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Xavier Dolan et la nécessité de montrer la violence homophobe à l’écran

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Xavier Dolan, au Festival de Cannes en mai 2019. | © Laurent EMMANUEL / AFP

Cinéma et Docu

Sur la plateau de l’émission québécoise « Tout le Monde en Parle », Xavier Dolan a confié avoir peur de l’homophobie ambiante.

 

Xavier Dolan ne chôme pas. Avant la sortie de Matthias et Maxime le 9 octobre au Québec, une semaine plus tard dans les salles belges, le cinéaste sillonne les plateaux télévisés canadiens pour promouvoir son prochain film, dans lequel il joue l’un des personnages principaux. Le Montréalais de 30 ans a récemment tourné son tout premier rôle en France, aux côtés de Gérard Depardieu, dans la Comédie humaine de Xavier Giannoli. Pour couronner le tout, il est toujours à l’affiche du deuxième volet de Ça, dans lequel il incarne un jeune homosexuel victime d’une agression homophobe particulièrement violente. Particulièrement choquante, Xavier Dolan a tenu à s’exprimer sur cette séquence dans l’émission québécoise « Tout le monde en parle ».

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L’acteur et réalisateur a expliqué que cette scène est inspirée d’un fait réel : « Un jeune homme dans le Maine, dans les années 80, Charlie Howard, marchait avec son chum et s’est fait appréhender par une gang de harceleurs qui l’ont battu à mort et l’ont ensuite jeté par dessus un pont. » Cette histoire semble troubler le Québecois, avant de poursuivre : « Aux États-Unis, les gens ont la réaction systématique de dire ‘c’est très graphique’ ? » Pour lui, il est nécessaire de montrer de telle scène. « C’est surtout un message pour la communauté hétérosexuelle qui est majoritaire et qui, elle, vit sa vie en marchant dans la rue sans vraiment se poser de questions : ‘Est-ce que je suis trop gay en ce moment ? Est-ce qu’on est en train de me regarder d’une façon… Est-ce que ça se pourrait que deux gars m’appréhendent et me cassent la gueule tout d’un coup ?’ Ce sont des questions qui, moi, m’habitent beaucoup. Oui, on pense qu’on en a fini avec ça, que c’est terminé, mais ça revient tout le temps. En fait, ce n’est jamais parti. »

« Oui, j’ai peur »

L’animateur de l’émission Guy A. Lepage, lui demande alors s’il a peur. « Oui, j’ai peur. Oui oui… », a-t-il répondu, rappelant la récente agression vécue par le designer québécois Markantoine et son conjoint. En août dernier, les deux hommes célébraient un événement dans un bar, lorsque, après avoir aperçu un homme recevoir des insultes homophobes, ils ont décidé de quitter l’établissement. C’est à ce moment-là que trois hommes les ont poursuivis dans la rue pour les frapper. Victime de deux commotions cérébrales, le designer a dû être opéré au visage pour remplacer des os de son nez. « La description qu’on a eue dans les journaux de ce qu’ils ont entendu, de ce qui s’est dit, c’est le verbatim de la scène dans It », poursuit le cinéaste qui dénonce une certaine hypocrisie de la part des spectateurs, choqués par la violence homophobe : « Mais qu’est-ce qui choque les gens, exactement ? Les gens sont prêts à aller voir pendant deux heures un clown dévorer le coeur de quelqu’un, puis crever ses yeux avec des pinces, mais ils ne sont pas capables de supporter deux homosexuels qui se font battre par des humains, pas par des créatures extraterrestres. Ce sont d’autres humains qui font ça. » Pour Xavier Dolan, il est surtout important de montrer cette violence aux gens « pour qu’ils sachent que ça fait aussi partie de la vie ».

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