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Mon nom est Clitoris : Le film qui parle de sexe sans nudité ni pénétration

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Image du film Mon nom est Clitoris. | © Iota Production

Cinéma et Docu

À travers les confidences de douze jeunes femmes, le documentaire Mon nom est Clitoris s’attaque aux grands tabous liés à la sexualité féminine, avec en ligne de mire l’obligation de la pénétration.

On a dû chercher longtemps avant de se rappeler la toute première fois où l’on a entendu son nom. D’ailleurs, on se souvient à peine du jour où l’on a fait sa connaissance. Parfois, c’était même sans le savoir, tout à fait par hasard, qu’on a découvert son existence jusqu’alors passée sous silence.

Sur la carte du sexe féminin, certain.es peinent encore à situer – ou ne serait-ce qu’à dessiner – ce grand continent inconnu. Qu’il s’agisse de son gland ou de ses bulbes vestibulaires, le clitoris demeure un mystère pour la plupart des personnes qui en sont doté. Longtemps absent des manuels scolaires, des cours d’éducation sexuelle et des conversations intimes, l’organe du plaisir s’expose désormais fièrement dans la ruesur les réseaux et même sur grand écran. Avec leur documentaire Mon nom est Clitoris, présenté au Festival International du Film Francophone de Namur, Lisa et Daphné rejoignent un mouvement grandissant qui brise les tabous autour du plaisir féminin et lutte pour le droit à une sexualité épanouissante, libre et égalitaire.

Un organe invisible…

Dans une chambre, le visage découvert et face caméra, douze jeunes femmes âgées de 20 à 25 ans évoquent le parcours de leur sexualité depuis l’enfance. Des premières sensations, à la découverte de la masturbation jusqu’aux premiers rapports sexuels en passant par l’orgasme, cette série de témoignages met en lumière les idées reçues sur le sexe au féminin ainsi que les grands tabous qui l’entourent. Munies de deux caméras et d’un micro, Lisa et Daphné reconstruisent un dialogue absent ou trop tardif sur la notion de plaisir sexuel. Au fil d’un échange intime et touchant, elles offrent un espace pour repenser des inégalités encore profondément ancrées.

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« En 2017, seul un manuel scolaire sur sept représentait correctement l’anatomie du clitoris. » © Image du film Mon nom est Clitoris. Iota Production

« Le premier constat, c’était la censure dont la masturbation et le plaisir chez les filles faisaient l’objet », explique Daphné Leblond. Un constat illustré dès la première séquence du film où l’on demande aux intervenantes de dessiner le clitoris de l’intérieur. Le crayon hésitant, voire timide, la plupart sèche ou improvise, découvrant – parfois avec effroi – qu’elle ne sait pas à quoi ressemble cet organe, source de tous les plaisirs. Et c’est bien normal, déplore Lisa Billuart Monet. « En 2017, seul un manuel scolaire sur sept représentait correctement l’anatomie du clitoris ». Encore aujourd’hui, il est parfois rendu invisible aux côtés des ovaires et des trompes utérines. « Entamer le film sur ce constat, assez dur d’ignorance, cela pose beaucoup de questions. D’où vient cette ignorance et comment avoir une sexualité dans ces conditions ? »

Il y a une censure morale et politique, les femmes ne doivent pas aimer la sexualité ni en parler. Et cela se traduit par le fait que le clitoris est invisible.

