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Entre le malaise Polanski et un manque total de parité, la sélection sulfureuse de la Mostra de Venise

roman polanski

Roman Polanski au Festival de Cannes en 2017. | © Aurore Marechal / ABACAPRESS.

Cinéma et Docu

Le septième art n’arrive décidément pas à chasser ses vieux démons.

Bien qu’intéressante, la sélection de la Mostra de Venise de 2019 ne fait pas l’unanimité. D’abord, par l’absence totale de parité : cette année, on ne compte que deux femmes en compétition, l’Australienne Shannon Murphy (Babyteeth) et la Saoudienne Haifaa Al-Mansour (The Perfect Candidate). À ce sujet, le directeur de la Mostra, Alberto Barbera, a déclaré qu’il était « tout à fait contre les quotas de femmes quand on fait une sélection ».

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Autre sujet de discorde : parmi les nombreux réalisateurs sélectionnés, on compte Roman Polanski. Le cinéaste, qui présentera son film sur l’Affaire Dreyfus avec Jean Dujardin, J’accuse, est toujours poursuivi par la justice américaine pour le viol d’une adolescente en 1977. Il ne sera d’ailleurs pas présent au festival vénitien. Sa simple sélection a pourtant fait tiquer plusieurs militantes du droit des femmes. « Nous savons tous que le monde a changé après #MeToo », a déclaré la fondatrice de Women and Hollywood, Melissa Silverstein, à l’AFP. « La question que je pose est : ‘Est-ce un manque de conscience ou une indifférence délibérée ?’ ».

Des polémiques à la pelle

Face à cette polémique, la présidente du jury du 76ème Festival du film de Venise, Lucrecia Martel, a d’abord déclaré ne pas vouloir assister à la projection officielle du film, qui doit se tenir vendredi 30 août. « Je représente beaucoup de femmes qui se battent en Argentine pour des questions comme celle-là, et je ne souhaite pas me mettre debout et applaudir », avait expliqué la réalisatrice et scénariste argentine. Elle ne s’est pourtant pas gardée de préciser que « la victime considérait l’affaire close », avant d’ajouter : « Exclure ou mettre Polanski [en compétition] nous oblige à discuter, ce n’est pas une question simple à résoudre ». Cependant, elle a partagé plus tard un communiqué officiel, affirmant avoir été « mal comprise », qu’elle n’était « en aucune façon opposée » à la sélection en compétition de J’accuse et le regarderait « de la même façon que tous les autres films de la compétition ».

Roman Polanski possède malgré tout des soutiens au sein du monde du cinéma. Catherine Deneuve, présente pour le film de Kore-Eda, La Vérité, où elle joue la mère de Juliette Binoche, a confié à l’AFP qu’elle trouvait la polémique autour de la sélection du film « d’une violence inouïe » et « totalement excessive ».

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La polémique ne s’arrête pas au cinéaste franco-polonais : à Venise sera également projeté American Skin, nouveau long-métrage de Nate Parker. Ce réalisateur, à qui l’on doit The Birth of a Nation, avait été acquitté en 2011 pour le viol d’une étudiante, qui a fini par se suicider en 2016.

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