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Mort du réalisateur Bernado Bertolluci : retour sur trois films marquants de l’Italien

Créateur fécond, dont la fresque 1900 a acquis le statut d'oeuvre classique en Italie, est aussi celui par qui le scandale, et la polémique éclatèrent... | © Valerie MACON / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP

Cinéma et Docu

Le réalisateur italien Bernardo Bertolucci, auteur notamment du Dernier Tango à Paris est mort à Rome à l’âge de 77 ans. Retour sur trois œuvres majeures de l’artiste.

 

Par L.Dp

Bernardo Bertolucci avait remporté l’Oscar du meilleur réalisateur en 1988 pour Le Dernier Empereur. Il avait aussi signé le scénario d’Il était une fois dans l’Ouest (1968), réalisé par Sergio Leone. Il était aussi l’un des rares réalisateurs italiens à avoir beaucoup tourné à l’étranger. À Paris, décor de son dernier film, The dreamers (2003), mais aussi la Chine avec Le Dernier Empereur, l’Afrique avec Un thé au Sahara ou encore le Bhoutan avec Little Buddha.

Ce n’est jamais évident de résumer l’oeuvre d’un  réalisateur à une poignée de films. Bertolucci en a réalisé une vingtaine sur une carrière longue de plus de 55 ans. Sa disparition est l’occasion de se replonger dans son œuvre ou de redécouvrir celui qui avait défrayé la chronique dans les années 70 avec le mythique Marlon Brando pour un film aux scènes de sexe très crues et même traumatisantes pour son actrice principale Maria Schneider.

Retour su trois films de l’Italien, un dans chaque décennie, entre les années 70 et 90.

Le dernier tango à Paris (1972)

Marlon Brando, qui incarne un Américain (Paul) dans la ville lumière, a 48 ans à l’époque du tournage. C’est une star internationale, un acteur au charisme incomparable. Dans ce film qui est un huis clos car il se déroule principalement dans un appartement, Bertolucci filme l’amour entre ce presque quinquagénaire et une jeune femme d’à peine vingt ans. L’histoire relate la lente descente aux enfers de cette relation toxique et à la violence croissante. Brando y campe un homme fatigué, désespéré et désabusé entre deux âges. Schneider (Jeanne), incarne la beauté solaire de la jeunesse, la spontanéité, l’aventure, la petite bourgeoise qui n’est pas contre le frisson… En-dehors de cette relation un rien bestiale, chacun mène sa propre vie pour revenir ensuite dans l’appartement, théâtre de leur plaisir.

Photo AFP

Tour à tour, Delon, Belmondo et Trintignant refusèrent le rôle. Marlon Brando, il y alla sans se poser de question ! Le film fut fort critiqué à sa sortie et interdit dans toute une série de pays. Il changea aussi l’image « hollywoodienne » de Brando.

Bien entendu, la plupart des gens connaissent le film, sans forcément l’avoir vu, pour la scène du ‘viol à l’aide de beurre’. Cette scène violente a refait polémique l y a quelques temps ressurgissant au cœur du débat sur les violences faites aux femmes. Bertolucci a avoué que lui et Brando avaient décidé de cette scène sans mettre au courant Maria Schneider. La scène est simulée, aucune pénétration n’a été réalisée, mais Brando maintient physiquement Schneider pour pratiquer une sodomie que celle-ci refuse. L’actrice a totalement subi une scène qui n’était pas prévue. Dont elle n’avait en tout cas pas connaissance… Bertolucci a toujours éprouvé des difficultés à s’en excuser publiquement.

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Le film est resté mythique pour cette scène mais il est avant tout une histoire à la violence crescendo entre deux amants qui se sont rencontrés par hasard. Un film dans lequel Brando laisse apparaître toute sa noirceur intérieure…

Le Dernier empereur (1987)

Nous sommes quinze années plus tard dans la carrière de Bertolucci. Changement de décennie et changement total de thème, c’est la base de sa carrière, pour un film long format (2h26). Le film relate la vie du dernier empereur de Chine, Pu Yi, de son accession au trône à l’âge de trois ans jusqu’à sa chute. Il devint ainsi jardinier du parc botanique de Pékin après la révolution durant laquelle il est rééduqué…

Cette grande fresque historique lumineuse et colorée a raflé tout ce qui était possible de rafler lors des Oscars de 1988. Nommé dans neuf catégories, Le Dernier empereur les remporta toutes : meilleur film, meilleur réalisateur, meilleur scénario, meilleure photo, meilleur montage, meilleure musique, meilleurs costumes, meilleurs décors et meilleur son. Il se distinguera aussi avec les Golden Globes du meilleur film dramatique, meilleur réalisateur, meilleur scénario et meilleure musique.

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Outre sa qualité de reconstitution historique rigoureuse, le film relate aussi la grande solitude des puissants face à leur destin parfois tragique… Leur enfermement dans leur titre aussi, au propre comme au figuré. Le film est d’une grande beauté visuelle avec une première partie d’une incroyable richesse tant les costumes et les décors (le film a été tourné dans la Cité interdite) sont à couper le souffle.

Beauté volée (1996)

Qui pour mieux filmer la merveilleuse Toscane qu’un Italien ? Bertolluci reprend le thème de la jeune femme au seuil de l’âge adulte en plein questionnement qui, le temps d’un été, bouscule les habitudes d’un groupe d’artistes d’un âge certain vivant dans une belle bâtisse tout en pierres.
Le jeune fille est incarnée par Liv Tyler qui a 19 ans à l’époque du film. Il faut bien dire qu’elle illumine la péllicule par sa beauté diaphane et sa fraîcheur aux côtés de Jeremy Irons. On peut aussi y voir toute une galerie de femmes talentueuses à différents âges : Raquel Weiz, Sinead Cusack… Un film un rien contemplatif basé sur la trilogie la vie, l’amour, la mort baignée de soleil.
La bande sonore est aussi une plongée dans la musique des années 90. On y retrouve notamment les archanges du Trip Hop comme Portishead et Hooverphonic. La veuve de Kurt Cobain, Courtney Love,  s’y retrouve aussi avec son groupe Hole. Cela rapellera probablement des souvenirs à certains…
EPA
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