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Interview vintage de Marco Laguna : Punk’s not dead

Marco Laguna, réalisateur belge du feu de dieu et frontman du band La Muerte. | © DESAT

Cinéma et Docu

La Muerte, groupe belge de metal underground, fait un gros come-back avec un nouvel album studio qui sort le 7 décembre et un concert le 12 janvier 2019 à l’Ancienne Belgique.

Russ Meyer, les dragsters et Massacre à la tronçonneuse, voici quelques-unes des références de Marco Laguna, réalisateur belge du feu de dieu et frontman du band. Son dernier film, DoublePlusUngood, avec Bouli Lanners entre autres nobles figures, a fait un carton au BIFFF (Festival du film fantastique de Bruxelles) et fait une tournée mondiale, dont une halte très attendue au Mexique prochainement. Artiste jusqu’à la moelle, porteur d’une série impressionnante d’appellations, Marco Laguna nous donne une interview culte. Pure extravaganza.

La Muerte devient légendaire dans les années 80 et fait aujourd’hui un retour en force avec un nouvel album : les apôtres d’un garage rock made in Belgium se produiront donc le 12 janvier 2019 à l’Ancienne Belgique à Bruxelles. Au programme, « a night of Love-sex-fear-death & musick » (sic). Les amateurs de fraîcheur bucolique passeront leur chemin. Les amoureux de gros son juicy, de vintage revisité, de garage typé, de rock huileux sans concession s’y rueront.

NITRO COMPANY. Annonce du concert de La Muerte

Marco Laguna, aka Marc(el)o Dellmare, aka Mark KR Lagoon, aka Marc Marine, aka Marc Du Marais, aka Marko Kapri aime en vrac le garage vintage, les films de Russ Meyer, la littérature fantastique belge (Jean Ray en première ligne), les belles cylindrées, les looks de mécano, les chapeaux et les desperados.

En tant que Marc Marine, le créateur bouillonnant co-fonde, dans les seventies, le groupe Marine (funk-punk). Il crée ensuite La Muerte, avec Dee-J, fabuleux guitariste et génie belge de l’understatement. The Birthday Party, The Stooges et Motörhead ont marqué l’équipée. Leurs reprises géniales de standards comme « Lucifer Sam » et « Wild Thing » sont plus saignantes et succulentes que les versions d’origine.

Marco vient de sortir un livre sur la première vague de Skate en Belgique, Primitive Skateboarding Belgium 1978, aux éditions du Caïd. Le livre a été présenté au Paris Surf Skateboarding Festival, à Liège et Bruxelles aussi. Il tourne ensuite à Milan, Biarritz et Nantes.

Bien avant cela, les courts-métrages de Laguna ont fait le tour des grands festivals de cinéma. Parmi ceux-ci, Nicky The Stripper, en 1994 ; Nitro Nicky, projeté à Cannes en 96 ; Dragstrip 69, fiction expérimentale de 26 minutes présentée notamment à la Cinémathèque de Paris en 98. Il y a aussi ces documentaires musicaux qu’il a réalisés pour Canal+, dont Because… Patti Smith. Et une volée d’autres productions – films, clips, pubs etcaetera.

Bouli Lanners, Wild Dee, Jimmy Pantera

Avec son long métrage DoublePlusUngood, le chanteur de La Muerte, poursuit sa trajectoire d’enfer loin des ornières. Labellisé film noir, entre Carpenter et Godard, son ovni cinématographique fait tranquillement le tour du globe. C’est une célébration de la liberté sans limite – extatique, intersidérale, explosée comme un tronche le 1er janvier, farcie de maîtres à penser, parano et schizo à souhait.

Cette « série Z avec un grand B », a fait un carton plein au BIFFF (Brussels International Fantastic Film Festival) et parcourt les festivals du monde. Mexique, Pays-Bas, Suisse, Japon, Grèce, USA… Le film de Laguna est réalisé en pellicule (super 8 et 16 mm) et sans budget, tourné dans des zones post-industrielles du Plat pays et au sud de la Californie. Le film a été présenté entre autres à Vancouver, Tucson et LA, où il a remporté un prix. Marco Laguna s’envole pour Mexico où il présente le film début novembre.

DoublePlusUngood Marco Laguna à droite

Dans ce western noir de noir (la scène de tronçonneuse est à marquer d’une pierre blanche, si l’on ose dire), des gueules extraordinaires se croisent – dont bien sûr le héros, Dago Cassandra, incarné par Wild Dee (qui fut chanteur d’un groupe belge rock’n’roll vintage, les Wild Ones)… Dee et cette gueule magnifique qui rappelle, en plus street, celle d’Albert Dupontel. Il y a aussi les magnifiques Yourek Dury en vendeur d’armes et la comédienne-mannequin Delfine Bafort en Eve.

