Paris Match Belgique

Un pédophile condamné va toucher des royalties pour un morceau présent dans « Joker »

joker joaquin phoenix

Le long-métrage avec Joaquin Phoenix n'en finit plus de faire couler de l'encre, beaucoup d'encre. | © Warner Bros.

Cinéma et Docu

Le film de Todd Phillips, odyssée obscure sur le pire ennemi de Batman, utilise l’un des tubes de Gary Glitter, condamné en 2015 pour des actes pédophiles. 

 

Déjà en tête du box-office nord-américain, Joker va enrichir un pédophile condamné comme nous l’apprenait Vice ce lundi, et n’est donc toujours pas à l’abri des polémiques qui le suivent à la trace. Comment un tel cas de figure est-il possible ? C’est la question que beaucoup de monde se pose. Au sein de la bande-son du film, et dans une scène ô combien importante dans laquelle le Joker danse dans un escalier, on peut entendre « Rock and Roll Part 2 ». Il s’agit d’un morceau de 1972 qui a déjà eu les honneurs du cinéma – mais avant le procès et la condamnation de son auteur – notamment dans The Full Monty de Peter Cattaneo. Le titre est coécrit par Gary Glitter, qui va donc toucher des royalties pour cet insert.

Lire aussi > Comment Joaquin Phoenix a frôlé la folie en incarnant le Joker

Un montant difficile à chiffrer

Or ce Britannique d’aujourd’hui 75 ans a été condamné à seize ans de prison en 2015 pour actes pédophiles, dont notamment viol sur mineures, dont une petite fille de moins de 13 ans. Gary Glitter a également été condamné en 2006 à trois ans de réclusion pour avoir abusé de deux jeunes filles mineures durant la guerre du Vietnam. Le tabloïd The Sun, qui a souvent tendance à extrapoler, parle d’une « fortune » que pourrait amasser celui qui était une véritable star de la vague « glam rock » dans les années 70. Une affirmation à prendre avec des pincettes cependant car, comme l’explique The Independent, les productions hollywoodiennesne ne négocient pas des gains dépendant de l’audience mais habituellement un cachet fixe avec les artistes.

gary glitter
Gary Glitter en 2015. © National Pictures / Nick Edwards.

« Ça peut aller de 500 livres à 250 000 voire 500 000 livres selon l’artiste et la place de son œuvre dans le film », détaille même un expert pour le quotidien britannique. Qui ajoute que beaucoup d’intermédiaires auront une part de ce gâteau : le label, l’agent du musicien et un agent de synchronisation. « Les artistes ne reçoivent au final parfois qu’un maigre pourcentage de l’accord », conclut-il.

L’écoeurement

Comme on ne parle « que » d’une scène de deux minutes, Gary Glitter devrait donc empocher quelques centaines ou milliers d’euros – impossible d’avancer un chiffre plus précis, la Warner n’ayant pour l’instant pas répondu aux sollicitations des médias britanniques. Reste qu’un homme condamné pour avoir violé et tenté de violer des fillettes va bel et bien s’enrichir suite aux choix musicaux effectués pour un blockbuster.

The Hollywood Reporter partage l’écœurement évoqué par certains sur les réseaux sociaux, dénonçant une « connerie immorale » ou un choix « moralement discutable ».

Lire aussi > « Joker » : Le début de la gloire à Venise

De son côté, le Guardian regrette que personne, dans toute la chaîne de production du film, n’ait « agité un drapeau rouge » pour dénoncer l’utilisation d’une musique qu’il faudra payer à un pédophile condamné. Puis écrit, un brin fataliste : « Mais, en fin de compte, s’attendre à ce que Hollywood ou l’industrie de la musique fassent primer l’éthique sur les bénéfices révèle une compréhension fragile de l’histoire des deux ».

CIM Internet