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Oscars : Netflix entre dans la guerre

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Emma Stone dans La favorite, de Yorgos Lanthimos. | © DR

Cinéma et Docu

La bataille médiatique fait rage. Pour sa première participation, la plateforme a tout fait pour décrocher la statuette face à Green Book. Mais à quelques jours des résultats, La favorite pourrait créer la surprise.

D’après un article Paris Match France de Dany Jucaud

C’est Harvey Weinstein, roi incontesté du marketing et du lobbying, qui a inventé la campagne des Oscars, que tout le monde aujourd’hui copie. Sans Weinstein, The Artist n’aurait jamais obtenu cinq statuettes en 2012. Première étape : le Festival de Toronto en septembre qui sert de rampe de lancement à la course aux Oscars. L’opération, devenue avec le temps une énorme machine de guerre où tous les coups sont permis, est conduite comme une campagne politique. Son coût peut s’élever à des dizaines de millions de dollars.

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À New York, Peggy Siagal, la reine des campagnes, tricote dès fin novembre déjeuners et dîners sur mesure pour séduire les 7 000 votants. Des rendez-vous où se mélangent intellectuels, journalistes et mondains qui, après la projection du film, peuvent poser directement des questions au metteur en scène et aux talents présents. Trouver le point sensible susceptible de rapporter des voix est tout un art et relève parfois du génie. Car l’enjeu est immense : un film qui remporte l’Oscar peut générer des centaines de millions de dollars. Quant au salaire d’un acteur oscarisé, il est multiplié par quatre. Mais pour décrocher le Graal, le comédien doit être prêt à jouer le jeu et faire tout ce qu’on lui demande : fouler des dizaines de tapis rouges ou assister à l’ouverture d’une enveloppe au fin fond de l’Amérique, sourire aux lèvres. Jean Dujardin, Isabelle Huppert et Juliette Binoche en savent quelque chose.

Netflix, comme toutes les plateformes, a besoin de la validation des Oscars

Pour être en compétition avec les studios traditionnels et pour avoir accès aux grandes stars, Netflix, comme toutes les plateformes, a besoin de la validation des Oscars et a réussi à propulser Roma d’Alfonso Cuaron sur le devant de la scène. Ce film en noir et blanc avec des inconnus a en effet bénéficié d’une campagne exceptionnelle. Car chez Netflix on ne compte pas (on parle de 30 à 40 millions de dollars engagés). Lors de l’avant-première officielle du film – qui raconte la vie d’une employée de maison dans les années 1970 au Mexique –, un ponte de la plateforme n’a pas hésité à faire monter sur scène avant la projection une représentante des domestiques mexicains aux États-Unis pour parler de l’injustice, de la pauvreté et de l’abus de pouvoir ! On ratisse large. Roma, qui jusqu’à présent a tout remporté sur son passage, gagnera-t-il le 24 février face à Green Book, l’autre grand favori ?

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Les prétendants au Graal hollywoodien : Green Book, de Peter Farrelly, avec Viggo Mortensen et Mahershala Ali (à g.). © DR

Ce qui n’était pas évident jusqu’à présent – beaucoup de plateformes comme Netflix sont encore considérées comme des ennemis du cinéma – risque de le devenir car, depuis peu, le vent a tourné. Un parent d’un des héros de Green Book explique à qui veut l’entendre que le film supposé être autobiographique serait en fait inexact. De même, on reproche soudainement à Nick Vallelonga, Golden Globe du scénario pour ce film, d’avoir envoyé en 2015 un Tweet islamophobe ! Et pour couronner le tout, deux articles datant de 1998 dans lesquels Peter Farrelly, le réalisateur, confessait des blagues exhibitionnistes sur ses tournages ont refait surface comme par enchantement !

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Simple coïncidence ? Peu probable. Les protagonistes ne cessent de s’excuser, mais dans cette Amérique intolérante et politiquement correcte, il y a de grandes chances qu’ils paient les pots cassés d’une campagne de diffamation savamment orchestrée. À qui profite le crime ? Peut-être, ironiquement, à La favorite de Yorgos Lanthimos, nouveau prétendant à la victoire finale ce dimanche soir.

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