« Leaving Neverland » : Rencontre avec le réalisateur du dérangeant documentaire sur Michael Jackson

« Leaving Neverland » : Rencontre avec le réalisateur du dérangeant documentaire sur Michael Jackson

michael jackson

Capture d'écran du trailer. | © HBO

Cinéma et Docu

Leaving Neverland est accusé par les fans de ternir l’image du roi de la pop et fait trembler le clan Jackson. Le documentaire en deux parties qui donne la parole à deux hommes qui accusent Michael Jackson de les avoir violés quand ils étaient enfants est diffusé vendredi 29 mars sur RTL-TVi. Paris Match a pu discuter avec son réalisateur, Dan Reed.

Il faut rouler une dizaine de kilomètres sur une route désertique après la ville de Los Olivos pour accéder à Neverland. Cette propriété de plus de 2 000 hectares où, durant des années, de nombreux enfants sont venus s’amuser sur les manèges du parc d’attraction, se goinfrer des bonbons de la confiserie en libre service et caresser les animaux du zoo. Cette propriété isolée où, derrière les portes closes de sa chambre à coucher, Michael Jackson aurait abusé de petits garçons selon Dan Reed. Ces accusations ne sont pas nouvelles et l’Américain révélé dans son enfance avec le groupe Jackson Five a déjà dû s’en défendre devant la justice de son vivant. « Les enquêteurs de la police et les procureurs savaient que c’était un pédophile, ils avaient toutes les preuves qu’il fallait, affirme le réalisateur. La société elle, a été complaisante en acceptant cette image de bébé Jésus complètement innocent que Michael Jackson se donnait. Il s’entourait d’enfants en faisant passer cela pour une normalité excentrique pour cacher ce qu’il faisait ».

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Le Britannique a donné la parole à deux de ses victimes présumées ainsi qu’à leurs familles dans Leaving Neverland, diffusé sur le 29 mars sur RTL TVi. Wade Robson est un danseur et chorégraphe australien de 36 ans que Michael Jackson avait pris sous son aile. James Safechuck est un développeur âgé aujourd’hui de 41 ans qui avait tourné une publicité Pepsi avec le roi de la pop quand il avait 9 ans avant de devenir un de ses proches amis et de monter à de nombreuses reprises avec lui sur scène. Les deux racontent avoir été violés par Michael Jackson de manière répétée au cours de leur enfance et adolescence à partir de la fin des années 80. Certains passages sont durs à regarder, à la limite du supportable et les similitudes de leurs témoignages sont troublantes. Wade n’avait que 7 ans quand les premiers attouchements auraient commencé. « Michael Jackson se présentait comme un enfant dans le corps d’un homme, on le voyait mettre ses bras autour des enfants, leur faire des câlins, et il fallait être clair dans le documentaire qu’il ne s’agissait pas toujours de câlins. Il s’agissait de rapports sexuels comme le font des adultes au lit », glisse Dan Reed pour expliquer pourquoi il a demandé aux deux hommes d’être aussi explicites dans leurs descriptions des abus. Il les a filmés à partir de février 2017 avant d’enquêter avec son équipe pour essayer de dénicher des éléments pouvant contredire leurs récits. Leurs recherches sont restées vaines.

C’était un manipulateur. Tout était calculé et sans pitié.

Le cœur du propos de Leaving Neverland n’est pas Michael Jackson, fait encore savoir le réalisateur, mais de montrer le procédé rôdé utilisé par un prédateur sexuel pour s’immiscer dans les familles des ses victimes et en abuser en toute impunité. « Tout le monde parle de Michael Jackson mais pour moi l’intérêt central c’était de faire un documentaire sur l’emprise psychologique, la séduction d’une famille et des enfants et les répercussions de tout ça dans la vie des victimes et de leurs proches 20 ans après. Si on enlève le nom de Michael Jackson de mon documentaire, il reste un récit très important, solide, cohérent et valable, fait-il valoir. Le nom de Jackson donne à ce film une portée qu’il n’aurait jamais pu avoir si on parlait d’un prêtre à l’église, un oncle ou un instituteur ».

