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Benoît Poelvoorde, le goût des mots : « Je savoure les bons moments »

Benoît Poelvoorde n’aime rien tant que de vivre sa langue, d’avoir en bouche des dialogues savoureux, voire absurdes. | © Danny Gys/Reporters

Cinéma

Mettez-lui un livre entre les mains, il sera l’homme le plus heureux. Benoît Poelvoorde n’aime rien tant que de vivre sa langue, d’avoir en bouche des dialogues savoureux, voire absurdes. Avec ‘Au poste !’, courte comédie de Quentin Dupieux où chaque mot est à sa place, il s’est régalé.

Un commissaire pointilleux, un suspect improbable : le duo impeccable Benoît Poelvoorde/Grégoire Ludig sert une comédie où le non-sens règne de bout en bout. Avec ‘Au poste !’, le public retrouve le comédien belge au mieux de sa forme, très présent sur nos écrans à la rentrée.

Paris Match. Quentin Dupieux, Gilles Lellouche, Félix Moati, Fabrice Du Welz, Anne Fontaine… D’où vous vient ce regain d’enthousiasme pour le cinéma ?

Benoît Poelvoorde. Je peux enfin tourner des films pour faire plaisir aux autres, en sachant que si je m’écoutais, je resterais dans l’inaction la plus totale ! Pourtant, pour la première fois de ma vie, je me suis engagé dans une multitude de projets pour contenter les gens. « Au poste ! » n’a rien coûté et a été tourné en un minimum de temps. Je sais exactement pour quelle raison j’ai participé à ce film : le scénario m’a fait beaucoup rire et je voulais approcher l’univers de Quentin Dupieux. J’ai retrouvé le plaisir de jouer car je me suis détaché de plein de trucs qui m’encombraient la tête. Je suis plus détendu, plus heureux, je savoure les bons moments, je n’ai plus besoin de l’alcool pour calmer mes angoisses.

Le souci des mots est primordial dans cette comédie. On se délecte des réparties et des tournures de phrases de chacun.

C’est un vrai film de dialogues. Grégoire et moi devions connaître les dialogues de l’un et l’autre pour livrer les meilleures prises et garder la même énergie, comme au théâtre. Ce fut un tournage épuisant, très exigeant, sans aucune improvisation, pas question de remplacer un mot par un autre. On entend le plaisir de la langue.

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Un plaisir que vous retrouvez, chaque année, fin août, avec votre événement littéraire l’Intime Festival, au Théâtre de Namur.

Je dois toute l’organisation à Chloé Colpé qui s’en occupe admirablement. Mais j’y serai, bien sûr, pour une séance avec le dessinateur et scénariste de BD Daniel Goossens pour évoquer l’humour du génial Gary Larson que j’adore. Ma plus grande fierté est que, désormais, des gens m’arrêtent en rue pour me parler bouquins. Au début, j’ai cru qu’il y aurait un malentendu, que le public penserait que j’allais faire le con sur scène pendant 3 jours. Mais il vient, ça me touche beaucoup.

En Belgique, on a beau être agité du bocal, on est plus doux qu’à Paris

Namur, votre ville à jamais ?

Je ne pourrai jamais quitter Namur. Quand je dois partir en tournage, je suis malheureux. J’aime ma maison, mon jardin, même s’il n’est pas très grand, le fait d’habiter près de ma maman. J’adore les bords de Meuse et cet art de vivre qu’il y a chez nous. À Paris, les gens sont plus stressés et agressifs. Ici, on a beau être agité du bocal, on est plus doux.

Qu’évoque, pour vous, le mot « vacances » ?

J’ai horreur de partir, je resterais bien chez moi lire mes bouquins. Alors, je pars toujours au même endroit, j’ai une petite maison au Sénégal avec ma femme. J’ai beaucoup appris de l’Afrique, les gens y sont tellement hospitaliers et rieurs. Là-bas, je bouquine, je nage, je marche au bord de la plage et je vais boire un verre au café avec mes potes du coin.

Fidèle, vous avez retrouvé Gilles Lellouche pour son film ‘Le grand bain’ (sortie en octobre) et, plus récemment, Anne Fontaine pour ‘Blanche-Neige’, aux côtés d’Isabelle Huppert. Une source de joie supplémentaire ?

Il existe deux énigmes en France : Isabelle Huppert et Gérard Depardieu, pour des raisons totalement différentes. Il n’y aura jamais qu’une seule Isabelle, elle ne fait que travailler mais avec une grande légèreté. Elle impose une distance tout en étant très rieuse. Mais ce que j’aime surtout, c’est rencontrer de nouveaux réalisateurs. Si on arrive à me captiver durant une demi-heure, c’est bon. Je n’accepte jamais un film sur un casting.

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