Si pour leur tout premier film, les deux réalisatrices formées à l’INSAS ont voulu « nommer » le clitoris afin de « le faire exister dans l’esprit comme dans le corps », c’est aussi pour déconstruire les tabous et stéréotypes liés à la sexualité féminine. Masturbation, pénétration vaginale, préliminaires, point G, orgasmes… On ne contente plus de parler uniquement de l’organe du plaisir, mais de tout ce qu’il englobe, suscite et représente. « Il y a une censure morale et politique, les femmes ne doivent pas aimer la sexualité ni en parler. Et cela se traduit par le fait que le clitoris est invisible », lâche Daphné. « Les femmes sont poussées à tout âge vers la passivité (…) Ce n’est même pas nécessairement qu’elles ressentent un interdit, c’est qu’on les dissuade de se poser des questions. »

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À l’instar de Sarah Barmak dans son ouvrage Jouir, le documentaire Mon nom est Clitoris remet en question la prétendue sexualité libérée des femmes. À l’heure où 60% d’entre elles disent se masturber (contre 90% des hommes), « on est encore frappé par le nombre de femmes qui se plaignent de leur sexualité », écrit Sarah Barmak dans sa quête de l’orgasme féminin. D’après une étude publiée en 2013 au Royaume-Uni, « jusqu’à 40% des femmes âgées de 16 à 44 ans disent qu’elles manquent de motivation à l’idée d’avoir un rapport sexuel » et 16% seraient concernées par l’anorgasmie – la difficulté ou l’incapacité à atteindre un orgasme, rappelle la journaliste canadienne. La faute à une « révolution sexuelle occidentale foireuse », déclarait même Naomi Wolf dans son très controversé Vagina : A New Biography.

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Tout en démontant les clichés, le film dénonce les étiquettes sexuelles qu’on attribue encore trop souvent aux femmes. © Image du film Mon nom est Clitoris. Iota Production

… devenu symbole

Laissées dans l’ignorance de leur propre corps, contraintes à une sexualité pénétro-centrée, les femmes doivent dès lors partir à la conquête de leur plaisir et de leur sexualité qui (contrairement à ce qu’on leur fait croire) n’est pas une science innée. « Ressentir son plaisir c’est un vrai travail. Même la masturbation, ce n’est pas une évidence. Ça peut parfois prendre des mois pour trouver ce qui marche », souligne Lisa. À travers les confidences de leurs interlocutrices, le duo de réalisatrices dénonce les normes érigées en système social, comme celle qui veut que l’acte sexuel implique obligatoirement la pénétration. « Ce qui compte, c’est avant tout faire l’amour, et non prendre du plaisir (…) Et faire l’amour, c’est la pénétration, point. » Des standards qui reflètent des inégalités persistantes, inscrites jusque dans notre vocabulaire. « On utilise le mot vagin pour parler de vulve. Et puis le fait de parler de préliminaires, de virginité (…) Le champ lexical lui-même est déterminé par le prisme masculin. »

Parce qu’il est un pur organe de plaisir, qu’il a été ignoré des manuels et qu’il est l’emblème d’une certaine indépendance, le clitoris est devenu le symbole de la lutte contre la domination masculine.

Dans leur approche féministe et intersectionnelle, Lisa et Daphné évoquent également le racisme, l’homophobie et la grossophobie, sans pouvoir toutefois s’adresser à toutes les minorités sexuelles. « La transidentité est un sujet à part entière qui pose aussi beaucoup de nouvelles questions », précisent-elles. « Cela nous paraissait complexe à intégrer, d’autant plus qu’il y avait un risque d’étiquetage, que la personne soit ‘représentative’ de cette minorité alors que le spectre de la transidentité est large ». En tendant leur micro à des jeunes vingtenaires, les deux réalisatrices donnent la parole à une génération qu’elles estiment peu représentée dans les documentaires abordant la sexualité. Une génération en mal d’information qui aspire à plus de confiance, d’égalité et d’empowerment. Véritable outil pédagogique et militant, ce film s’inscrit dans une révolution ; celle du clitoris, devenu un symbole d’indépendance, de pouvoir et de lutte contre le sexisme.

Le documentaire Mon nom est Clitoris sera prochainement diffusé au Cinéma Aventure à Bruxelles. L’avant-première aura lieu le mardi 12 novembre dans le cadre du Pink Screen Festival. Plus d’infos ici.

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