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Martin Scorsese, Netflix, Donald Trump… Robert De Niro se confie à Paris Match

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Robert De Niro lors d'une conférence de presse à Marbella en mai 2018. | © BELGA/AFP

Cinéma et Docu

Il est l’un des plus grands acteurs de tous les temps. Oscar du meilleur acteur en 1981 pour son interprétation de Jake LaMotta dans Raging Bull, Robert De Niro recevra le 30 novembre un hommage au Festival de Marrakech. 

D’après un article Paris Match France / Propos recueillis par Dany Jucaud.

Paris Match. Vous avez avec Martin Scorsese sûrement la plus formidable collaboration créative dans l’histoire du cinéma. Au fond, vous êtes comme un vieux couple. Quel est le ciment qui vous soude ? 
Robert De Niro. Nous avons une relation tout à fait exceptionnelle. Ce que j’aime chez Marty c’est que, quoi que je lui propose, il est toujours partant. Il n’est jamais négatif. S’il pense que j’ai tort et lui raison, on se retrouve tous les deux dans la salle de montage et il m’explique tranquillement ce qui ne va pas.

Vous ne vous engueulez jamais ?
Jamais.

Saviez-vous, pendant que vous étiez en train de tourner Taxi Driver ou Raging Bull que ces films seraient des chefs-d’œuvre qui resteraient dans l’histoire du cinéma ?
Quand on a tourné Taxi Driver, on n’a pas imaginé une seconde que ce film toucherait le cœur de tellement de gens. D’autant moins que les critiques étaient loin d’être unanimes. Mais on sentait bien qu’il y avait quelque chose de très spécial. C’était un travail fait avec amour, cela personne ne pouvait nous l’enlever.

Les affranchis
Robert de Niro dans Les affranchis. IMAGO

The Irishman, votre neuvième collaboration avec Scorsese que vous venez de tourner avec Al Pacino, sortira sur Netflix. Personnellement, que préférez-vous : qu’un film soit vu par 100 millions de téléspectateurs ou sur un grand écran ?
Les films que nous faisons avec Marty sont traditionnellement destinés au grand écran. Netflix est en train de voir s’ils peuvent le montrer au moins quelques semaines dans des salles de cinéma en même temps qu’à la télé. Cela dit, les écrans de télé aujourd’hui sont tels qu’on a souvent l’impression chez soi d’être comme au cinéma. Franchement, je ne sais pas comment cela va se résoudre, ce que je sais en revanche, c’est qu’il faut aller avec son temps.

Vous dites que le talent d’un acteur réside dans ses choix. Est-ce que vous en regrettez certains ?
Bien sûr, mais comme je les ai faits, je les assume.

Sur un plateau, je me sens chez moi, à tel point que, quand je travaille, j’ai l’impression d’être en vacances.

Votre père, qui était peintre, a lutté toute sa vie pour survivre mais jusqu’au bout il est resté fidèle à son art. On a l’impression au contraire chez vous que l’entrepreneur a pris le dessus sur le comédien.
J’aime toujours le cinéma et plus que tout travailler avec Marty. Ça nous a pris des années pour monter The Irishman, mais c’est vrai que lorsqu’une occasion se présente d’entreprendre quelque chose de nouveau, je ne la laisse jamais passer. C’est un plaisir différent du cinéma, et quand ça marche, je reconnais que c’est très satisfaisant.

Après tant de films, êtes-vous encore excité quand vous vous retrouvez sur un plateau ?
J’ai toujours adoré ça. Je m’y sens chez moi, à tel point que, quand je travaille, j’ai l’impression d’être en vacances. J’ai ma petite routine, je fais les choses toujours dans un certain ordre. Je vais sur le plateau, je me prépare, j’observe autour de moi ce qui se passe, je regarde ce qu’on est en train de tourner, je relis mon texte. Entre deux plans, je fais la sieste, je passe quelques coups de fil, je travaille sur le script. C’est un processus très calme qui me convient.

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Robert de Niro et Billy Cristal dans Mafia Blues. IMAGO

Vous souvenez-vous de votre toute première phrase au cinéma ?
[Il rit, marque une longue pause.] C’était dans The Wedding Party de Brian De Palma, où je jouais le témoin. [Il réfléchit longuement.] Non, je ne m’en souviens plus. Dommage.

Vous sentez-vous parfois otage de votre célébrité ?
Je m’y suis habitué, je me dis que ça pourrait être pire. Je suis lucide. J’ai beaucoup de chance d’avoir la vie que j’ai.

Vous mettez toujours un écran de fumée entre vous et les autres. Par timidité ou pour entretenir le mystère ?
Je préfère garder une certaine distance.

Il n’est pas impossible qu’un jour j’aille serrer la main de Trump pour le remercier de nous avoir sortis de notre torpeur.

