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Brad Pitt et Leonardo DiCaprio : Deux légendes pour un rêve

Pitt DiCaprio

Leonardo DiCaprio et Brad Pitt, dans Once Upon a Time in... Hollywood. | © Sony Entertainment

Cinéma et Docu

Once upon a Time in… Hollywood avait électrisé le Festival de Cannes et mobilisé les files d’attente. Vingt-cinq ans après la Palme d’or de Pulp Fiction, un nouveau Tarantino provoque toujours l’événement, surtout quand il réunit pour la première fois à l’affiche Brad Pitt et Leonardo DiCaprio.

D’après un article Paris Match France par Dany Jucaud

Pendant la projection de Once upon a Time in… Hollywood au dernier Festival de Cannes, lorsque Brad Pitt, tignasse pleine de soleil, monté sur un toit pour réparer une antenne de télévision, dévoile un corps de rêve en retirant sa chemise, une salve d’applaudissements s’élève spontanément du public, de l’orchestre aux derniers rangs du balcon. Leonardo DiCaprio, qui ce soir a exceptionnellement troqué son sweat à capuche pour un nœud papillon, est dans la salle et l’applaudit aussi, amusé.

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Venues sur la scène hollywoodienne à peu près en même temps, les deux stars ont pourtant un parcours différent. La vie de DiCaprio, éternel célibataire sans enfants, fêtard qui passe son temps à papillonner d’une beauté à une autre, est l’exact opposé de celle de Brad Pitt. Avec Angelina Jolie, il a longtemps formé le couple le plus puissant et le plus charismatique de Hollywood, aussi célèbre que celui d’Amal et George Clooney. Ce père de famille nombreuse (il a six enfants) est en réalité un solitaire, plus intéressé par l’architecture (il est fan de Frank Lloyd Wright et de Frank Gehry) et par la production (sa société Plan B, qui a déjà gagné trois Oscars, présentera Ad Astra, de James Gray, en compétition à Venise) que par la bamboche. Autant Brad Pitt est solaire et d’approche facile, autant DiCaprio, mi-Howard Hughes, mi-Marlon Brando, est compliqué. Mais l’un comme l’autre refusent de devenir prisonniers de leur propre image.

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Pour leur première collaboration au cinéma, difficile, en les voyant, de ne pas penser au duo magique que formaient Paul Newman et Robert Redford, il y a cinquante ans, dans Butch Cassidy et le Kid. Tout aussi excitants que leurs aînés, ils n’ont rien à leur envier : ni la beauté ni le talent. Plus cool qu’eux, on ne fait pas. Au carrefour de deux générations – DiCaprio a 44 ans et Brad Pitt, 55 –, les deux plus grandes stars de notre époque, et aussi les deux plus grands acteurs, ce qui ne va pas forcément de pair, parlent à la jeunesse par leur décontraction, leur côté star et rebelle à la fois. Cool mais également responsables, ils ne se contentent pas, film après film, d’engranger des millions de dollars – la fortune de DiCaprio avoisinerait les 250 millions de dollars et celle de Brad Pitt, 204. Du changement climatique à la reconstruction de La Nouvelle-Orléans, ils ont su utiliser leur notoriété et leur argent au service des autres et de grandes causes. Ce qui n’est pas rien.

Par crainte ou négligence, Tarantino n’a pas jugé utile de contacter Roman Polanski avant de faire son film

« Il était une fois… » Ainsi commencent les contes de fées, mais parfois aussi les faits divers. En 1969, année où se situe son film à la fois joyeux et mélancolique, Tarantino avait 6 ans. Ce neuvième long-métrage, son premier sans Harvey Weinstein, raconte l’histoire de deux quidams qui essaient de tracer leur chemin dans le Hollywood des années 1960. Rick Dalton, interprété par DiCaprio, un acteur de western has been, dépressif et alcoolique qui a son avenir derrière lui, et Cliff Booth, sa doublure pour les cascades, joué par Brad Pitt. En ce temps-là, Internet, les portables et le mariage pour tous n’existent pas. L’Amérique est en pleine révolution culturelle. C’est l’époque « sex, drugs and rock’n’roll ». On rêve d’un monde qu’on voudrait idéal, en fumant des pétards sur fond de guerre au Vietnam. Le succès inattendu de films indépendants comme Easy Rider et Macadam Cowboy redistribue les cartes en faisant voler en éclats le système des grands studios. L’âge d’or du cinéma est révolu. Le nouveau Hollywood est né.

De jeunes metteurs en scène pleins de talent font leur apparition. Ils s’appellent Scorsese, Spielberg, Coppola. Et Roman Polanski. L’assassinat barbare de cinq personnes dont la femme de celui-ci, l’actrice Sharon Tate, enceinte de 8 mois, marque violemment la fin d’une époque. Le drame s’inscrit dans l’histoire de Hollywood, « au même titre que le scandale de Harvey Weinstein », déclarait récemment Brad Pitt. S’il recrée l’époque de façon éblouissante, Tarantino récrit l’histoire à sa façon. Par crainte ou négligence, il n’a pas jugé utile de contacter Roman Polanski avant de faire son film, qui cartonne déjà aux États-Unis. Difficile, en effet, de croire que sa sortie, cinquante ans pratiquement jour pour jour après cette nuit du 8 au 9 août 1969, où une villa de Bervely Hills bascule dans l’horreur, est le fruit du hasard. Le film sera, c’est certain, en première ligne dans la course aux Oscars. Reste à savoir qui remportera une statuette : Tarantino pour la mise en scène, Margot Robbie pour le second rôle, Leonardo ou Brad pour le meilleur acteur ? A Cannes en tout cas, c’est à tous deux, indistinctement, que les spectateurs ont réservé une interminable standing ovation…

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