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De l’autre côté du vent : Retour sur la saga du film maudit d’Orson Welles, qui vient de débarquer sur Netflix

Orson Welles

Orson Welles (milieu) entouré de journalistes au Boccaccio à Hambourg (Allemagne) | © Belga

Cinéma et Docu

48 ans après le début du tournage et autant d’années d’imprévus, le film maudit De l’autre côté du vent du réalisateur mythique de Citizen Kane a débarqué sur Netflix.

 

La nouvelle aura de quoi réjouir les amateurs de cinéma. Depuis le 2 novembre, il est en effet possible de visionner sur Netflix une sortie inédite du réalisateur de Citizen Kane. La légende, disparue en 1985, aurait-elle ressuscité ? Pas exactement. L’histoire du tournage de De l’autre côté du vent d’Orson Welles est célèbre à Hollywood, et selon les termes du Huffington Post un symbole de la façon dont les choses fonctionnaient à l’époque et de la frustration du réalisateur envers le système des studios hollywoodiens. Les premières images du film De l’autre côté du vent ont en réalité été tournées il y a plus de 48 ans, mais des problèmes financiers, batailles juridiques avec le Shah puis l’Ayatollah iranien, des pélicules enfermées dans un coffre fort parisien l’ont empêché de voir le jour jusqu’à aujourd’hui. Beaucoup pensaient alors que le film resterait à jamais la plus célèbre œuvre inachevée du grand écran. C’était sans compter sur l’arrivée du géant Netflix, qui a sû rassembler les fonds nécessaires pour achever la restauration du film.

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Le destin du réalisateur John Ford

En 1969, tournant au Mexique, et séjournant en Europe pour cause de différents avec Universal Studios, Orson Welles apprend que le réalisateur John Ford peine à trouver du travail. « J’ai envie de faire un film sur un réalisateur macho et vieillissant, et sur un type qui débute dans le métier. Ça fait longtemps que j’y pense. Je vais plancher dessus », racontera-t-il à Peter Bogdonavitch, un des acteurs du film qui a récemment relaté l’épisode au Huffington Post. En 1979 débute alors le tournage du film narrant l’histoire d’un vieux réalisateur en perte de vitesse, interprété par John Ford et d’un jeune réalisateur en devenir joué par Peter Bogdonavitch. Le film montre successivement des extraits de la vie du réalisateur de 70 ans dont l’histoire s’inspire du célèbre Ernest Hemmingway et un « film dans le film » représentant une satire du cinéma de Michelangelo Antonioni vivement critiqué par Welles, dans laquelle sa compagne Oja Kadar interprète une jeune hippie enchaînant des séquences romantiques dénuées de trame.

Le film représente en réalité une dénonciation du fonctionnement des studios à Hollywood , à une époque ou le légendaire réalisateur s’en lui-même « exilé », furieux contre ces derniers qui avaient notamment raccourci son film La Splendeur des Amberson de 43 minutes. Mais Orson Welles finit par être rattrapé par sa fiction. À l’instar du principal protagoniste Jack, il enchaînes les déboires financiers tout au long du tournage. Financements refusés, redressement fiscal inattendu, arrangements financiers douteux avec le Shah d’Iran : incapable de payer son équipe, le tournage accumule les retards et les scènes principales mettront plus de six ans à être enregistrées. Et la saga est loin de s’arrêter là.

Négatifs pris en otage

En 1976, après avoir tant bien que mal fini le tournage, le réalisateur se bat pour conserver les droits des négatifs originaux. En réalité, la majorité du film avait été financé par un studio détenu par le beau-frère du Shah. Après la révolution iranienne (1979), ces derniers se retrouvent enfermés dans le coffre fort parisien de l’Ayatollah Khomeini. À la mort de l’acteur et réalisateur, l’affaire est loin d’être réglée et une véritable bataille juridique concernant les droits du film démarre. Il faudra attendre 2017 avant les bobines ne sortent de ce coffre, marquant la fin d’une bataille longue de plus de trente ans menée par Peter Bogdanovich, Frank Marshall – le producteur original – et le producteur polonais Filip Jan Rymsza. Le défi qui s’en suivait était également de taille : reconstituer une centaine d’heures de rushes d’un film vieux de 40 ans sans son réalisateur. Heureusement, les restaurateurs avaient trouvé une copie de travail d’Orson Welles, de son scénario, de ses notes, et des souvenirs de tournage de Peter Bogdanovich et Frank Marshall. Le son représentait en réalité le plus gros défi du tournage, qui a été résolu en partie en ré-enregistrant certaines voix.

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Aujourd’hui, les restaurateurs considèrent même que l’attente était une « bénédiction » pour la restauration du film, le développement des technologies numériques leur ayant permis de réaliser des choses qui auraient été impossible il y a 20 ans. Sa présence sur la plateforme lui garantira également une visibilité importante, même si la plupart des utilisateurs n’ont jamais entendu parler de Citizen Kane, et que cela lui a coûté sa place au festival de Canne, Netflix refusant de laisser un laps de temps de trois mois entre la sortie cinéma et la sortie sur la plateforme. Un futur classique à ne pas manquer !

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