les deux autres à l’école. Kallu deviendra chef d’atelier et Shekila enseignante. Ils sont mariés et ont chacun deux enfants. Et… s’avouent aussi navrés qu’interloqués de voir leur frère australien toujours célibataire !

« Saroo était un enfant facile et gentil », explique Sue Brierley. Qu’est-ce ce qui encourage le couple à lui donner un frère ? Avec Mantosh, l’affaire est plus difficile ; il faut la force et la noblesse des Brierley pour tenir le cap. Mantosh vient aussi d’un milieu très pauvre. Mais lui a toujours ses parents. Façon de parler : son père ne veut plus de lui et sa mère s’est évaporée dans la nature. De quoi instiller un indéracinable syndrome d’abandon. L’adoption prend des mois. Des mois de bureaucratie pendant lesquels le gamin de 8 ans est renvoyé entre les murailles du terrible Liluah. Lui n’échappera pas aux réseaux de pédophilie. On apprendra plus tard qu’au sein de sa famille biologique il a aussi été violenté et abusé sexuellement par ses oncles.

Rien d’étonnant qu’avec de tels traumas l’enfant devienne une terreur aux prises à des accès de violence ingérables. Il se met tout le monde à dos, s’attire des remarques racistes, les profs le prennent en grippe, il se rebelle contre tout. Les parents ne savent plus où donner de la tête. Saroo se sent délaissé. Un temps. Les deux frères sont très attachés l’un à l’autre. Ils partagent la même insécurité affective et grandissent dans l’intime compréhension l’un de l’autre. Mais Mantosh ne se remettra jamais de ses sévices. Foutu destin…

Saroo Brierley : « Ma mère indienne a une force inouïe »

Mais rien ne semble avoir entravé la sérénité de Saroo, qui a répondu à nos questions de Jakarta, où il était en déplacement pour son travail.

Paris Match. Quelle est votre vie aujourd’hui?
Saroo Brierley. Je suis apaisé. Je vis auprès de mes parents à Hobart, en Tasmanie. Je travaille avec mon père dans la firme de plomberie qu’il a créée.

Votre livre a triomphé en Australie et en Inde, c’est maintenant un film…
Ça donne le vertige, n’est-ce pas? J’ai mis un an à me demander si j’allais l’écrire, ce livre.

Il fallait vous souvenir de tout, des pires moments.
Oui… J’avais vécu des traumatismes, il m’en restait des cicatrices.

La peur d’affronter ce passé a-t-elle freiné votre décision de vous raconter?
Cela a mûri lentement. Mais, une fois déterminé à rechercher mes origines, c’est devenu une obsession.

Ce passé a-t-il perturbé vos jeunes années?
Non, pourquoi donc? Même si ce que j’ai vécu n’est pas ‘normal’, ça ne m’a pas handicapé. Je me suis conditionné, c’était mon destin. J’ai des parents merveilleux. Et je suis plutôt reconnaissant d’avoir encore tous ces souvenirs en moi.

Ce sont vos camarades étudiants indiens qui vous ont suggéré de partir sur les traces de vos origines?
Oui, le déclic, c’est eux. Je crois que, sans leur appui, je n’aurais pas eu la force, la discipline. Ils m’ont motivé; le paradoxe c’est que, parmi eux, à la fac, j’avais l’air indien comme eux mais je ne connaissais rien de cette culture! A Hobart nos voisins indiens ont déménagé, je n’ai pas eu le temps de me familiariser avec ce pays. J’étais recentré sur ma famille. Mes amis m’ont précipité dans un bain de festivals, musiques, films, anniversaires, traditions, actualités et… dans cette chaleur collective typique de l’esprit indien. Captivés par mon histoire, émus, ils m’ont poussé à passer à l’action. Ils ont essayé de m’aider, de répondre à mes questions, d’en savoir plus sur mon village d’enfance. Ils ne l’ont pas trouvé mais leur connaissance du pays m’a aidé à circonscrire mes recherches.

Petit, faisiez-vous des cauchemars?
Certains mauvais souvenirs m’ont longtemps traversé. Je me réveillais baigné de transpiration, à tel point que je devais me changer. En grandissant, cela s’est estompé. Mais je gardais des flashs, je dormais mal. Maintenant, je dors bien!