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Dan Reed © Jerod Harris / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP

Il est impossible de regarder le documentaire sans se demander comment les mères de Wade Robson et James Safechuck ont pu laisser leurs fils dormir dans le même lit qu’un homme adulte, un étranger. « Pour comprendre les mamans il suffit de regarder les fans. Les mamans se sont les fans qui ont avalé le mythe de Michael Jackson qui se disait enfant dans le corps d’un adulte », analyse Dan Reed qui décrit « Bambi » comme un « homme très habile et intelligent » qui ciblait ses victimes dans des familles « qui avaient une faille ». Pour gagner la confiance des Safechuck et des Robson, Michael Jackson a opéré de la même manière. Il s’est rapproché jusqu’à tisser une relation de dépendance avec eux et leur devenir indispensable. Dans les images, les mamans Joy Robson et Stephanie Safechuck expliquent qu’elles ont été touchées par la solitude et l’innocence qu’affichait Michael Jackson. Elles ont été attendries jusqu’a baisser leur garde. Elles lui ont ouvert les portes de leurs maisons, la seconde qui lui lavait parfois ses vêtements, explique dans le film qu’elle « l’aimait ». « Ces mamans avaient un instinct protecteur envers lui. Ça faisait partie de la manipulation. Il gardait les pères à distance et les mères proches pour avoir accès aux enfants. C’était un manipulateur. Tout était calculé et sans pitié », insiste Dan Reed. Le roi de la pop, alors au sommet de sa gloire, redescendait des sommets du monde pour passer du temps en toute simplicité avec eux sur leur canapé, manger à leur table, jouer dans la chambre des enfants. Quand il était loin, il passait des heures au téléphone avec les garçons, les couvrait de cadeaux, les amenait en voyage dans le monde entier, les choyait quand ils dormaient à Neverland, promettait qu’il aiderait Wade Robson à faire carrière dans la danse…

Les mamans n’ont pas vendu leurs fils, elles ont été aveuglées par tout ce qu’était Jackson.

Quand les abus ont commencé, Michael Jackson disait aux deux garçons que c’était de « l’amour » et qu’ils ne devaient en parler à personne sous peine d’aller en prison. Il les a également peu à peu isolés de leurs proches, les encourageait à se méfier de tout le monde, surtout des femmes. James Safechuck explique qu’il a fini par croire que ses parents étaient « nuls » et que seul Michael Jackson était « bon » pour lui. Pour renforcer son emprise sur lui, le chanteur défunt va même jusqu’à l’épouser lors d’une fausse cérémonie de mariage à Neverland. Le jeune homme possède toujours l’alliance qu’il avait achetée avec Jackson dans une bijouterie, ce dernier prétendant qu’il s’agissait d’un cadeau pour une femme. « Je suis persuadé que si les deux mamans avaient vu quelque chose de suspect, elles seraient immédiatement parties avec leurs enfants, déclare Dan Reed. Elles n’ont pas vendu leurs fils, mais elles ont été aveuglées par tout ce qu’était Jackson : son statut de star, son charme personnel, la manière dont il se présentait comme un enfant de 9 ans qui avait besoin d’une mère, qui était très seul, angoissé ». C’est pour cela qu’elles n’ont pas eu d’inquiétude à laisser leurs fils seuls avec Michael Jackson. Pas plus qu’elles n’ont cru les premières accusations de pédophilie à son encontre portées par Jordan Chandler en 1993. Wade et James, alors âgés de 15 et 11 ans, ont accepté de témoigner en faveur de l’artiste, même s’ils racontent qu’ils étaient déjà eux-mêmes victimes à cette époque des agissements pour lesquels il était poursuivi. Michael Jackson a finalement évité le procès en signant un accord avec la famille Chandler d’un montant de 25 millions de dollars. Dan Reed a essayé de contacter ce premier accusateur pour qu’il témoigne dans le documentaire mais n’a pas réussi à le localiser. Même silence radio du côté de Gavin Arvizo, qui a accusé Jackson de viol et lui a intenté un procès en 2005. C’est à ce moment là que James Safechuck, désormais adulte, a tourné le dos à son bourreau présumé, refusant de témoigner à son procès et demandant à sa mère de faire la même chose. Pour la première fois il a trouvé le courage de lui dire « Michael n’est pas une bonne personne ». Wade Robson lui, a joué le rôle de témoin clé de la défense durant le procès de son ancien « mentor ». Ses détracteurs s’appuient d’ailleurs aujourd’hui sur son témoignage à la barre pour décrédibiliser les accusations qu’il porte à son tour contre l’idole.