Le film compte d’autres faciès inspirants. Parmi eux, les Belges Bouli Lanners, en avocat, ou encore ce figurant, un certain Jimmy Pantera qui joue les men in black. « Il n’était pas prévu au départ que je joue dans le film, j’ai remplacé un des acteurs défaillants au pied levé, un samedi à 8 heures du matin », nous dit ce dernier. « Ce fut assez intense, d’ailleurs dans la scène de la baignoire Didier m’a crié ‘Arrête, tu vas me tuer’ et il a perdu son dentier. Cette scène a été tournée dans la maison de Chris V8 et à la fin du tournage il s’est engueulé avec son voisin qui lui a roulé sur le pied avec son tracteur tondeuse. Les lames avaient découpé sa chaussure et ses doigts de pied (qu’il a failli perdre d’ailleurs, le chirurgien de garde voulait l’amputer) ».

Graphiste belge surdoué, artiste polyvalent, ex-boxeur féru de « Lucha Libre » ou catch mexicain, Jimmy Pantera est l’auteur d’une bible du genre, « Los Tigres del Ring », et co-auteur, avec Christophe Bier, d’ « Orgasmo », un, recueil d’affiches de films érotiques. C’est un monument savant de la culture psychotronique. Il a également participé à la conception et à l’écriture du livre « Voyoucratie » (éditions CFC), de Dave Decat, illustrateur et affichiste bruxellois. Le livre sera présenté le 8 novembre à la librairie galerie Peinture fraîche (rue du Tabellion, 10 à Ixelles). L’expo liée, avec une sélection d’œuvres de Decat, a lieu du 9 novembre au 8 décembre.

DoublePlusUngood, bonus de la série Z

Le pitch de DoublePlusUngood : 2018, dans un pays qui n’existe pas (aucune référence officielle à l’image). Dago Cassandra et sa tronche taillée à la serpe reviennent dans la jungle urbaine après quinze ans d’exil. Petit truand, adepte du monologue lyrico-philosophique, assoiffé de vengeance, il s’est fixé une mission d’ordre divin: zigouiller les douze apôtres de Lucifer qui incarnent chacun un point de la pyramide du pouvoir (traders, banquiers, barons de la drogue corrompus, avocats de sociétés pourries…). Il va s’y atteler avec méthode et une détermination crasse.

Ode constante à la pop culture, gavé de références, Laguna met en scène ce personnage central, Cassandra, et ses envolées verbeuses de poète de rue, sans la morale attendue : l’attaque de la finance et de l’injustice sociale ne vont pas se déployer comme prévu. Le mode moralisateur et la bien-pensance au goût du jour ne sont pas la tasse de thé du réalisateur. C’est plutôt la violence « auto-produite », la « self-justice » qui est ici montée en épingle. Mais sans s’imposer. On n’est pas non plus dans un mode d’emploi de la contestation trash. À mille lieues donc d’un libéralisme bon teint, d’un pseudo-humanisme de circonstance, Laguna entend manipuler les codes du cinéma d’exploitation. Il les malaxe, les tord, les régurgite en mode sauvage, ni dieu ni maître en somme.

En envoyant valdinguer toutes les règles du genre, en travaillant l’esthétique et le nonsense, en flattant la transgression comico-cynique, DoublePlusUngood fait office de bonus de la série Z, de l’art pour l’art, du cinéma hors calcul, hors système et tutti quanti. Sans un poil de rébellion sociale, on l’a dit mais avec cette liberté peu convenue et ces envolées crades ou volontairement obtuses que le cinéma belge peut, entre autres, apporter. Même si Laguna n’a aucune envie, nous dit-il, d’être cantonné à du noir-jaune-rouge.

Il aime le cinéma « excentrique, sauvage, onirique, délirant, fauché, fait de sexe, de violence et de débauche. » Ses modèles christiques ? Raymond Goethals, Eddy Merckx et Jean-Claude Van Damme. Dans l’interview culte qu’il nous accorde, il cite encore comme sources d’inspiration « William Burroughs, Psycho Morricone, Lee Marvin, Bruce lee, Woody Woodpecker. les Sex Pistols, les MC5, Cassevetes et Bukowski ».

Punk’s definitely not dead

Marko Laguna

Paris Match. Quel est votre film de genre et votre genre de film préférés ?
Marco Laguna. Les cartoons. Pas un en particulier mais principalement ceux de Tex Avery .

