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Étienne Chatiliez : « Tanguy c’est la réalité de tous les parents du monde »

Etienne Chatiliez

Étienne Chatiliez le 20 mars 2014. | © Didier Crasnault/La Voix du Nord

Cinéma et Docu

Dix-huit ans après le phénomène « Tanguy », qui a donné son nom à une génération de grands enfants ne voulant pas quitter le nid, Étienne Chatiliez bat le rappel des troupes.

Dans la cour pavée d’un hôtel particulier de la rue Saint-Roch, une petite balançoire. Plus haut, une photo de Nicole Kidman en bonne place dans une bibliothèque non loin d’un phallique César. Le garnement sexagénaire qui nous accueille dans son cossu bureau ricane : « C’est parce que je trouvais son chemisier insensé, avec sa couleur de vieille hyène. Vous avez vu ? » Pas de doute, nous sommes bien en présence d’Étienne Chatiliez, le papa de Tatie Danielle et Tanguy , ex-petit prince de la pub eighties devenu roi du mauvais esprit, mi-vieille dame indigne, mi-sale gosse rageur. « J’ai un côté enfantin qui ne s’en va pas, c’est terrible », admet-il. « C’est comme ça que je suis construit. Peut-être que je ne grandirai jamais et que je ne serai jamais adulte. Comme j’ouvre ma gueule et que je dis des horreurs, je le paie je pense. »

Justement, l’homme se remet tout juste de ce que l’on pourrait nommer un léger passage à vide. Après avoir embrasé les sommets du box-office de 1988 à 2001 avec ses quatre premiers films, Chatiliez semble avoir perdu la recette de la potion magique. Depuis Tanguy et ses plus de 4 millions d’entrées en 2001, rien ou presque n’a marché. Sept ans passés à développer des projets mort-nés sans tourner, deux bides… Même Agathe Cléry, comédie musicale dans laquelle Valérie Lemercier devenait soudain noire après avoir contracté une maladie, n’est pas rentré dans ses frais. « Parler du racisme, ça marche en France avec “Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu ?”, ça ne marche pas avec “Agathe Cléry”, bon… On est à une époque frileuse où peu de risques sont pris. Ça ne m’arrange pas ! »

« Les César ? Je suis comme Catherine Deneuve, je trouve que ça n’a plus de sens. Je regarde pour critiquer »

Forcément, lorsque André Dussollier lui a soufflé l’idée de ressortir le costar de Tanguy dix-huit ans après, le monsieur d’ordinaire allergique aux suites a revu sa copie. « Ce qui m’intéresse c’est de raconter des choses un peu inacceptables et de les rendre acceptables grâce à l’humour. Tanguy, auquel on doit notre succès, c’est la réalité de tous les parents du monde qui ont beau adorer la chair de leur chair, ils ont quand même envie de les assassiner au moins une minute par jour. C’est tabou et c’est ça qui m’amuse. »

Étienne Chatiliez, accompagné par Sabine Azema (qui joue la maman de Tanguy) et Eric Berger (Tanguy). © La Nouvelle République/Jean André Boutier

Si Sabine Azéma et André Dussollier ont repris leurs rôles de parents en colère avec un plaisir évident, exit en revanche mister Tuche Jean-Paul Rouve qui jouait le meilleur ami de l’infâme, remplacé ici par Gaspard Proust. L’occasion de relancer les hostilités ouatées et les tirs de roquette de salon de thé sur tous les sujets possibles. Les Tuche ? « Je ne mettrais pas ça dans les choses qui me font me relever la nuit. » Les séries ? « Le pire, c’est les discussions que ça déclenche et les dîners que ça engendre, c’est insupportable. » Les César ? « Je suis comme Catherine Deneuve, je trouve que ça n’a plus de sens. Je regarde pour critiquer. » Reste Blanche Gardin, exception à la règle, avec laquelle Chatiliez adorerait un jour collaborer. « Lorsque Blanche Gardin balance en réponse à #MeToo : “Est-ce que nous actrices, on a encore le droit de coucher pour avoir les rôles ? Parce que, sinon, il faudra apprendre des textes, et on n’a pas le temps”, c’est brillant ! C’est tout ce que j’aime. » Et à ceux qui attendraient déjà une suite à la suite, tonton Étienne a réponse à tout : « On ne va pas abuser. C’est pas “Tanguy au Congo”,“Tanguy sur la Lune”. Enfin, ayant mauvais esprit, quand on me pose la question, je dis : “Oui il y aura un numéro 3. Et ça commencera par l’enterrement des parents !” » Mais pourquoi est-il si méchant ?

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