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Woody Allen : « J’aurais été beaucoup plus heureux si j’avais été danseur de claquettes »

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Woody Allen. | © Audoin Desforges.

Cinéma et Docu

Avec Un jour de pluie à New York le cinéaste propose une comédie sentimentale à l’âge d’or hollywoodien. Mais, rattrapé par le mouvement #MeToo, il n’a pas trouvé de distributeur en Amérique.  

 

Paris Match. Votre film ne sortira pas en salle aux États-Unis. Timothée Chalamet et Elle Fanning refusent d’en faire la promotion. Ça vous blesse ?
Woody Allen. Pas du tout. Les tribunaux m’ont totalement innocenté et malgré toutes les preuves qui me blanchissent, on continue à s’acharner contre moi. Qu’est-ce que je peux y faire ? Rien. C’est une erreur de ne pas le distribuer, car le public américain, j’en suis sûr, l’apprécierait. S’il est bien reçu dans le monde, peut-être reviendront-ils sur leur décision. Au fond, je m’en fiche. Pour moi, ce film c’est de l’histoire ancienne. Depuis, j’en ai tourné un autre en Espagne, et je pense déjà au suivant, qui sera mon cinquantième !

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J’aimerais tourner avec Isabelle Hupert et Catherine Deneuve.

Catherine Deneuve nous disait récemment qu’elle aimerait tourner avec vous. Que personne ne l’en empêcherait.
C’est une actrice iconique en Amérique et j’ai beaucoup d’admiration pour elle. J’adorerais avoir quelque chose à lui proposer tout de suite, mais je n’ai rien en tête dans l’immédiat. J’aimerais aussi tourner avec Isabelle Huppert. Il faut que je trouve une histoire à la hauteur de leur stature. Je vais y penser sérieusement. Rien ne me ferait plus plaisir.

Appeler votre héros Gatsby n’est sûrement pas un hasard. Gatsby est un romantique, l’êtes-vous aussi ?
Je ne sais pas comment je suis perçu, mais oui, je suis un grand romantique. J’ai passé toute mon existence dans un monde irréel. J’idéalise ma vie et aussi Manhattan sur laquelle je n’ai cessé d’écrire d’une façon très romantique, contrairement à un Scorsese ou à un Spike Lee. Gatsby a un pied dans le passé. Il aime le jazz, les pianos-bars, la pluie sur les trottoirs. Je me reconnais dans sa sensibilité et j’avoue que, si j’avais eu l’âge de Timothée Chalamet, j’aurais adoré jouer ce rôle.

On pense à vous d’abord comme un auteur juif. Être juif est dans votre ADN ou êtes-vous juif par accident ?
Je ne suis absolument pas religieux, je suis juif par accident. Il y a dans mes films beaucoup de plaisanteries juives car le sexe, les juifs, la psychanalyse sont des thèmes porteurs dont on rit facilement.

Que représente pour vous l’humour français ?
Une ironie très sophistiquée, une certaine sensibilité que Jacques Tati possédait de façon physique. J’ai toujours pensé qu’il y avait dans les films de Lubitsch, qui pourtant était allemand, une sophistication française.

Que serait-on surpris de découvrir chez vous ?
À cause de mon physique maigrelet et surtout parce que je porte des lunettes, on me prend pour un grand penseur ou un rat de bibliothèque qui passe ses soirées à lire Kierkegaard. Je suis tout sauf ça. En vérité je suis quelqu’un de très superficiel. Rien ne me fait plus plaisir que de regarder des matchs de basket à la télé, une bière bien fraîche à la main.

La seule personne dont l’avis m’importe est Diane Keaton.

L’écrivain Philip Roth a dit de vous que vous n’existiez que grâce à la naïveté européenne…
Je n’ai jamais rencontré Philip Roth que je considère comme un très grand écrivain, mais je sais qu’il détestait ce que je faisais. Je ne sais pas pourquoi. La différence entre lui et moi c’est que lorsqu’il écrivait, si quelque chose ne lui plaisait pas, il lui suffisait de jeter ce qu’il venait d’écrire et de recommencer. Moi, je réalise des films pour faire rire les gens. S’ils ne rient pas, c’est un échec. D’abord, ça coûte très cher et ensuite je ne peux pas les jeter. Cela dit, depuis Guerre et amour, je n’ai plus jamais lu une critique ou un article me concernant. Un jour on vous considère comme un génie, le lendemain comme un idiot. La seule personne dont l’avis m’importe est Diane Keaton. Si elle aime ou pas un film, il n’y a que cela qui compte.

Est-il vrai qu’aucun éditeur américain ne veut publier vos Mémoires ?
C’est faux. J’aurai fini de les écrire d’ici à la fin de l’année, et alors seulement je commencerai à chercher un éditeur.

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Dans une chanson célèbre, Frank Sinatra disait : “Des regrets, j’en ai eu quelques-uns.” Et vous ?
Cet hôtel n’est pas assez grand pour contenir les miens. Je regrette tellement de choses. D’abord, de ne pas avoir fait d’études et de ne pas avoir appris la philosophie. Si je m’étais plus cultivé, j’aurais sûrement réalisé de meilleurs films. Mon problème c’est que je manquais totalement d’ambition. Mais, plus que tout, je regrette de ne pas avoir appris à danser. Je pense que j’aurais été beaucoup plus heureux dans ma vie si j’avais été danseur de claquettes ou si j’étais devenu joueur de base-ball, ce qui, je dois le dire, aurait rendu mon père très heureux aussi. J’ai essayé de faire de mon mieux tout le temps. Si j’ai échoué parfois, je n’ai à m’en prendre qu’à moi, c’est simplement que je n’étais pas assez bon.

Vos fans disent qu’un mauvais film de vous est souvent meilleur que la plupart des films français.
C’est très flatteur mais ce serait très prétentieux de ma part de le croire. Truffaut, Godard, Alain Resnais, pour ne citer qu’eux, ont eu une influence énorme sur moi. Ils ont fait des films iconiques et je pense à l’inverse que les plus mauvais sont bien meilleurs que la plupart des films américains.

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