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Clément Manuel : Bruxelles et nulle part ailleurs

Clément Manuel | © Ganaëlle Glume

Cinéma et Docu

L’acteur français vit depuis 15 ans à Bruxelles et se sent sincèrement belge. Un sentiment encore amplifié depuis son rôle impressionnant dans la série « Ennemi public ». Chaleureux, enthousiaste, il vit intensément ce que la fiction a à lui offrir.

« Ennemi Public », « Falco », « Ainsi soient-ils », mais aussi la comédie « Faut pas lui dire » en début d’année… Clément Manuel est devenu un habitué du petit écran et se fait aussi une place au cinéma. À tout juste 35 ans, le jeune homme a fait son nid dans la capitale belge.

Paris-Match : Comment vivez vous les prochaines retrouvailles avec votre personnage de frère Lucas ?

Clément Manuel : Le tournage de la 2e saison d’ « Ennemi Public » aura lieu en septembre et c’est génial de pouvoir retrouver un personnage, un peu comme l’idée de ne pas terminer tout à fait un livre qu’on aime et de s’y replonger. D’autant que ce rôle va me permettre d’aller explorer encore d’autres choses et, pour ce que j’en sais, réserve des surprises. Tourner dans une série revêt un caractère très naturel car on ne sait pas ce qui va nous arriver. Si le tournage d’ « Ennemi public » se fait dans le désordre selon les épisodes, la série « Falco » s’est vraiment déroulée selon l’ordre chronologique, intégrant des événements réels tels les attentats de Paris. Depuis qu’on donne des moyens considérables à la fiction en TV, les choses bougent, en France comme en Belgique. Une phrase colle bien à cette nouvelle révolution télévisuelle : « C’était impossible alors on l’a fait ! ». Avant, les séries policières c’était une enquête résolue par épisode, sans se soucier d’autre chose. Mais depuis « Les Sopranos » et les séries HBO, on aime à raconter une histoire globale. C’est très visible dans « Ennemi Public », l’enquête représente un prétexte à un large questionnement : Peut-on faire confiance à la justice ? Qu’est-ce que la vie en communauté ? La confiance, la foi, la peur de l’autre ? Sans oublier de vraies questions politiques et communautaires en Belgique.  La maturité, dans la production d’une telle série, est d’en avoir fait une histoire d’aujourd’hui, belge, à l’époque où le public a vu « True Detective » ou « Broadchurch », des séries très fortes et modernes.

Pourquoi Bruxelles ? Et pourquoi pas !

Comme tous les acteurs, Clément Manuel se montre très critique quant à son image. Mais il a trouvé son style avec ses cheveux courts et sa barbe. © Ganaëlle Glume.

Pour quelle raison êtes-vous venu faire des études de comédie à Bruxelles ?

Je suis né à La Ciotat mais j’ai grandi à Lyon. Mes parents vivent aujourd’hui à Marseille. Du coup, je me sens bruxellois et compte bien demander la nationalité belge. Bruxelles c’est chez moi, j’habite toujours dans le même quartier, ma femme et mon fils sont nés ici, je me sens belge à 100 %. Pourquoi Bruxelles ? Et pourquoi pas ! J’ai toujours voulu être comédien et je visais le Conservatoire de Strasbourg ou de Paris pour rentrer à la Comédie Française, la seule façon à mes yeux d’exister en tant que comédien. L’année où j’ai présenté le concours pour Strasbourg, il fallait avoir minimum 20 ans et j’en avais 19. Mon prof de théâtre m’a conseillé de venir en Belgique. Je ne crois pas spécialement au destin mais les choses se mettent souvent d’une façon et pas d’une autre. Par contre, je pense qu’il faut savoir forcer le cours des événements et se battre pour obtenir ce qu’on désire réellement. À croire que « À vaincre sans péril, on triomphe sans gloire », une phrase que j’ai beaucoup entendue durant ma jeunesse…

Il faut savoir forcer le cours des événements et se battre pour obtenir ce qu’on désire réellement.

D’ailleurs, vous avez insisté pour obtenir le rôle de Frère Lucas dans « Ennemi Public ».