L’argent souvent endort les gens : vous, vous critiquez ouvertement et avec férocité Donald Trump. D’où vient le fait que vous ayez toujours la rage au ventre ?
Je ne supporte pas l’injustice ! Je suis furieux, profondément offensé de voir ce que Trump fait à notre pays et au monde entier. Le côté positif, car il y en a un, c’est qu’il rend les gens, moi le premier, encore plus conscients de ce que devraient être les Etats-Unis. Il nous a tous réveillés. Il pointe du doigt sans le vouloir ce que devraient être en réalité la décence, la justice, ce que doit être notre démocratie. C’est la seule chose de bien qu’il ait accomplie depuis qu’il a été élu.

Si vous l’aviez en face de vous, que lui diriez-vous ?
Il n’est pas impossible qu’un jour j’aille lui serrer la main pour le remercier de nous avoir sortis de notre torpeur et de nous avoir fait réaliser à quel point nous avons de la chance de vivre dans ce système, même s’il ne faut pas considérer notre démocratie comme acquise, mais nous battre de toutes nos forces pour la garder. Quand Trump déclare : “Nous devons redonner de la grandeur à l’Amérique”, c’est un tissu de conneries. Il le dit pour plaire à sa base. Toute sa vie, il n’a vécu que pour la presse, comment ose-t-il agir ainsi avec elle aujourd’hui ? La façon dont il s’est comporté en France est honteuse. Le pire c’est qu’il risque d’être réélu. Vous avez beaucoup de chance d’avoir Macron comme président.

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Barack Obama décerne à Robert de Niro la médaille présidentielle de la Liberté. SAUL LOEB / AFP

Peut-être qu’il manque tout simplement contre Trump un candidat démocrate charismatique ?
Je ne peux pas envisager qu’il n’y en ait pas. Ce dont on a besoin, c’est d’un homme capable de lui tenir tête, comme lui sait si bien le faire avec ses adversaires.

On assiste à une nouvelle forme de fascisme, on doit se battre de toutes nos forces contre ça.

Trump ressemblerait-il un peu à Travis Bickle, votre personnage dans “Taxi Driver”, un paranoïaque un peu schizophrène.
Je ne trouve pas. Trump est un clown, une coquille vide. J’ai toujours pensé que toutes ces choses négatives qu’il balance aux gens, – “vous êtes un lâche, vous êtes un incapable”, – sont en réalité ce qu’il pense de lui-même. Ce qu’il critique précisément chez les gens, il finit par le faire lui-même. La plupart des membres de son administration justifient leurs décisions en disant qu’ils veulent protéger l’Amérique, mais en fin de compte ils défendent leurs propres intérêts. Les quelques républicains qui ont quitté le gouvernement sont allés dans le privé et se font encore plus d’argent.

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Etes-vous malgré tout optimiste pour l’avenir ?

Oui. Je n’ai pas le choix. Je suis optimiste mais je suis très prudent. J’ai peur qu’avec Trump quelque chose de grave n’arrive. Je n’avais jamais pensé que je vivrais ça de mon vivant. Le pays n’a jamais été aussi divisé. La plupart des gens, d’où qu’ils soient, ont la notion de ce qui est bien ou mal et de ce qui est décent. Pas lui. On assiste à une nouvelle forme de fascisme, on doit se battre de toutes nos forces contre ça. Il faut arriver à le neutraliser, le remettre à sa place et, si on peut, s’en débarrasser.

Pour être un bon politicien, faut-il aussi être un bon acteur ?
Absolument, mais il faut aussi avoir des sentiments et de la passion. Le problème avec Trump c’est que la seule chose qui l’intéresse, c’est lui-même.

J’ai toujours pensé qu’on ne devient pas acteur, on naît acteur.

Robert Mitchum m’avait dit que son rêve aurait été d’être Hemingway, Anthony Hopkins, d’être Beethoven. Et vous ?
J’admire ces gens hors norme et talentueux. Mais je me contente d’être Robert De Niro. [Il rit.]

Est-ce qu’il y a un talent que vous auriez aimé avoir que vous n’avez pas ?
J’aurai adoré savoir chanter, mais j’ai bien peur qu’il ne soit trop tard ! [Il rit.]

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Vous n’aimez pas que l’on dise de vous que vous êtes une légende. Et pourtant…
Je n’ai pas le culte de la personnalité. J’ai juste eu la chance d’avoir du talent. J’ai toujours pensé qu’on ne devient pas acteur, on naît acteur. A 10 ans, je savais déjà que je voulais jouer, je me suis arrêté à 12 ans puis j’ai recommencé à 16. Je n’ai jamais douté de ce que je voulais faire dans la vie, même quand le destin s’acharnait contre moi.

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