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Eva Green : « Je suis fascinée par les rôles de femmes couillues »

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Eva Green dans "Proxima". | © Pathé.

Cinéma et Docu

Dans Proxima, l’actrice se glisse dans la peau d’une astronaute avec une présence sidérante. 

 

Paris Match. Proxima est un film important en pleine résurgence des questions sur les injonctions faites aux femmes, la culpabilité maternelle… Ça fait partie des raisons pour lesquelles vous avez eu envie d’y participer ?
Eva Green. C’était plutôt un coup de cœur. Ça faisait longtemps que je cherchais un projet en France qui soit à la hauteur. Je me souviens d’avoir lu le scénario dans l’Eurostar, et ça a été oui tout de suite ! J’ai rencontré Alice [Winocour, la réalisatrice] le lendemain à Paris. Elle est assez geek, comme moi, très exigeante et perfectionniste. Elle m’a guidée dans la préparation… Je me suis entraînée à Cologne dans le Centre des astronautes européens, en Russie, à la Cité des étoiles. J’aime bien les rôles physiques, qui permettent de sortir de soi. Bien sûr, Proxima est un manifeste féministe, un film sur un monde – l’entraînement des cosmonautes – que l’on connaît mal, mais c’est surtout la relation fusionnelle entre une mère et sa fille qui m’a touchée. C’est une grande histoire d’amour très pudique.

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Le film parle aussi d’une petite fille qui doit faire le deuil de sa mère en découvrant sa célébrité. Vous êtes passée par là ?
Oui. Ado, j’ai eu horreur de ça. Surtout à l’école de théâtre parce que certains, au début, s’imaginaient que ça serait plus simple pour moi car j’étais la fille de… Les gens sont plus méchants. D’ailleurs, peut-être que le fait de partir à Londres très tôt après The Dreamers a été un choix inconscient de couper le cordon. Parce que même dans mes premières interviews, on me disait : « Vous êtes la fille de Marlène Jobert. » Je détestais ne pas être moi. Évidemment, je suis très reconnaissante envers ma maman, mais cette accusation d’usurpation m’a toujours gênée.

Vous êtes-vous identifiée au personnage de la mère qui laisse sa fille pour suivre sa passion ou à l’enfant qui attend son retour ?
Les deux. C’est intéressant de jouer des personnages tiraillés par leurs rêves, leurs ambitions, la culpabilité maternelle. C’est très moderne. De nombreuses femmes se reconnaîtront dans ce déchirement entre vie de famille et carrière, alors que pour les hommes, c’est beaucoup plus facile de tout concilier. Lorsqu’une femme réalise une carrière exceptionnelle, elle a deux fois plus de mérite parce que cela nécessite plus de travail et de courage ! Il faut avoir un soutien familial derrière soi ou de l’argent pour une nounou pour pouvoir se le permettre. Moi, je ne suis pas mère, mais déjà, avec mon chien, je stresse de le laisser seul quand je tourne. Alors je n’imagine pas pour un enfant ! [Elle rit.]

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Vous avez une prédilection pour les rôles de femmes puissantes… L’êtes-vous autant dans la vie ou est-ce que vous cherchez à représenter d’autres modèles de féminité ?
Je suis fascinée par les rôles de femmes couillues, presque viriles. D’ailleurs, Proxima m’a aussi plu pour ça : l’idée d’incarner une astronaute avec son côté très mec. Il y a quelque chose de puissant et de jubilatoire là-dedans. D’ »empowering” ». Pardon, je fais mon Jean-Claude Van Damme, mais il n’y a pas d’équivalent en français… Dans la vie, je suis quelqu’un d’assez timide et peureux, alors le fait de pouvoir jouer ces femmes qui ont une autorité, du courage, de l’audace m’aide un peu.

Retrouvez l’intégralité de l’interview dans le numéro 951 de Paris Match Belgique, en vente en librairies.

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