Sophie Turner et Jessica Chastain aux rayons X

Sophie Turner et Jessica Chastain aux rayons X

Jessica Chastain , Sophie Turner

Jessica Chastain et Sophie Turner, le 26 avril 2019. | © Jerome Domine / Abacapress.com

Cinéma et Docu

L’héroïne de Game of Thrones retrouve celle de Tree of Life dans le dernier épisode de la saga X-Men : Dark Phoenix. Deux générations réunies pour un même combat.

 

Paris Match. Vous incarnez à vous deux dans X-Men : Dark Phoenix une sorte de yin et de yang à la frontière du bien et du mal. Des rôles qui ne sont finalement pas si manichéens…
Jessica Chastain. C’est une analyse intéressante car ces personnages sont éloignés des archétypes de la gentille et de la méchante. Elles sont en quête d’un absolu qui dépasse le simple stade de la confrontation. Il y a deux femmes en chacune d’elles. C’est comme cela que j’ai essayé de jouer mon personnage, Smith, une alien télépathe qui va libérer Jean Grey, la convaincre de se prendre en main et de renoncer à ses démons de petite fille.
Sophie Turner. Leur relation n’est pas commune. Il y a de l’antagonisme, mais aussi une certaine attirance. Elles sont un peu comme deux âmes perdues dans la violence et la trahison, qui ne cessent de se remettre en question tout au long du film, jusqu’à affronter la mort.

Comment des actrices au parcours si différent trouvent l’inspiration pour se glisser dans ces personnages de comics, aux contours souvent très balisés ?
J.C. Mon personnage est une création originale de Simon Kinberg, le réalisateur, ce qui nous a permis de nourrir le personnage sorti de notre imagination. Je préfère les rôles que je peux travailler, modeler. Et là, j’avais un canevas sur lequel j’ai pu projeter mes propres sensations de femme. L’autre intérêt est que Smith est un peu le miroir dans lequel Jean Grey va se réfléchir. L’une agit par rapport à l’autre. Et enfin, j’ai beaucoup pensé à Tilda Swinton pour m’inspirer de son look hors norme.
S.T. Moi, je suis un peu à l’opposé de Jessica. Ma première expérience en 2016 sur X-Men : Apocalypse m’avait poussée à replonger dans les bandes dessinées. De plus, Famke Janssen avait déjà joué Jean dans les premiers X-Men. Pourtant, sur ce film, j’avais aussi l’impression de me retrouver devant une page blanche. J’ai même tenté de tout reprendre de zéro. Retravailler sur Jean comme si je ne l’avais pas déjà incarnée auparavant. Je me suis intéressée à la schizophrénie entre autres choses. Je pense que Dark Phoenix est un film à part dans la saga, comme l’était déjà Logan dans la série des Wolverine.

Estimez-vous que la schizophrénie et le rejet de la différence sont les thèmes centraux de cette saga ?
S.T. Je le crois. Contrairement à beaucoup de super-héros, les X-Men sont des étrangers dans leur monde, des rebuts de la société. En ces temps de sexisme et de racisme, je pense qu’il est bon que de tels films, destinés à un large public, évoquent ces thèmes frontalement.

« À Hollywood, ils se sont rendu compte que les films de femmes gagnaient souvent plus d’argent que ceux menés par les hommes. »

Justement, cet épisode de X-Men est très clairement centré sur deux personnages féminins. Les studios hollywoodiens sont-ils en train de faire leur révolution ?
J.C. Je ne crois pas. Mais ils sont contraints de réagir et de suivre l’évolution de la société. Et aussi de s’adapter aux goûts du public, qui plébiscite depuis déjà un certain temps les films emmenés par des personnages féminins. Mais il ne faut pas être naïf. Hollywood est un business, et les studios ont fini par se rendre compte que les films de femmes gagnaient finalement souvent plus d’argent que ceux menés par des hommes.

Les choses avancent donc ?
S.T. Oui, mais il faut que cela continue. Et pas seulement dans les films. Les femmes doivent atteindre les postes de direction, la présidence de grands groupes.
J.C. Et des postes politiques. Nous ne sommes qu’au tout début de cette révolution. Saviez-vous par exemple que les États-Unis sont un des pays développés où la mortalité des femmes en couches est la plus élevée ? Nous devons nous battre contre cela.
S.T. Nous étions, Jessica et moi, à l’une des premières réunions lors du lancement de #MeToo à New York. Et comme Jessica, je pense que tout cela n’avance pas assez vite. J’ai peur que les beaux discours masquent la réalité.

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Jessica, vous avez tourné avec les plus grands, de Christopher Nolan à Terrence Malick. Vous aviez envie d’un cinéma plus populaire, plus léger ?
J.C. Non, je voulais retravailler avec Simon après Seul sur Mars (il en était le producteur), et aussi tourner avec Sophie, puisque je suis une fan de Game of Thrones. Et puis je savais que ce film n’était pas dans le ton de tout ce que l’on voit actuellement. Il a un côté plus traditionnel, moins spectaculaire, plus profond. Et pour revenir à votre précédente question, je crois qu’il est important que le cinéma puisse proposer des personnages comme celui de Jean Grey. Il peut parler aux jeunes filles qui le verront, les inspirer, leur donner confiance en elles et gommer un peu leurs peurs ou leurs complexes.

Vous avez toutes les deux commencé à la télévision, Jessica dans Urgences et vous, Sophie, évidemment dans Game of Thrones. C’est l’école de l’efficacité par rapport au cinéma ?
J.C. Oui, on y apprend la rapidité. On retrouve la même chose dans le cinéma indépendant.
S.T. Amusant… Moi, je trouve que la télévision ne va pas si vite que ça…
J.C. C’est parce que tu étais dans une série prestigieuse qui se tournait presque comme un film [Elle rit].

« Game of Thrones aura été mon cours pratique d’art dramatique. »

Justement, Sophie, comment aurez-vous vécu ce phénomène inédit qu’est Game of Thrones ? N’est-ce pas étouffant à force ?
S.T. Tout d’abord, cette série m’aura appris mon métier. Cela aura été mon cours pratique d’art dramatique. Et je crois que je suis en train de me rendre compte seulement maintenant du phénomène qu’elle a suscité. Jusque-là, je passais mon temps sur les plateaux, à l’abri de l’agitation. Aujourd’hui, je regarde cela avec étonnement. Mais c’est plaisant.

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Jessica, vous avez des origines françaises, vous connaissez très bien notre cinéma. Vous viendriez tourner en France ?
J.C. Je ferais tout pour me retrouver avec Isabelle Huppert ! C’est l’une des plus grandes actrices que je connaisse. Et avec Olivier Assayas, dont j’adore le travail. Mais, plus encore, je rêve de prendre une année sabbatique et de venir m’installer à Paris pour apprendre le français. Ce serait mon plus beau plan de carrière.

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