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Un film anti-avortement séduit les États-Unis (et la Maison Blanche)

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Tiré d'une histoire vraie. | © Pureflix

Cinéma et Docu

Moins de deux semaines après sa sortie, Unplanned a déjà généré plus de 12 millions de dollars au box-office américain. Dans l’Amérique de Trump, ce film militant ouvertement contre l’avortement cartonne.

 

C’est la (vraie) histoire d’Abby Johnson. Huit ans après le livre éponyme, Unplanned met en lumière la célèbre conversion de cette jeune Texane au militantisme anti-avortement, alors qu’elle dirigeait un centre de planning familial. Pro-choix, cette jeune femme, aujourd’hui âgée de 38 ans, bascule dans le camp opposé après avoir assisté à l’avortement d’un fœtus de treize semaines et rejoint secrètement le mouvement qui manifeste chaque jour devant les grilles de sa clinique. Avec sa représentation du méchant planning familial « tueur de bébés », Unplanned est un hymne anti-IVG assez caricatural. Sans parler de la réalisation bas de gamme, digne d’un mauvais téléfilm du dimanche après-midi.

Pourtant, malgré le sujet tout sauf consensuel et des images ridicules, le film, réalisé par Chuck Konzelman et Cary Solomon, plait depuis sa sortie le 29 mars dernier aux États-Unis. Alors qu’elle a coûté six millions de dollars, cette production a déjà généré plus du double au box-office en moins de deux semaines, en étant projetée dans seulement 1 100 salles.

Rien n’était pourtant gagné d’avance. Distribué par Pureflix, une petite société spécialisée dans les films à message chrétien, Unplanned a d’abord été interdit aux moins de 17 ans par la Motion Picture Association of America. Une restriction équivalant « normalement à un baiser de mort dans les communautés évangéliques, mormones et religieuses », explique le New York Times. Ensuite, le film a également rencontré des difficultés lors de sa promotion. Les chaînes de télévision ont préféré ne pas diffuser sa bande-annonce en raison de la nature sensible du sujet, exceptées Fox News et the Christian Broadcasting Network. Son compte Twitter a également été suspendu le lendemain de sa sortie en salles.

Malgré ces obstacles, – ou grâce à eux -, Unplanned a connu un démarrage remarqué. Populaire surtout dans les États du Sud et dans le Centre, il doit en partie ce succès aux multiples groupes religieux et anti-avortements qui ont encouragé leurs militants à se rendre au cinéma. À Dallas, Molly Livingstone a par exemple invité environ 170 personnes de son église à assister à la projection du film, rapporte le New York Times. Elle a été tellement touchée qu’elle s’est portée volontaire pour un centre anti-avortement.

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Coup de pouce venu de la Maison Blanche

Les réalisateurs de Unplanned ont pu également compter sur un petit coup de pouce venu de la Maison Blanche. Ravi de ce moment cinématographique, le vice-président américain Mike Pence, connu pour ses positions très conservatrices, a conseillé ce film à ses 7 millions d’abonnés, applaudissant le fait que « de plus en plus d’Américains reconnaissent le caractère sacré de la vie grâce à des histoires aussi puissantes que celle-là. » Le sénateur américain Ted Cruz et Donald Trump Jr ont également apporté leur soutien, en s’offusquant de la « censure » dont il avait été victime.

Rien d’étonnant vu le sujet anti-avortement et lorsque l’on sait qui se cache derrière Unplanned : un homme d’affaires persuadé que Donald Trump a été choisi par Dieu. « Dieu a répondu à nos millions de prières, et un miracle s’est produit le 8 novembre 2016. Nous avons obtenu le droit d’avoir une seconde chance, et de retrouver notre pays et ses valeurs conservatrices pour sauver notre peuple au nom de Jésus. Au moment où je vous parle, je vois en Donald Trump le plus grand président de l’Histoire », déclarait Michael Lindell au Washington Post en mars. Ce fondateur de MyPillow, entreprise d’oreillers fabriqués dans le Minnesota, est un ancien accro au crack devenu « born again christian » après avoir rencontré Dieu en janvier 2009, raconte Le Monde. Son autobiographie What are the Odds ? From Crack Addict to CEO a même été adaptée au cinéma et distribuée par… Pureflix.

Le droit à l’avortement plus que jamais en danger

De nombreux défenseurs du droit à l’avortement ont qualifié Unplanned de propagande anti-IVG. Attaqué et représenté comme une société motivée par de simples intérêts financiers, le planning familial s’est pour l’instant contenté de publier un communiqué, cité par Télérama, dénonçant les « mensonges » de la production. À l’heure actuelle, l’une des principales associations pro-choix aux États-Unis a d’autres chats à fouetter.

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Après la nomination du controversé Brett Kavanaugh à la Cour Suprême, le droit à l’avortement est plus que jamais en danger. Le Mississippi, la Géorgie et le Kentucky ont déjà adopté des lois interdisant les interruptions volontaires de grossesse dès qu’un battement de cœur peut être détecté dans le fœtus, ce qui se produit souvent bien après que les femmes réalisent être enceintes. Au Texas, les législateurs ont récemment évoqué un projet de loi qui pourrait rendre l’avortement passible de peine de mort. Même chose dans l’Ohio.

En février, le Washington Post annonçait qu’au moins 20 procès contre le droit à l’avortement étaient en préparation à travers tout le pays. Ce qui pourrait remettre en question l’arrêt Roe v. Wade, qui a légalisé ce droit pour toutes les Américaines en 1973. En dehors des tribunaux, cet arrêt historique fait donc face à une nouvelle menace : le cinéma.

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