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Taron Egerton : Comment il est devenu Elton John

Taron Egerton

La rumeur veut qu’Elton John lui-même ait pris une photo de Taron, ci-dessus, dans le film pour un de ses propres portraits. | © David Appleby / Paramount Pictures

Cinéma et Docu

Pour incarner Elton John dans Rocketman, l’acteur habitué à montrer ses biceps a modifié son corps, son allure. Une incroyable métamorphose.

« Je ne suis pas une star, proclame Taron Egerton. J’habite à Londres et personne ne me reconnaît dans la rue, surtout quand j’ai pris quelques kilos. En bon obsessionnel, je peux passer avec la même frénésie de la salle de sport au McDo. Inévitablement, mon poids s’en ressent. » En octobre dernier, à Windsor, lorsqu’on le croisait sur le tournage de Rocketman, le film où il interprète la légende de la pop, le grimage de Taron Egerton le rendait méconnaissable. Pour la promotion, l’acteur gallois affiche toujours une ligne impeccable, conséquence de la métamorphose physique qu’il vient de subir. La rumeur veut qu’Elton John lui-même ait pris une photo de Taron dans le film pour un de ses propres portraits.

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Si leurs visages peuvent se confondre, leurs vies ne sont pas comparables. La jeunesse de Taron est celle d’un comédien qui grimpe tranquillement les marches de la célébrité. Avant même d’avoir obtenu son diplôme de la Royal Academy of Dramatic Art à Londres, Taron Egerton décroche un rôle dans la série Inspecteur Lewis. Sa carrière est lancée. Deux ans plus tard, dans Kingsman : services secrets, il incarne Eggsy, un voyou reconverti en James Bond 2.0, mais avec l’accent des banlieues de Manchester. Ce rôle lui ouvre le cercle très fermé des proches du réalisateur Dexter Fletcher et du producteur Matthew Vaughn, soit la crème de la crème de l’industrie britannique du cinéma.

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Le succès d’Elton John a été encore plus fulgurant, mais ne l’a pas laissé indemne. À 25 ans, Elton a déjà créé Rocket, son label, et collectionne les premières places au hit-parade ; à 29 ans, l’âge de Taron aujourd’hui, il s’enfonce dans une spirale infernale à base d’alcool et de toutes sortes de drogues : un manque affectif remontant à son enfance, une timidité accablante et une relation toxique avec son amant et ancien manager, John Reid, ont fait de lui la proie facile des substances dangereuses. À plusieurs reprises, il frôle la mort. Il racontera : « Il m’arrivait de faire des crises d’épilepsie. Mon entourage me retrouvait par terre et me mettait au lit. Puis, quarante minutes plus tard, je reprenais un rail de coke ! »

Comme Elton, Taron fait preuve d’une incroyable aisance au clavier.
Comme Elton, Taron fait preuve d’une incroyable aisance au clavier. © David Appleby

Cette période addictive va durer seize ans. « Rocketman », qui se veut non pas un biopic mais, selon Dexter Fletcher, « une fantaisie inspirée de la réalité », retrace la descente aux enfers d’un musicien de génie qui nous a éblouis par sa flamboyance. En 2020, Elton fêtera ses trente ans de sobriété. Mais, à 72 ans, il mène encore la lutte au quotidien, épaulé par son mari, David Furnish, et leurs deux enfants, Elijah et Zachary. « Je rêve encore au moins deux fois par semaine que je suis en train de prendre de la coke, révélait-il en 2012. C’est désagréable mais ça me rappelle pourquoi je suis là. »

Elton John et Taron Egerton pour la présentation de « Rocketman » à Cannes, le 16 mai.
Elton John et Taron Egerton pour la présentation de Rocketman à Cannes, le 16 mai. © Mike Marsland / Getty Images

« La différence entre Elton et moi, hormis son succès dingue, évidemment, c’est qu’il était mal entouré, contrairement à moi qui suis très proche de ma famille et n’ai pas changé d’amis depuis le lycée », analyse Taron Egerton, qui précise : « Je ne me suis jamais senti en danger de me perdre dans la drogue ou les excès, comme il a pu le faire. Pour moi, le plus gros danger reste ma passion pour le fast-food. » Au point que même sa relation avec le chanteur a débuté autour… d’un curry à emporter. « C’était un dimanche soir, à Londres. On s’était déjà aperçus brièvement sur le tournage de Kingsman 2, mais, quand il a su que j’allais l’incarner dans Rocketman, Elton m’a invité à dîner. Et je me suis retrouvé à lui raconter des choses que je n’avais jamais dites à personne. » Bien qu’il soit un des producteurs de Rocketman, Elton John ne s’est jamais rendu sur le tournage. « Ça aurait été beaucoup de pression, avoue Taron. En revanche, il prenait soin de m’appeler régulièrement pour savoir si j’allais bien. Et je lui envoyais ce que je devais chanter, pour qu’il me coache. »

A Cannes, sur la plage du Carlton, Elton John et Taron Egerton chantent « Rocketman » en duo, le 16 mai.
À Cannes, sur la plage du Carlton, Elton John et Taron Egerton chantent « Rocketman » en duo, le 16 mai. © Gareth Cattermole / Getty Images

Dans le dessin animé « Sing » (2016), Taron avait prêté sa voix au jeune gorille qui chante le tube d’Elton « I’m Still Standing ». La scène – près de 130 millions de vues sur YouTube – donne un coup de projecteur sur un comédien qui, justement, rêve de rôles un peu plus complexes que ceux auxquels il se trouve cantonné dans des films d’action. « Jusqu’à présent, on me connaissait comme le type qui court partout avec des fusils. Je me sens beaucoup plus proche de quelqu’un d’aussi profond et nuancé qu’Elton John. Si l’on ne devait se souvenir de moi que pour un rôle, je serais très heureux que ce soit celui-là. C’est le rôle d’une vie. » Consécration absolue : à Cannes, l’acteur a interprété sur scène, au côté d’Elton John, une chanson que leur avait spécialement écrite Bernie Taupin, le parolier historique du chanteur- compositeur.

C’est flanqué de sa mère et de ses sept copains d’école que Taron a gravi les marches du Palais des festivals. Pieds nus sur la terrasse du Carlton, il s’estime chanceux mais annonce qu’il ne compte pas s’habituer à cette vie… par peur, peut-être, de la perdre. Et puis la Méditerranée peut bien scintiller en arrière-plan ; à ses yeux, c’est à Aberystwyth, son village au nom imprononçable, que se trouve le paradis sur terre.

 

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