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Ad Astra – James Gray : « J’ai touché à des genres différents, c’est l’essence du cinéma »

James Gray

James Gray le 29 août 2019, à la 76ème édition du Festival de Venise. | © Marco Piovanotto / abacapress.com

Cinéma et Docu

Le cinéaste James Gray invite Brad Pitt dans Ad Astra, un film de science-fiction magistral sur les travers de l’âme humaine.

Quand on discute avec James Gray, il faut prendre son temps. Goûter aux silences que suscitent vos questions. À son côté pince-sans-rire, aussi. Le metteur en scène américain est à l’image de ses films : riche, complexe, réfléchi, désespéré, mais, en même temps, passionné par l’humain. De Little Odessa à The Lost City of Z ou aujourd’hui « Ad Astra », il a tissé une filmographie célébrée à Cannes et à Venise. Mais ignorée par le grand public, notamment aux États-Unis, où son cinéma demeure confidentiel. Ad Astra a beau être distribué comme étant un space opera, la forme est encore une tentative d’aller interroger l’humain, ses failles et ses manques.

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« Dans le film, le personnage joué par Brad Pitt passe des tests psychologiques d’aptitude au vol spatial », explique le réalisateur. « C’était pour moi le moyen d’évoquer sa vulnérabilité, sa solitude. Il est face caméra, le regard dans le vide, désespérément seul. » Roy McBride se voit ainsi envoyé en mission aux confins du système solaire pour sauver la planète. Et surtout pour retrouver un père disparu. Une nouvelle fois, la quête d’identité est au centre de l’œuvre de James Gray, ce qu’il appelle son « éternelle variation shakespearienne mâtinée de Zola », dont il s’était beaucoup inspiré pour The Yards. « Comment l’humain peut-il être à la hauteur et se sortir de ses combats intérieurs est une question qui me hantera toujours », complète-t-il.

Comment l’humain peut-il se sortir de ses combats intérieurs est une question qui me hantera toujours

Metteur en scène brillant, il utilise tous les genres, du film d’aventure au thriller (La nuit nous appartient), de la fresque (The Immigrant) à, désormais, la SF. « C’est tout sauf une insulte, j’ai touché à des genres différents. Spielberg ou Kubrick l’ont fait aussi. C’est pour moi l’essence même du cinéma. » Si Ad Astra est sûrement son film le plus accessible à un large public, c’est aussi l’un de ses essais les plus épurés. Le film était écrit depuis plusieurs années, mais c’est après sa rencontre avec Brad Pitt (qui a produit The Lost City of Z, son précédent film) que le projet a pris forme. Son premier long-métrage produit par un grand studio, la 20th Century Fox, rachetée récemment par Disney. Gray chez Mickey ? « Effectivement, c’est étrange. Mais le secteur évolue à une telle vitesse qu’on ne peut plus prédire ce que sera demain. J’ai la chance d’avoir eu les moyens de mes ambitions. Et si cela peut donner la possibilité à d’autres auteurs de travailler pour les studios hollywoodiens, ce sera un vrai pas en avant. »

Après la présentation d’Ad Astra à la dernière Mostra de Venise et sa sortie, c’est pourtant en France que James Gray va passer ces prochains mois. Tout d’abord, du 16 au 19 octobre à la Cinémathèque, qui lui consacrera une rétrospective. « J’ai été d’abord réfractaire à l’idée. Après tout, je n’ai que cinquante ans. C’est un peu tôt, non ? », lance-t-il avec cette pointe d’humour qui perce toujours sous le sérieux du propos. Puis, autre nouveauté pour lui, la mise en scène des « Noces de Figaro ». « Là encore, je ne sais toujours pas pourquoi j’ai accepté, moi qui préfère “Don Giovanni” chez Mozart. Je plonge dans l’inconnu. Comme cela, le monde entier pourra voir mon erreur ! »

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