Il faut sauver les César

Il faut sauver les César

Elie Semoun

Elie Sémoun est apparu en maillot de bain sur la scène. | © AFP

Cinéma et Docu

Si la 44e cérémonie des César a délivré un palmarès équilibré marqué par les quatre récompenses obtenues par Jusqu’à la garde, le show a été très décevant. Nos propositions. 

D’après un article Paris Match France de Yannick Vely

Pauvre Kad Merad. Après une ouverture en Freddy Mercury plutôt réussie même si nous aurions préféré un numéro de comédie musicale sur des airs de Michel Legrand, l’acteur de Bienvenue chez les Ch’tis n’a jamais réussi à insuffler du rythme à la cérémonie… Pire, il a parfois donné l’impression d’être dépassé par la sinistrose ambiante et des sketchs de présentation d’un autre temps – la co-présentation du César du court métrage par un nain a même fait grincer des dents en dehors de l’Hexagone… Bref, il est temps de revoir la cérémonie, de lui redonner du souffle. Nous avions déjà soumis quelques propositions qui nous semblent de bon sens en 2015 mais pas grand-chose n’a hélas changé. Voici nos dix propositions.

Kad Merad
Kad Merad a ouvert le bal en étant déguisé comme Freddie Mercury. ©AFP

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En finir avec les discours de présentation

Il n’y a qu’aux César que l’on voit ça : un remettant qui doit dire que « sans second rôle, il n’y aurait pas de premier rôle ». Souvent, il prend connaissance du texte le jour même et son manque de naturel trahit au mieux sa désinvolture. Voir Elie Semoun en slip devant Robert Redford restera l’une des images les plus embarrassantes en terme de non glamour de ce cru 2019.

Elie Semoun
Elie Semoun, peu avant qu’il montre ses fesses. ©AFP

Co-présenter la cérémonie

L’expérience avait déjà été tentée en 2010, et elle avait plutôt bien fonctionné avec le duo Valérie Lemercier-Gad Elmaleh. Plutôt qu’un seul présentateur qui se rigidifie au fil de la cérémonie, osons le duo comique ou bien un présentateur expérimenté accompagné d’une personnalité du septième art. Par exemple, un duo Pierre Zéni-Blanche Gardin.

Ne plus remettre les prix techniques

La cérémonie est beaucoup trop longue et il faut savoir trancher dans le vif. Prendre le problème à l’envers, ne pas vouloir faire des César une soirée où l’on remet des prix et – si possible – fêter le cinéma, mais fêter le cinéma lors d’un grand spectacle télévisé et accessoirement remettre des prix. En limitant le nombre de César donnés, la cérémonie gagnerait en rythme. Alors bien sûr, l’Académie des Oscars vient de prendre une volée de bois vert avant de faire machine arrière sur le fait de donner des prix techniques durant les pauses publicitaires. Mais la France n’a ni la même production cinématographique, ni la même prétention universelle. Gagner du temps nous paraît précieux.

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Présenter les films nommés dans la catégorie meilleur film

Ce temps gagné, on pourrait le « réinvestir » dans une présentation plus effective des films qui s’affrontent dans la principale catégorie. On est souvent frustré de voir aussi peu de « cinéma » dans une soirée censée être dédiée au septième art. Il faudrait d’ailleurs revenir à cinq films nommés dans les catégories principales et à trois dans les autres catégories pour éviter les plans de coupe sur les déçus trop nombreux dans la salle. Quelle est la nécessité de faire venir l’ensemble de l’équipe de «Pupille» ou de «La Douleur» pour un zéro pointé ?

On est souvent frustré de voir aussi peu de « cinéma » dans une soirée censée être dédiée au septième art.

En finir avec l’impossibilité des doublons

Les plus fins connaisseurs du règlement des César avaient compris dès le César du premier film remis à «Shéhérazade» que «Jusqu’à la garde» obtiendrait le César du meilleur film puisque le doublon est impossible, tout comme le doublon meilleur réalisateur-meilleur film. C’est une mauvaise idée. Cela donne l’impression que le cinéaste récompensé est finalement le deuxième meilleur réalisateur de l’année, tout en enlevant une grande partie du suspense. Pour le César du premier film, la règle pourrait être la suivante : si un film est cité pour le meilleur film, il ne peut concourir pour le second tour de la catégorie meilleur premier film. Bien sûr, cela resterait imparfait puisqu’un film pourrait tout perdre…

Limiter la durée des discours des lauréats

Bien sûr, on sourit quand les stars des Oscars sont coupées par la petite musique annonçant la prochaine page de publicité. Mais il faut reconnaître que cela a son efficacité, surtout que les discours sont souvent les mêmes et que l’émotion passe dans les premiers instants. Là, les César ont choisi un entre-deux avec une musique qui part (après 2 minutes…) mais avec le récompensé qui reste. Résultat, le discours est inaudible…

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Laisser la politique au vestiaire

Là encore, c’est une question de culture. Le téléspectateur, qui regarde la cérémonie des César pour Kristen Stewart, Charlize Theron, Marion Cotillard ou Pierre Niney, ne veut pas être pris en otage par le combat des intermittents du spectacle, aussi noble soit-il. Ou bien il faut lui prévoir un espace d’expression et éviter les punchlines à double sens sur le ministre de la Culture. D’ailleurs est-il nécessaire qu’il vienne à la cérémonie pour servir de punching-ball ?

Donner un vrai prix du public

Le malaise était palpable quand fut remis le César du public à Olivier Baroux pour « Les Tuche 3 ». Si le prix part d’une bonne intention de ne pas oublier la comédie populaire, genre souvent négligé par les votants, il faut rappeler qu’un mauvais film peut cartonner au box-office grâce à un habile plan marketing et une énorme sortie dans les salles, sans que le public ne soit enchanté du résultat final. Pourquoi ne pas faire voter le public sur une liste limitée de film ? Soit les nommés au meilleur film, soit les cinq plus gros succès français ? Cela se passe ainsi dans presque tous les festivals du monde et cela donnerait une vraie valeur affective à ce prix.

Olivier Baroux
Olivier Baroux a reçu le prix du public. ©AFP

Honorer les disparus… une fois

Nous n’avons pas bien compris le déroulement de la cérémonie vendredi soir. Deux séquences pour les disparus, un Medley pour Charles Aznavour, un duo pour Michel Legrand et un discours de Diane Kruger pour rendre hommage à Karl Lagerfeld…. C’était trop et surtout incompréhensible pour les cinéphiles car opérant une curieuse sélection entre les morts.

Arrêter les blagues sur l’invité d’honneur

Chaque année, c’est le même feu nourri sur la star étrangère honorée par la cérémonie. Non seulement, elle comprend rarement les blagues en version originale, si bien que l’on a le droit au même plan de coupe sur une star penchant sa tête vers le traducteur, mais surtout ce n’est pas drôle. Juste répétitif.

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