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Katherine Johnson, Mary Jackson et Dorothy Vaughan, les véritables femmes de l’ombre de la Nasa

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Elles ont marqué l’Histoire. Et pourtant, pendant longtemps, cette dernière les a oubliées. Les figures de l’ombre rend enfin hommage à Katherine Johnson, Mary Jackson et Dorothy Vaughan, trois femmes afro-américaines dont les travaux ont permis de grandes avancées pour la Nasa, dans un long-métrage hollywoodien.

D’après un article Paris Match France de Kahina Sekkai

Les Figures de l’ombre (dont le titre original est Hidden Figures), le film adapté du livre de Margot Lee Shetterly, mêle les destinées de ces « ordinateurs en jupes » à l’histoire de la conquête spatiale américaine, en parallèle de l’abolition des lois anti-ségrégation aux Etats-Unis. Paris Match revient sur le destin extraordinaire de ces femmes qui se sont battues pour s’imposer dans un monde d’hommes, de surcroit blancs.

Katherine Johnson, le génie des mathématiques

Véritable prodige des mathématiques, Katherine Johnson (interprétée par Taraji P. Henson) a grandement contribué au succès du premier vol orbital autour de la planète de l’astronaute John Glenn. Mais avant d’être reconnue pour cela, elle a effectué un parcours scolaire impressionnant, diplômée du lycée à 14 ans, de l’université à 18 ans. D’autant plus prodigieux quand on sait les difficultés éprouvées par une jeune femme noire en pleine période de ségrégation en Virginie.

Pendant un temps, elle a enseigné les mathématiques dans une école noire de son État de naissance. Elle est entrée au sein du Comité consultatif national pour l’aéronautique (National Advisory Committee for Aeronotics, soit la Naca, l’ancêtre de la Nasa) en 1953, après avoir eu trois filles avec son premier mari. Peu de temps après son arrivée, elle a intégré le Département de guidage et de navigation tant les besoins étaient grands au sein du programme spatial américain. En dépit des épreuves, Katherine Johnson a fait parler son talent et est devenue indispensable, même après l’arrivée des ordinateurs qui calculaient bien plus rapidement que les humains.

©NASA – Katherine Johnson au Centre de recherches de la Nasa en 1962.

En 1962, alors que le départ de John Glenn approche, l’astronaute a personnellement demandé aux techniciens à ce que Katherine Johnson vérifie elle-même les chiffres calculés par l’IBM, prononçant cette phrase : « Si elle dit qu’ils sont bons, alors je suis prêt à partir ». Elle a rendu un vibrant hommage à celui qui a mis sa vie entre ses mains en décembre dernier, au moment de son décès : « Un homme bien a quitté la Terre pour la dernière fois. On se souviendra de la vie de John Glenn pour le temps qu’il a passé dans l’espace, son courage et les services qu’il a rendus aux Américains », avait-elle déclaré dans un communiqué.

Katherine Johnson est la seule des « figures de l’ombre » encore vivante aujourd’hui, elle est âgée de 99 ans. Barack Obama lui a remis la médaille de la liberté, la plus prestigieuse récompense civile américaine, en novembre 2015, près de 30 ans après son départ en retraite, après avoir également contribué au succès de la mission Apollo, qui avait comme destination… la Lune.

Elle se trouvait sur la scène des Oscars le mois dernier, cérémonie au cours de laquelle elle a présenté le prix du meilleur documentaire au côté de Taraji P. Henson, qui l’incarne dans le film, Octavia Spencer et Janelle Monáe.

©Nasa

Mary Jackson, l’ingénieure combative

Mary Jackson (interprétée par Janelle Monáe) a intégré l’aile ouest de l’unité d’informatique de la Naca en 1951, sous les ordres de Dorothy Vaughan. Avant d’obtenir ce poste, la mathématicienne a vécu plusieurs vies : diplômée en mathématique et physique en 1942, elle a enseigné les mathématiques avant de devenir bibliothécaire, puis réceptionniste. Elle a pris une pause à la naissance de son fils, à l’issue de laquelle elle a été secrétaire pour l’armée. Elle est ensuite entrée à la Naca, où elle a évolué de l’unité d’informatique à celle d’ingénierie où elle a travaillé sur une soufflerie supersonique. Mais elle ne pouvait prétendre à un diplôme d’ingénieur.

Son combat, soutenu notamment par l’ingénieur aéronautique polonais travaillant pour la Naca, Kazimierz Czarnecki, a été d’obtenir le droit de suivre un cursus plus poussé en mathématiques et en physique, brisant pour cela les lois ségrégationnistes interdisant aux Noirs l’accès à de telles études. À l’issue de ses études, Mary Jackson est devenue la première ingénieure noire de la Nasa. Dans les années 1970, pour inciter de jeunes filles à se diriger vers des études scientifiques, elle avait contribué à la création d’une soufflerie au sein du centre communautaire de Hampton, sa ville natale.

©Nasa – Mary Jackson à la Nasa.

Après avoir occupé son poste d’ingénieure jusqu’en 1979, Mary Jackson a quitté ses fonctions pour travailler en faveur de l’égalité des chances, pour la promotion des minorités au sein de la Nasa, jusqu’à sa retraite en 1985. Elle est décédée en février 2005, à l’âge de 83 ans.

Dorothy Vaughan, l’informaticienne pionnière

Comme ses deux collègues, Dorothy Vaughan (interprétée par Octavia Spencer) a démarré sa carrière comme professeure de mathématiques. Elle est entrée à la Naca en 1943, quittant son poste de professeure de mathématiques pour ce qu’elle pensait être une mission temporaire jusqu’à la fin de la guerre.

En vertu des lois Jim Crow sur la ségrégation, Dorothy Vaughan et toutes les mathématiciennes noires de la Nasa ont ainsi dû travailler dans une partie isolée du campus, où elles étaient déployées au service de diverses recherches – tout en devant se plier aux lois ségrégationnistes, comme l’usage de toilettes séparées. De 1949 à 1958, Dorothy Vaughan a ainsi dirigé l’aile ouest de l’unité d’informatique, jusqu’à ce que la Naca devienne la Nasa, alors en pleines recherches pour envoyer pour la première fois des hommes dans l’espace, et que les traitements différents en vertu de couleurs de peau ne soient abolis. Elle était devenue la première manager noire de l’histoire de l’agence.

©Nasa – Octavia Spencer jouer Dorothy Vaughan dans le film.

Sachant que les calculateurs humains seraient rapidement dépassés par les ordinateurs, Dorothy Vaughan a alors appris le langage de programmation FORTRAN,

Elle est partie à la retraite en 1971, à l’âge de 61 ans, ne réussissant pas à obtenir de poste de dirigeant au sein du Centre de recherche mais laissant derrière elle une trace indélébile sur toutes les calculatrices qu’elle a inspirées. Dorothy Vaughan est décédée en novembre 2008, à l’âge de 98 ans.

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