©DR – Dans le village de Ganesh Talai, Saroo a rencontré sa mère biologique puis y a emmené sa mère, Sue.

Aujourd’hui, vous voyez régulièrement votre famille indienne?
En quatre ans, j’ai dû venir les visiter une douzaine de fois. J’ai pu acheter la maison où habite ma mère et faire refaire le toit. Sa vie était si pauvre, elle n’avait absolument rien! A présent, elle continue de faire le ménage chez des gens, bien que je lui envoie de l’argent. Je pense qu’elle a besoin de se sentir active. Je ne veux pas bouleverser sa vie. Elle a une force inouïe. Elle a surmonté tant de souffrances: abandonnée par son mari avec quatre enfants petits, ensuite elle perd deux enfants… Ces épreuves se lisent sur son visage.

Elle ne veut pas déménager dans un quartier plus confortable?
Pas question. C’est ici qu’elle m’a élevé, ici qu’elle m’a attendu, ici qu’elle m’a retrouvé! Je l’aiderai, je serai toujours là.

Avez-vous appris l’hindi?
Non, mais je le comprends un peu. Si je restais deux mois, j’y arriverais.

Là-bas, vous aidez aussi ‘votre’ orphelinat de Nava Jeevan, près de Calcutta.
Les employés doivent être payés. Je m’efforce d’aider comme je peux.

A Liluah, le premier orphelinat où vous avez été placé, vous puis votre frère adoptif Mantosh, il semble qu’il y ait eu des actes de pédophilie.
L’orphelinat, c’était mieux que la rue, la famine. On plaçait là les enfants perdus en attendant de retrouver leur famille ou de les déclarer abandonnés et de les proposer à l’adoption. C’est toujours le cas. A l’époque, il devait y avoir des complicités à l’intérieur pour que ce genre d’horreur soit possible. J’y ai échappé, aujourd’hui, je dénonce inlassablement…

Votre frère Mantosh a eu moins de chance. Il en a gardé des stigmates.
Oui… Ses déséquilibres sont dus à son passé. Mais il va mieux. Il nous aime. Il a notre tendresse indéfectible.

Vous semblez, vous, inoxydable! Vous croyez en votre bonne étoile?
Je crois en des forces dans l’Univers. Mais j’ai aussi confiance en moi! Quand je me fixe un objectif, personne ne peut m’en détourner. Je suis un survivant!

Sue Brierley « Quand sa mère m’a dit : ‘C’est ton fils’, j’ai craqué ! »

De sa voix chaleureuse, depuis Hobart en Tasmanie, la mère de Saroo nous parle de ses deux fils adoptés, et d’un quotidien qui n’a pas toujours été facile.

Paris Match. Qu’avez-vous ressenti quand vous avez rencontré la mère biologique de votre fils Saroo?
Sue Brierley. C’est indescriptible. Ce fut une telle émotion! On avait roulé pendant des heures jusqu’à Ganesh Talai, marché un temps qui m’a paru très long. Puis voilà, on est arrivé. J’ai avancé vers sa maison. Elle m’attendait. Mon coeur me faisait mal tellement il battait fort. On s’est pris les mains. Je ne parle pas l’hindi, on avait un traducteur mais ça n’était plus nécessaire. On s’était comprises. Je voyais cette femme éprouvée par la vie qui me regardait. On s’est tombées dans les bras. Je pleurais. Elle me réconfortait. Elle m’a dit qu’elle ‘sentait’ que Saroo reviendrait. C’est pourquoi elle était restée habiter dans ce quartier. Puis elle a eu cette phrase: ‘C’est ton fils.’ Là, j’ai craqué. Pouvoir dire une telle chose!

Quelles furent les difficultés les premiers mois? Saroo avait 5 ou 6 ans, vous ne parliez pas sa langue…
Non, mais nous avions des voisins d’origine indienne que j’avais prévenus, et j’avais fait comprendre à Saroo qu’il devait leur parler s’il voulait quelque chose. Mais lui-même parlait mal sa langue. Il n’était jamais allé à l’école et, dans son milieu, on s’exprimait avec peu de mots. Ça n’a jamais été une entrave à nos relations. Il y avait tant d’autres manières de se comprendre : on se prenait par la main, on regardait, on montrait… Au début, parler n’était pas important. Saroo avait juste besoin de douceur, de bienveillance. Je voulais faire tomber la pression, le stress. Il regardait, il nous écoutait parler, John et moi. Ensuite, il a commencé l’école. Il adorait. Pour lui, c’était un rêve miraculeux. Il m’a raconté plus tard qu’en Inde, en charge de sa petite soeur, il se plantait devant les portails de l’école catholique de Khandwa et il observait les enfants en uniforme qui avaient la chance d’être ‘à l’école’. Il les regardait jouer dans la cour. Arrivait un moment où les nonnes les chassaient. Là, j’avoue, j’ai eu honte d’être catholique. Mais Saroo a pardonné. Il a cette capacité. On est retournés voir cette école, j’ai vu ces portes auxquelles il s’agrippait…