Il y a tellement de comédiens talentueux, on comprend très vite que les places sont chères. Je suis resté très proches de mes camarades du Conservatoire qui m’ont permis de bosser en mettant de côté mon ego. J’ai eu énormément de plaisir à jouer au théâtre. Mais soyons honnête, si j’ai eu envie de devenir acteur c’est en voyant Yves Montand dans « Jean de Florette » ou Louis de Funès dans « Le Petit Baigneur » car ils sont capables de beaucoup de technique et de lâcher-prise. J’aborde mes séries TV de cette façon, en travaillant en amont afin de me lâcher au maximum durant le tournage. Je discute avec le réalisateur et essaye d’ajouter des éléments pour enrichir chaque personnage. Par exemple, je vois Frère Lucas comme un type à la fois solide et très sec, j’ai donc pris un coach pour étoffer ma musculature. Cet échange avec le réalisateur est essentiel car le tournage d’une série est très long, entre 4 à 6 mois.

Un père photographe, une mère psychologue et une famille portée vers les lettres et le cinéma. Chez les Manuel, on favorise la créativité. © Ganaëlle Glume.

Votre famille a-t-elle toujours soutenu votre vocation ?

Entre une mère psychologue et un père photographe, j’ai grandi avec la fibre artistique. Ma petite sœur Agathe vient d’écrire un recueil de nouvelles et se destine à des études de lettres, j’ai un frère, Hector, comédien au TNB (Théâtre National de Bretagne), un autre assistant réalisateur et un grand frère dans le domaine de la mode en Italie.  Je suis le seul à ne pas savoir jouer d’un instrument mais je pense me mettre bientôt à la guitare et au piano.

Un potentiel de comique

Quels sont vos autres projets ?

J’ai tourné dans « Comment j’ai rencontré mon père » avec François-Xavier Demaison et Isabelle Carré, une actrice que j’aime beaucoup. Et je suis dingue de Juliette Binoche ! J’adore comme elle joue, comme elle parle, comme elle rit ! Elle est tellement à l’aise, elle ose tout dans le seul intérêt de se faire plaisir et d’essayer, quelle leçon. J’espère faire plus de comédie à l’avenir, à l’image de ma petite série sur le web « Ce que disent les Bruxellois » ou « Les JOC », Les Jeux olympiques crétins diffusés durant les JO ! J’ai terminé le tournage du « Tueur du Lac », le spin-off du « Mystère du Lac » pour TF1 avec  Julie de Bona, Romane Bohringer, Julie Depardieu, Marie-Anne Chazel… Il n’y a pas un comédien qui bosse pareil que l’autre. Julie n’intellectualise rien, il faut la comprendre non pas avec la tête mais avec le corps, elle m’a appris à moins me braquer sur la technique et à vivre davantage l’instant en se montrant à l’écoute.

On lui a proposé à 3 reprises de jouer un homme de religion. De quoi se poser des questions… Mais il assume : rien de tel pour un comédien que d’aller au-delà des apparences. © Ganaëlle Glume.

Que faites-vous pour sortir aisément de tournages longs et intenses ?

Avec ma femme Annabella Nezri, Magritte du Meilleur documentaire pour « En bataille », nous avons une maison de production Kwassa Films, et 5 longs-métrages en préparation. Grâce à mon épouse, j’apprends tous les jours et j’adore me plonger dans une histoire sans avoir à y jouer comme acteur. Participer à un processus de création est très enrichissant humainement, même si on se trompe parfois. Je gère très bien les mois sans tournage, sans pression, je profite du quotidien, de mon fils, d’autant que je ne le vois pas toujours beaucoup quand je tourne. Je suis aussi un grand consommateur de BD, de séries TV et de cinéma. Et j’adore me faire une expo, je viens de voir celle de Steve McCurry et je compte absolument voir celle consacrée à Rik Wouters.

Gérez-vous facilement votre image ?

Grâce à mon père, je me suis toujours senti à l’aise avec la photo. Mais poser reste quelque chose de particulier que l’on doit apprivoiser. Protégé par un personnage, on peut se mettre à nu, au propre comme au figuré. Même si la nudité réelle, devant toute une équipe, reste très bizarre à vivre ! Comme tout le monde, il y a des jours où je me trouve beau et d’autres pas du tout. La seule chose que j’aime chez moi ce sont mes cheveux. Longtemps, j’ai cherché la tête qui me correspondait le mieux. Aujourd’hui, ça y est, barbe et cheveux courts, ça me va.

Ses tournages le mènent souvent en France mais son cœur reste à Bruxelles, près de son épouse, de son fils, de ses amis… Et de la série « Ennemi public ». © Ganaëlle Glume
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