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À Cannes, Kechiche et la suite de Mektoub My Love font scandale

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Abdellatif Kechiche et une partie du casting de Mektoub My Love : Intermezzo | © Valery HACHE / AFP

Cinéma et Docu

Le deuxième volet de Mektoub My Love réalisé par le cinéaste Abdellatif Kechiche a provoqué un malaise sur la Croisette, au point que l’actrice principale du film s’est éclipsée en pleine projection.

Que serait le Festival de Cannes sans un scandale ? Pour cette 72e édition, on le doit à Abdellatif Kechiche. Six ans après la Palme d’or puis la controverse sur les conditions de tournage de La Vie d’Adèle, le réalisateur français a secoué la fin du festival cannois avec son septième long-métrage, Mektoub My Love : Intermezzo. Une expérience de 3h28 radicale jusqu’à l’overdose, dont les trois quarts se déroulent en boîte de nuit, décrit l’AFP, avec en point d’orgue une scène de sexe oral de 13 minutes aux toilettes.

Réalisé par un cinéaste connu pour des scènes crues – il avait déjà marqué les esprits avec une scène de sexe de huit minutes dans La Vie d’Adèle -, le deuxième volet de Mektoub My Love en lice pour la Palme d’or contient donc, comme attendu, son lot de surprises et de provocations. Ce qui n’a pas été du goût de tous les spectateurs venus à la projection du film jeudi soir. Certains s’offusquent de la multitude de scènes érotiques malaisantes et de sa manière de filmer les femmes s’attardant sur leurs courbes. D’autres crient au génie.

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« Pas de générique, pas de réelle narration. Une intro sur un cul, des plans sur des culs. Et encore. Une discussion sur les culs. D’autres culs. Et on finit sur un cul. Plage. Boîte. Cunni. Boîte. Fin. J’adore le cinéma de Kechiche mais là, j’ai pas suivi… », a déploré le réalisateur Thibaut Buccellatto sur Twitter. « Pour toi public, j’ai compté tous les plans qui montrent des culs dans #MektoubMyLoveIntermezzo », a publié la journaliste Anaïs Bordages. Et le résultat est plutôt impressionnant : « il y en a 178. Si on les enlève, je pense que le film dure 20 minutes ».

D’autres, comme le critique Philippe Rouyer, ont au contraire estimé que Kechiche « radicalise sa démarche pour nous faire partager une folle nuit de désirs en discothèque. Bravo à tous les interprètes qui se sont donnés à fond pour jouer cette transe magistralement filmée ». Ou encore Stéphanie Belpêche qui salue « une ode à la liberté du corps féminin (…) Oui les fesses se trémoussent et la scène de sexe dure 13mn mais la virtuosité de la mise en scène l’emporte ».

Ophélie Bau, grande absente

Plusieurs spectateurs ont quitté la salle pendant la projection officielle, dont l’actrice Ophélie Bau, qui n’était plus là lorsque les lumières se sont rallumées. Dans les deux volets de cette ode au désir sur plusieurs heures, elle incarne Ophélie, une jeune femme callipyge et sensuelle, filmée sous toutes les coutures. Nommée aux César pour sa prestation dans le premier Mektoub My Love, l’actrice n’était pas non plus présente à la séance photo de l’équipe, ni à la conférence de presse de l’équipe ce vendredi. Une attachée de presse du film a ensuite prétendu qu’elle était « en plein tournage ».

À la fin de la projection du film, vers 1h30, Abdellatif Kechiche a quitté précipitamment les lieux, sans attendre la réaction du public, après avoir lancé au micro : « Je m’excuse de vous avoir retenus sans vous prévenir et voilà je m’en vais ! »

Abdellatif Kechiche
© LOIC VENANCE / AFP

« Tentative d’une expérience cinématographique »

« J’ai essayé de montrer ce qui me fait vibrer moi, des corps, des ventres », s’est justifié Kechiche lors d’une conférence de presse, où les acteurs ont à peine pris la parole selon AFP. Le projet du film était de « célébrer la vie, l’amour, la musique, le corps et de tenter une expérience cinématographique et de chercher d’autres formes de narration peut-être en essayant de briser les formes narratives… », a affirmé le cinéaste, s’exprimant derrière ses lunettes fumées. « Je filme cette magie du corps, bien sûr que tout le monde ne peut pas ressentir cette impression que j’essaie de transmettre », a-t-il poursuivi, avant de louer le « talent » de ses acteurs. « Ils n’ont pas peur de franchir des barrières, de sortir des sentiers battus. » Le réalisateur a en revanche refusé de revenir sur ses méthodes de travail.

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« Ça a été un plaisir » de tourner avec Kechiche, s’est contentée de dire l’actrice Hafsia Herzi, découverte dans La graine et le mulet du réalisateur d’origine tunisienne.

Habitué des polémiques

En 2013, le cinéaste de 53 ans avait déjà créé la controverse avec La Vie d’Adèle. Léa Seydoux avait notamment dénoncé des conditions de tournage « horribles », tandis qu’Adèle Exarchopoulos, alors âgée de 19 ans, avait parlé de « dix journées entières à tourner » la très longue scène de sexe du film.

En octobre dernier, le parquet de Paris a ouvert une enquête après une plainte à son encontre d’une femme de 29 ans pour agression sexuelle. Début mai, une source proche du dossier avait indiqué que l’enquête était toujours en cours et le réalisateur toujours pas auditionné. Interrogé à ce sujet vendredi, le réalisateur a jugé « la question malsaine », précisant avoir « la conscience tranquille au niveau des lois ». « Dites ce que vous avez vu avec vos yeux, car vous êtes critique de cinéma, ne parlez pas trop de moi », a-t-il lancé à la fin de la conférence de presse.

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