Votre film le plus culte toutes catégories et toutes périodes confondues ?
L’ immortelle d’Alain Robbe-Grillet.

La scène la plus légendaire de tous les temps ?
La scène finale de The Texas Chainsaw Massacre.

Vouez-vous toujours un culte aux films de Russ Meyer ?
Oui, il reste le pilier fondateur de mon cinéma

La sexytude pour vous c’est quoi ?
Les photos de Carlo Mollino… Se promener avec Florinda Bolkan dans Rome… Barbarella… Un Frisco, chocolat glacé…

Votre définition du trash ?
Transgression, violence gratuite et humour noir

Qui est le playboy absolu à vos yeux ?
Terence Stamp.

Et la playmate de la mort ?
Mon actrice des débuts, Nikki St Gilles qui devient « Pet of The Year » 1999 … Héhéhé.

Qu’est-ce qui va se démoder le plus vite, le sexe ou l’hémoglobine ?
Ils sont indémodables.

Quel film rêveriez-vous de faire si vous aviez carte blanche totale et tous les moyens du monde ?
Un Space Opera Revenge Movie à la Russ Meyer, ce serait un mélange étrange entre Barbarella, Faster, Pussycat et Deep Throat.

Avec qui en tête d’affiche ?
Ben Gazzara, Haji (alias Barbara Catton, comédienne et ancienne strip-teaseuse canadienne. NDLR), Tina Aumont, Edwige Fenech.

Et quelle bande-son ?
Lalo Shifrin s’en chargerait.

Votre groupe rock culte de tous les temps ?
Burzum/Mayhem.

Le meilleur groupe de « trash-rock » aujourd’hui ?
La Muerte, garage rock, les Gry Gry’s, les Lullies, The Mystery Lights avec Ty Segall.

Le garage justement a-t-il encore un avenir ?
Il sera toujours vivant et présent dans le rock mais sous d’autres formes. Ty Segall quand il disparaît, n’est jamais très loin…

Le meilleur lieu de retro-punk/trash/garage/northernsoul and co ?
Le Bunker (66A rue des Plantes, à 1210 Bxl) à Bruxelles.

Avec quel artiste hip hop aimeriez-vous bosser ?
Mykki Blanco

La meilleure prestation scénique en termes de kitsh/trash/sexyness ?
Celles de Merrill Beth Nisker dite Peaches

Votre définition de la contre-culture ?
Une transgression sous acide.

Quel est votre fantasme absolu ?
Me faire dévorer par « Jaws ».

Votre cauchemar ultime ?
Faire un duo avec Stromae.

La plus belle bagnole de tous les temps ?
La Toyota GT 2000, 1967.

La compète de rêve : dragsters, courses …
Le Land Speed Record à Bonneville ou des courses de dragboat.

Le philosophe qui arrache ?
Bruce Lee.

Qui vous rêveriez de rencontrer, mort ou vif ?
Jack Palance ou François de Roubaix.

Quel tabou aimeriez-vous transgresser ?
Je n’ai aucun tabou.

Quand tout sera permis, quand le monde sera quasi totalement blasé, quel sera l’interdit qui restera ?
Je me pose plutôt la question: « quand tout sera interdit, qu’est ce qu’il restera de permis… »

DoublePlusUngood, c’est l’amoral de la morale ?
C’est immoral et moral, le bien et le mal, le Christ et Lucifer, le tout et son contraire… Dago, le personnage principal du film, mord la main de celui qui l’a nourri…

Vous y avez travaillé avec des confrères et amis belges, entre autres. Tous fabuleux. Fortissimi sunt Belgae ?

L’équipe du film et mes amis sont tous très talentueux en effet mais pas forcement tous belges. Je ne travaille pas avec du noir/jaune/rouge dans le dos, je suis content d’être belge ok, mais la religion du drapeau très peu pour moi…

Vos trois écrivains de chevet ?
Edward Bunker, Jean Ray, Louis-Ferdinand Céline.

Les trois réalisateurs que vous cultivez ?
Elio Petri, Henri-Georges Clouzot, Don Siegel.

Le livre et le film les plus politiquement incorrects ?
Le film : Human centipede de Tom Six. Le livre : la Bible.

Trois modèles christiques ?
Raymond Goethals, Eddy Merckx et Jean-Claude Van Damme.

Trois crapules royales ?
Jim Jones, Jacques Mesrine et Dago Cassandra.

La Muerte, en concert le 12 janvier 2019 à l’Ancienne Belgique.

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