La région est-elle toujours aussi pauvre?
Oui, son quartier est resté très, très pauvre. Les maisons s’effondrent, on les reconstruit tant bien que mal… Saroo a pu racheter la maison où sa mère a habité pendant vingt-cinq ans, où elle l’a attendu. Elle voulait rester là.

A-t-il vécu la peur de l’abandon? ou des syndromes post-traumatiques?
Il a ressenti un écartèlement. Une fois le stress et la fatigue évacués, il a commencé à accepter l’amour qu’on lui donnait. Puis, quand notre relation s’est approfondie, il a eu l’impression de trahir sa famille d’origine. C’est arrivé très vite. Il avait peur que ‘le nouvel amour chasse l’ancien’. Mais ensemble, on parlait beaucoup de sa mère. On la dessinait, on dessinait ses souvenirs. J’ai tenu le journal de nos échanges. Chaque soir, j’écrivais. Et je lui montrais.

Faisait-il des cauchemars?
Oui, toutes les nuits, il rêvait de son passé. Il pleurait. Je retrouvais son oreiller trempé. Il visitait son passé et c’était parfois douloureux. Mais je trouvais cela sain.

Comment avez-vous su aussi bien gérer ce déracinement, cette adoption?
Je sentais les choses instinctivement et je pense que cela vient de mon enfance douloureuse. J’ai manqué d’affection, j’ai vu, subi des violences… Et j’ai aussi beaucoup lu, je connaissais les écueils. Surtout, je me suis consacrée tout entière à ma ‘mission’. Je voulais absolument être une mère parfaite, à tel point que Saroo me disait parfois de le lâcher un peu! On riait. Je lui répondais: ‘Pas question! Je ne veux rien laisser passer te concernant!’ En fait, rien n’était jamais acquis.

A l’adolescence, s’est-il révolté, égaré, comme parfois les jeunes adoptés?
Non. Il a vécu une adolescence normale. Avec ses crises et ses errements, mais rien qui aurait pu nous inquiéter. En revanche, quand il a eu 26 ou 27 ans, qu’il a commencé à rechercher toutes les nuits son village sur Google Earth, là, oui, on s’est fait du souci. Il arrivait au travail épuisé, de mauvaise humeur, la tête ailleurs, on ignorait tout de l’intensité de ses recherches. On se demandait: ‘Mais pourquoi est-il si fatigué? Si mal?’ Ensuite, quand on a su, quand il nous a dit avoir enfin trouvé, on était aux anges… Mais on avait peur qu’en allant là-bas il ne retrouve personne. Cela aurait été un déchirement. Mais Saroo, le ciel le protège!

Son frère Mantosh a moins de chance…
Oui, il est arrivé dans notre famille à 7 ans, très, très abîmé. Il avait vécu dans ce terrible home pour enfants où Saroo avait séjourné, lui-même terrorisé. Mais Mantosh n’a pas échappé aux abus en tout genre. Terrible… On a essayé de réparer ces traumatismes. Hélas, il est impossible d’effacer de telles violences. C’est comme s’il avait subi une guerre. Tu n’en sors jamais. On a fait du mieux qu’on pouvait.

Dans le film, on le sent réfugié dans son monde, dans ses addictions…
Oui, le film l’a perturbé. Cela lui rappelle des horreurs qu’il voulait balayer. Contrairement à Saroo, il ne veut jamais aborder son parcours, ni son passé. Et là, il doit y faire face. Alors, oui, il se réfugie parfois dans la boisson, les drogues. Son psychisme en fait un être très fragile. Et je crains que les choses ne s’arrangent pas.

Lion est actuellement en salles.

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