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Doria Tillier : « J’admire les gens qui font rire »

Doria Tillier

À la fin de l’année elle sera encore à l’affiche d’un film de Nicolas Bedos, La belle époque. | © Belga

Cinéma et Docu

Dans Yves, son nouveau film, Doria Tellier tombe amoureuse d’un réfrigérateur. Aucun glaçon ne peut résister à cette belle plante. Interview. 

 

Elle confesse volontiers son addiction au « bubble tea », comme celui qu’elle vient de se faire livrer et qu’elle sirote, assise sur son canapé. Mais ce n’est pas la seule. Il y a aussi Lolita, de Nabokov, un de ces romans qui feraient scandale aujourd’hui : l’histoire à l’humour grinçant du Pr Humbert Humbert, pédophile amoureux de sa belle-fille de 12 ans. Un livre lu et relu. Doria Tillier nous reçoit dans son appartement perché sous les toits du IXe arrondissement de Paris. Un décor à son image : tout en contraste. Un fauteuil en rotin, indissociable de l’érotique Emmanuelle, et, en face, un canard de bébé, en plastique. De la même manière, dans sa bibliothèque, Picasso, Sartre et Aragon voisinent avec les Beatles, la série Friends et un coffret de jeux de rôle.

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Doria n’est jamais là où on l’attend. Sérieuse et calme, sereine et, tout à coup, loufoque comme on l’a connue sur Canal+. C’était en 2012. Elle devenait la cinquième miss Météo du Grand journal de Michel Denisot, après avoir décroché le poste face à 300 candidates. « Cette fille, c’est le meilleur de Louise Bourgoin et de Charlotte Le Bon », résume alors Christelle Graillot, dénicheuse de talents. Elle construit aussitôt des personnages, aussi attachants qu’exubérants – comme son sosie de Monica Bellucci. Sa capacité à se tourner en ridicule séduit les téléspectateurs. Son imagination est sans limite : elle est la première à présenter le bulletin météo à Poil… village de la Nièvre. Doria ose tout, comme face à Nicolas Bedos, invité sur le plateau pour présenter le livre dans lequel il évoque leur « amitié ». Elle en révèle la réalité. À la hussarde : « Je ne savais pas qu’on suçait les potes ! »

Cette fille, c’est le meilleur de Louise Bourgoin et de Charlotte Le Bon.

On en reste décoiffés… Faire fi des conventions, les détourner, s’en amuser, c’est son fonds de commerce. La touche Tillier, c’est un humour incisif, décapant, rendu possible par son recul sur elle-même. Elle se souvient avec tendresse de cette période d’auteure de sketchs : « J’ai adoré. C’était un bonheur de retrouver les équipes pour faire quelque chose que j’aime autant. Je m’amusais et je voyais que ça plaisait au public. En même temps, j’étais stressée car soucieuse de bien faire. Je voulais saisir cette chance. Et je pense sincèrement avoir fait mon maximum. Si les gens n’ont pas aimé ma météo, alors ils risquent de ne pas aimer ce que je suis. » Le passage sur Canal + marque le tournant de sa carrière.

Elle peut tout oser devant l’objectif mais reste très réservée sur sa vie privée, notamment sur sa romance avec Nicolas Bedos.
Elle peut tout oser devant l’objectif mais reste très réservée sur sa vie privée, notamment sur sa romance avec Nicolas Bedos. ©Kasia Wandycz / Paris Match

Jouer la comédie, écrire, c’est ce qui plaît à Doria depuis son plus jeune âge. Petite fille timide, elle découvre l’univers du théâtre vers 6 ans. Son père, chercheur en mathématiques, et sa mère, restauratrice de tableaux, l’emmènent assister à une représentation où joue une amie comédienne. Les coulisses, les décors, les costumes, l’ambiance de troupe, tout la fascine : « J’avais envie de faire partie de la roulotte. Je trouvais ça cool. À la télévision, je regardais aussi beaucoup d’humoristes. La série Palace, avec Valérie Lemercier, me faisait rire aux éclats. Mon envie de scène est partie de là. J’admirais les gens qui font rire. » Son humour, elle le cultive d’ailleurs au côté de son intellectuel de père : « C’est sûrement celui qui me comprend le mieux. Il fait souvent des blagues, comme pour voir la vie de façon plus légère. »

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Elle forme alors avec Nicolas un duo complexe, parfois difficile à cerner

En 2016, Nicolas Bedos la choisit pour coécrire et interpréter le personnage principal de son premier film, Monsieur et madame Adelman. En réalité, elle fait plus que « jouer »… elle est. Sa prestation, juste, touchante, est reconnue par le public et saluée par les professionnels. Elle est nommée aux César directement dans la catégorie meilleure actrice, sans passer par la case « meilleur espoir » : « Quand mon agent m’a appelée pour m’annoncer la nouvelle, j’étais scotchée. Moi aux côtés d’actrices qui font rêver ! Je ne m’attendais pas à figurer sur la même ligne qu’Emmanuelle Devos ! Surtout, j’ai eu le sentiment que les gens m’avaient comprise. » Mais elle minimise sa célébrité : « Il ne faut rien exagérer. Je ne suis pas Britney Spears ! La plupart du temps, je marche dans la rue sans être reconnue ».

Une grande tige de 1,80 mètre qui adore les week-ends à la campagne entre copains avec balades et Loups-Garous : « Un jeu de rôles qui révèle le tyran qui est en moi. »
Une grande tige de 1,80 mètre qui adore les week-ends à la campagne entre copains avec balades et Loups-Garous : « Un jeu de rôles qui révèle le tyran qui est en moi. » ©Kasia Wandycz / Paris Match

À la ville comme au cinéma, elle forme alors avec Nicolas un duo complexe, parfois difficile à cerner. Dans Monsieur et madame Adelman, ils n’ont pas hésité à mettre en scène leur quotidien, en improvisant des situations cocasses qui nourrissent leur créativité : « On s’amusait à jouer des personnages et cela s’avérait souvent assez noir. On se mettait dans la peau d’un couple affreux, sale et méchant qui déteste ses enfants. Une fois, on a tenu tout un week-end comme ça ! Le film est parti de là parce que Doria notait tout », raconte Nicolas.

Cette véritable histoire d’amour qui s’insinue dans le scénario a intrigué, fasciné. Trop, peut-être, au goût de Doria, qui mise désormais sur la discrétion : « Je sais où nous en sommes et mes proches le savent aussi. Les gens ont parfois tendance à juger, à donner leur avis, et je le comprends très bien ; mais je n’ai pas forcément envie que tout ça soit commenté ». Une chose est sûre, c’est qu’à la fin de l’année elle sera encore à l’affiche d’un film de Nicolas Bedos, La belle époque. « Il est vrai que nous nous sommes bien trouvés. Nous avons un goût artistique commun, on se comprend vite. C’est agréable d’avoir ce genre de connexion et de complicité ». Côté travail, au moins, il semblerait que Doria et Nicolas soient indissociables…

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