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Edouard Baer : « Je ne jouerai jamais James Bond. J’ai 6 mentons et 4 ventres de trop ! »

Edouard Baer chez lui à Paris. | © Alexandre Isard

Cinéma

Edouard Baer tombe le masque de l’ironie et assume une noirceur inédite dans Mademoiselle de Joncquières, conte moral en costumes adapté de Diderot, qui interroge avec brio le désir, la vanité, l’amour et ses tourments. Premiers extraits de son grand entretien à Match.

Paris Match. Dans Mademoiselle de Joncquières, vous jouez de votre réputation de séducteur. Vous servez-vous du cinéma pour faire votre autocritique ?
Edouard Baer. Dans mes films à moi, clairement, oui. Ouvert la nuit et La bostella sont des autoportraits exagérés. Mais dans les films des autres, je ne sais pas. Ma carrière d’acteur de cinéma est très hasardeuse. C’est terrible parce qu’à nous, les acteurs, on dit “vos films”, mais pour certains, quand je vois le résultat, je ne retrouve pas la raison pour laquelle j’ai voulu les faire… Malgré tout, j’y vais les yeux fermés. Là, avec Emmanuel Mouret, ça a été un tournage tendu.

Parce qu’il fallait respecter le texte à la virgule près ?
Oui, et peut-être parce que je jouais un personnage sombre et qu’inconsciemment on se met dans cet état-là entre les prises…

Votre personnage de marquis vous renvoyait des choses de vous que vous n’aviez pas envie de voir ?
Sûrement. Au final, j’ai vu que j’avais vieilli, que j’étais plus dur que ce que j’imaginais… Et j’ai vu des choses que j’avais pu entendre de la part de proches qui me disent parfois : “Tu fais peur à tout le monde !” On n’entend pas certaines critiques sur soi dans la vie. Mais quand on se voit sur grand écran, on comprend…

(…)

Je crains plus de vieillir que de mourir.

Sous vos airs de dilettante, vous avez une filmographie considérable…
C’est vrai que je n’y ai jamais vraiment cru. Peut-être parce que ça fait dix ans que je sors des films qui ne marchent pas trop. Ou que je n’ai pas fait assez de très grands films. Si je n’avais que cette carrière d’acteur, je serais catastrophé. Mais ça m’a libéré du temps pour créer mes spectacles. L’avantage, c’est que j’ai 51 ans et que, pour un homme au cinéma, tout commence. Là, il se trouve que j’ai deux grands films qui sortent, le Mouret et le Michel Leclerc, ce qui ne m’est pas arrivé depuis plus de dix ans.

Vous êtes nostalgique ?
Oui, mais je ne suis pas non plus un fossoyeur. Je suis plus fier de mon admiration pour Vincent Lacoste que pour Michel Serrault. Les gens que j’admire, comme Jean-François Bizot d’Actuel, c’est parce qu’ils avaient du goût pour les autres, pour les révéler, les pousser. Et c’est ce qui est chouette en vieillissant : être une sorte de chêne sous lequel les gens viendraient s’abriter. Il faut aiguiser ça et essayer de soutenir des projets, parce que si l’on s’accroche juste à soi, ça devient terrible.

Qu’est-ce qui vous manque aujourd’hui ?
[Il rit.] Vingt ans de moins. Mais je crains plus de vieillir que de mourir. J’adore cette chanson de Brel : « Mourir, cela n’est rien. Mourir, la belle affaire ! Mais vieillir ! »

Mademoiselle de Joncquières, en salle actuellement.

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interview Edouard Baer
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