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L’emprise de Michael Jackson perdure

Son emprise était si forte sur Wade Robson, James Safechuck et leurs familles qu’encore aujourd’hui, quand ils parlent de lui, c’est sans colère, amertume, voire parfois même avec une certaine admiration. C’est un constat assez déstabilisant quand on regarde le documentaire. Dan Reed trouve cela « tellement triste », considérant que ce sont des vestiges de la « séduction » que Michael Jackson a utilisé sur eux. Il a fallu des années à ces deux victimes présumées pour réaliser la gravité de ce qui leur était arrivé. Comme de nombreuses autres victimes d’actes pédophiles, ils sont d’abord passés par une phase de déni. « Quand l’enfant est dans le lit avec le prédateur, il ne se voit pas comme abusé, il ne se voit pas comme une victime (…) Dans le lit Michael Jackson est très tendre, il est doux (…) C’est pas un moment traumatisant en soi », estime le réalisateur. C’est en 2013, quatre ans après la mort de Michael Jackson, que Wade a décidé de parler des abus subis dans son enfance à sa famille et aux médias. Devenir père lui a fait l’effet d’un électrochoc et pour la première fois, il a ressenti de la colère en pensant à ces agissements dont il dit avoir été victime. En le voyant en parler à la télévision, James a réalisé qu’il n’était pas le seul à trainer ce fardeau et à dépassé ses peurs pour sortir à son tour du silence dans lequel il s’était enfermé. Dans Leaving Neverland, c’est la première fois qu’il parle publiquement. Ces confessions, qu’il livre presque tout le temps la voix tremblante d’émotion, lui ont fait du bien s’il on en croit Dan Reed. Son constat est le même pour Wade. « C’est un très beau moment pour eux. Ça fait tellement d’années que Wade se fait insulter de menteur, qu’on lui a crache dessus, qu’on lui dit qu’il fait ça pour l’argent et qu’il est malhonnête. Il y a seulement sa famille et ses avocats qui le croyaient. Et lors de la projection du film au festival Sundance, 400 personnes se sont levées pour applaudir. C’était une bascule pour eux et un soulagement immense. Ça va beaucoup mieux, ils savent maintenant qu’on les croit ».

Les deux hommes ont porté plainte séparément affirmant qu’il était impossible pour les associés de Michael Jackson de ne pas connaître ses agissements envers les petits garçons. Les deux plaintes ont été retoquées par la justice mais ils ont fait appel de la décision. Le clan Jackson, qui nie toutes les accusations formulées à l’encontre de l’interprète de « Billie Jean », attaque de son côté la chaîne HBO, co-productrice et diffuseur de Leaving Neverland aux États-Unis, et lui réclame 100 millions de dollars de dommages et intérêts. En ce qui concerne Dan Reed, il assure qu’il aurait réalisé ce documentaire si Michael Jackson était toujours en vie et pense que le film l’aurait de nouveau conduit devant les tribunaux.

Leaving Neverland, vendredi 29 mars à 19h55 sur RTL-TVi

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