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On a voulu faire un top des films de Tarantino pour finalement abandonner (avouons-le, la tâche est illusoire)

jackie brown tarantino

Louis et Ordell, le duo mythique de "Jackie Brown". | © Miramax.

Cinéma et Docu

Le trio magique Jackie Brown – Pulp Fiction – Reservoir Dogs, soit ses trois premiers longs-métrages, est impossible à départager.

À l’approche de la sortie du tant attendu Once Upon a Time … In Hollywood (dans les salles le 14 août), les tops classant les films du cinéaste américain n’ont jamais été aussi nombreux. Quand certains adulent le cultissime Pulp Fiction, d’autres s’exclament que la Palme d’or 1994 est surcotée et voient en Reservoir Dogs, la première réalisation de Tarantino, son chef-d’oeuvre. À l’aube d’un enième classement rédigé par nos soins, une question venait nous titiller : n’est-il pas vain de vouloir absolument classer les oeuvres, qu’elles soient cinématographiques, musicales ou autres ? Qu’on se le dise, à l’image des cérémonies qui récompensent les « numero uno » de leur catégorie (certes un gage de qualité quand on veut dénicher le film parfait du dimanche soir), les tops en tous genres laissent perplexes.

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Un univers labyrinthique

Et la filmo de « Quint » en est peut-être le meilleur exemple. En 2016, celui qui a débuté comme ouvreur d’un cinéma porno affirmait que les personnages de tous ses films font partie « d’un même univers » qu’il a créé de toutes pièces, note Slate. « Il y a en réalité deux univers séparés. Il y a l’univers ‘plus vrai que vrai’, d’accord ? Et tous ces personnages habitent dans cet univers. Mais ensuite, il y a l’univers des films. ‘Une nuit en enfer’ (dont il a écrit le scénario et où il joue le frère taré de George Clooney) et ‘Kill Bill’ ont tous les deux lieu dans cet ‘univers des films’ spécial. Donc quand tous les personnages de ‘Reservoir Dogs’ ou ‘Pulp Fiction’ vont au cinéma, ils y vont pour voir ‘Kill Bill’ ou ‘Une nuit en enfer’. » Vous suivez ? Simplifiée, la logique Tarantino c’est :

  1. Tous les scénarios qu’il a signés, et cela comprend aussi les collaborations (Tueurs nés, USS Alabama, Grindhouse) font partie d’un même univers « réel ».
  2. Il existe deux univers : le premier, « réel », dans lequel ses personnages évoluent. Un deuxième, propre au septième art, dans lequel des personnages fictifs évoluent. Ces derniers sont visibles, dans une bonne salle de cinéma, par les personnages du monde « réel ».

Classer ses films n’a pas vraiment d’intérêt

Un univers géant et donc labyrinthique qui relie bon nombre de ses personnages. L’exemple le plus célèbre est sans doute celui des frères Vega : d’un côté Vincent, le tueur à gage sanglant incarné par John Travolta dans Pulp Fiction, et de l’autre Vic, interprété par Michael Madsen dans Reservoir Dogs (un projet de prequel les réunissant avait d’ailleurs été imaginé par le cinéaste)Il y a aussi Lee Donowitz, personnage de True Romance (film de Tony Scott de 1993 dont Tarantino est le scénariste), fils de Donny Donowitz, personnage incarné par Eli Roth dans Inglourious Basterds, connu sous le nom de « l’Ours juif ». La liste est longue et on pourrait en faire une dissertation tant les liens entre les films sont nombreux. Quand vous irez voir Once Upon a Time …, soyez attentifs aux clopes Red Apple, marque que fument tous les persos de Quentin.

Pas étonnant non plus de retrouver cette fameuse théorie qui relie Pulp Fiction à Kill Bill. Lors de la scène culte au diner, Uma Thurman explique concrètement à John Travolta le pilote de l’épisode de la série Fox Force Five dans lequel elle compte jouer. Ses personnages correspondent à ceux de Kill Bill, film qui sortira neuf ans plus tard, en 2003.

Tout ça pour dire que l’univers créé par le Californien est tel une fresque géante de l’Amérique, et que classer ses créations relève de la tâche sans intérêt tellement ses longs-métrages ne vont pas l’un sans l’autre.

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Il est néanmoins évident, selon nous, que ses trois premiers films en tant que réalisateur se détachent du reste, aussi bon et jouissif soit-il. De là à dire que « QT » aurait perdu de sa superbe au fil des années ? Nous n’irions pas jusque-là, les Kill Bill et Inglourious Basterds, par exemple, étant des concentrés de références et d’hommages d’un cinéphile totalement boulimique. On vous conseille donc non pas un « top », mais la liste par ordre chronologique de ses films en tant que scénariste principal. Et, honnêtement, il n’y a rien à jeter.

1992 : Reservoir Dogs

1993 : True Romance (réalisé par Tony Scott)

1994 : Tueurs nés (réalisé par Oliver Stone)

1994 : Pulp Fiction 

1996 : Une nuit en enfer (réalisé par Robert Rodriguez)

1997 : Jackie Brown

2003 : Kill Bill : Vol. 1 

2004 : Kill Bill : Vol. 2

2007 : Boulevard de la mort

2009 : Inglourious Basterds

2012 : Django Unchained

2015 : Les Huit Salopards

2019 : Once Upon a Time … In Hollywood

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