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Charlize Theron : « Un présentateur peut devenir président sans expérience en politique »

charlize Theron

Charlize Theron dans "Séduis-moi si tu peux". | © Capture d'écran YouTube / Studio Canal.

Cinéma et Docu

Poignée de main énergique, sourire radieux, chaleureuse, mais la repartie parfois cassante, Charlize Theron vient défendre Séduis-moi si tu peux !, sa première comédie romantique, elle qui a oscillé entre le drame et les films d’action. Interview.

 

Paris Match. On retrouve dans Séduis-moi si tu peux ! la grande tradition des comédies romantiques à l’américaine des années 1980, à l’instar de “Quand Harry rencontre Sally” ou d’autres. C’est ce qui vous a attirée dans ce projet ?
Charlize Theron. Oui, j’avais déjà envie d’explorer un territoire que je ne connaissais pas puisqu’on m’identifie plutôt aux drames ou aux films d’action. Mais surtout, j’étais en recherche d’une comédie à l’écriture originale. Je suis à un stade de ma carrière où je n’ai plus envie de me fondre dans un moule. Je pense que les bonnes comédies ne reposent pas sur des gags visibles, balisés. Une bonne comédie, c’est avant tout une écriture, un ton, un rythme, un film qui a du sens. Tout au long du tournage, nous n’arrêtions pas de nous interroger sur la valeur de tel ou tel gag. Il était essentiel de ne pas alourdir le propos. Séduis-moi si tu peux ! a pour base un couple hors norme qui va pourtant faire son chemin. L’écriture était assez fine pour que ce duo improbable fonctionne et que leur romance soit évidente. Lui est une sorte de geek, elle une femme de pouvoir. Et le film entier repose sur ce duo qui n’a rien de commun mais qui se comprend. Les opposés qui s’attirent est un thème vieux comme le monde.

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Vous êtes actrice mais aussi coproductrice du film aux côtés de Seth Rogen. Pourquoi cette implication ?
Quand Seth est venu me proposer cette histoire, on ne se connaissait pas, mais j’ai été immédiatement intéressée. Et nous sommes rapidement tombés d’accord pour ne pas altérer le ton du film, quoi qu’il arrive. Ça a donc été un vrai travail d’équipe. Je suis devenue coproductrice aux côtés de Seth car nous savions que nous devions garder le contrôle. Ce mélange des genres – comédie romantique, humour trash et satire politique – rendait le projet presque impossible à monter dans la production actuelle à Hollywood. C’est aussi pourquoi nous avons choisi Jonathan Levine, avec qui Seth avait déjà travaillé, car nous voulions un metteur en scène qui soit au diapason. Mais qui puisse aussi nous lancer des défis sur nos propres envies. C’était notre bébé, mais nous avions besoin, nous aussi, de remise en cause. Il fallait que nous allions tous dans le même sens, et ce n’est pas si simple à faire que cela.

La nouvelle génération d’acteurs hollywoodiens s’implique de plus en plus dans la production. C’est une prise de pouvoir ?
Je pense qu’un bon acteur est aussi un bon narrateur. Je ne pourrais pas me cantonner au seul travail d’actrice. Tous les longs-métrages que j’ai faits m’ont toujours attirée par leur sujet et l’originalité de leur narration. Je me fiche éperdument de n’avoir qu’un second rôle dans le film si celui-ci vaut le coup, si son propos est intéressant et surtout, original. Sans généraliser, je crois que le temps des actrices un peu potiches est révolu. J’ai acquis de l’expérience tout au long de ma carrière, j’ai beaucoup observé sur les plateaux, j’ai eu de bonnes et de mauvaises expériences. Je pense qu’un personnage bien construit peut amener un vrai plus. Et c’est précisément là où se rejoignent les métiers d’acteur et de producteur.

Au-delà de la comédie romantique, le film tend aussi vers la satire politique. Washington en prend pour son grade…
Il n’a pas été pensé comme une satire politique, nous ne portions pas la même responsabilité qu’un film comme Vice [biographie au vitriol de Dick Cheney, sortie en février dernier]. Séduis-moi si tu peux ! est davantage centré sur la condition féminine en politique. Oui, cette femme a réussi et, oui, elle pourrait bien devenir la première femme présidente des Etats-Unis. Mais ce n’est qu’un obstacle supplémentaire dans son histoire d’amour. Si satire il y a, elle vient juste de notre volonté de rendre le contexte le plus réaliste possible. Ce n’est que la réalité de ce que l’Amérique vit actuellement : un présentateur télé peut devenir président sans avoir aucune expérience en politique. L’avantage de la comédie, c’est aussi son aspect thérapeutique quand il s’agit de tourner la réalité en dérision. Nous n’avons pas eu besoin d’aller chercher très loin.

Le scénario n’a fait que s’inspirer de la réalité des campagnes électorales aux Etats-Unis.

C’est aussi un film sur la différence. Elle est belle, lui pas. Mais, coûte que coûte, elle va imposer son histoire d’amour aux yeux de ses électeurs …
Il faut dire qu’elle y sera contrainte d’une manière assez radicale et inattendue (une vidéo de son compagnon dans une scène de masturbation). Mais, là encore, le scénario n’a fait que s’inspirer de la réalité des campagnes électorales aux Etats-Unis, de cette volonté de présenter au public une image d’Epinal du couple, idyllique et presque asexuée. Mais non, ce n’est pas cela. Cet épisode deviendra pourtant la clé de leur relation. Il lui faudra cette scène honteuse, jetée en pâture au monde, pour comprendre qu’elle est réellement attachée à lui. Au-delà de l’humour parfois trash que véhicule le film, il y a quelque chose de très moral, finalement, dans cette histoire.

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Vous semblez avoir pris beaucoup de plaisir à jouer avec votre propre image de femme fatale, jusqu’à la tordre …
Totalement. Lorsque j’ai commencé, il ne faisait pas bon être un mannequin qui s’essaie au cinéma. On m’a ri au nez, on ne me prenait pas au sérieux. Après, comme beaucoup d’autres, j’ai dû prouver que je pouvais être une actrice respectable et durer dans cette profession. Aujourd’hui, je considère avoir mené ma propre barque, avoir fait mes preuves [elle a reçu en 2004 un Oscar de la meilleure actrice pour Monsters]. J’ai 43 ans, je fais ce métier depuis un quart de siècle et je considère ne plus avoir de comptes à rendre en tant actrice. Et si certains le pensent, alors qu’ils aillent se faire voir. Le cinéma me permet, à chaque nouveau film, d’explorer de nouvelles choses. Mais, franchement, je ne recherche plus l’approbation. Je veux juste me confronter à des personnages, des univers qui sont le plus loin de moi et de mon apparence purement physique. Heureusement que les temps changent.

Séduis-moi si tu peux, sortie ce 15 mai dans nos salles.

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