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Michel Denisot : « La course médiatique conduit à l’à peu près et c’est le grand danger »

Vidéo Cinéma et Docu

Nous avons rencontré l’homme de télévision français Michel Denisot qui avec Toute ressemblance… réalise à 74 ans son premier film sur devinez quoi ? Le monde du JT de 20h !

Par Laurent Depré. 

« Pourquoi un film sur le 20h ? Sans doute un peu parce que c’est l’un des seuls postes que je n’ai pas occupé durant ma longue carrière », rigole Michel Denisot, costume style british bien taillé et physique de jeune premier. Celui qui a eu droit à sa marionnette chez les « Guignols de l’info » est en pleine forme dans la suite de l’hôtel Plaza situé à l’angle d’un grand boulevard au coeur de la capitale de l’Europe où nous le rencontrons en ce mois de novembre. Tête-à-tête avec un fan de foot encore très actif du côté de Châteauroux en Ligue 2 et qui espère un belle revanche France-Belgique en finale de l’Euro 2020. Rien que cela…

Paris Match Belgique. Vous avez eu de nombreuses casquettes durant votre carrière dans l’audiovisuel français : journaliste, commentateur sportif, rédacteur en chef, producteur, directeur de chaîne… Mais votre film se focalise sur le métier de présentateur-vedette du 20h. Pourquoi ?
Michel Denisot. Tout d’abord, je signale quand même qu’il ne s’agit pas d’un film auto-biographique. C’est une histoire qui se focalise sur le monde de la télévision en 2019. Elle permet une immersion dans les coulisses du 20h. La télévision vit une période transitoire tout comme le personnage interprété par Franck Dubosc qui occupe ce siège depuis 2001 et les attentats de New York. Mais les temps ont changé et sa vie va changer. Dans ce film, j’ai réuni une série de choses que j’ai vue durant ma carrière…

Pourquoi ce siège du 20h s’inscrit-il encore et toujours dans la durée depuis plusieurs décennies ?
Cela reste un des bastions de la télévision qui est globalement en perte de vitesse en France. Les deux 20h de TF1 et de France 2 rassemblent chaque soir 10 millions de personnes. Il n’y a, à l’heure actuelle, toujours aucune équivalence à ce succès. Cela reste donc des formats très suivis. Et la télévision a besoin d’être incarnée pour parvenir à fidéliser le public.

Michel Denisot parle de son film Toute ressemblance...
Michel Denisot à l’hôtel Plaza au centre de Bruxelles. © Laurent Depré

Finalement, le présentateur-vedette se crée un petit empire presque inattaquable au sein d’une chaîne de télévision. Jusqu’à en perdre le sens des réalités ?
C’est vrai que la gloriole et le pouvoir que vous offre la fonction ne vous appartiennent pas. Et le risque est bien là :  celui de perdre cet élément de vue. On peut en arriver à penser que la chaîne ou un journal nous appartient. Mais c’est totalement faux ! Nous ne sommes que de passage. Plus cela dure longtemps et plus ce sentiment de toute puissance est pourtant réel.

On sent un Frank Duboscq à l’énergie disons canalisée. Il est moins cabotin qu’à l’habituel. Comment s’est déroulé votre travail avec lui sur Toute ressemblance… ?
Franck est un gros bosseur ! Il s’est immergé dans la préparation du journal de 20h sur TF1 durant plusieurs jours, il a assisté aux réunions de rédaction. Franck a appris la posture, le ton, la diction, à lire un prompteur… Et je le trouve très crédible dans le rôle de Cédric Saint-Guérande. C’est en voyant son film Tout le monde debout que j’ai pensé à lui alors qu’en écrivant le scénario je ne pensais à personne en particulier.

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Vous allez, pour certains personnages du film comme celui du ministre de la culture noceur, excentrique et sous influence, susciter des interrogations dans le public…
Disons que je peux déjà dire qu’il ne s’agit pas de Audrey Azoulay ou de Françoise Nyssen ! (rires) Chaque personnage est une compilation de situations ayant existées. Il y a toujours un moment donné où c’est quelqu’un.

La réalisation, c’était un vieux rêve en vous ?
Je le vois plus comme un cadeau si vous voulez. C’était un rendez-vous en quelque sorte puisque le petit écran, c’est cinquante ans de ma vie. À force de raconter de nombreuses anecdotes sur le milieu, un jour la directrice générale du groupe UGC, Brigitte Macionni, m’a dit ‘tu devrais en faire un film’. Oui, mais quel genre de fim ? Pas un film à sketches par exemple…  Il a fallu construire une histoire, un personnage.

Quels sont vos films satiriques du monde de la télévision français ou étrangers préférés ?
Dès que le projet a été mis sur les rails, avec la co-scénariste Karine Angeli on a convenu que je ne regarderais aucun film sur le même sujet. Je devais tracer ma route. C’était son rôle de les regarder et de nous éloigner d’éventuelles similitudes. Je n’en ai donc pas vu.

Toute ressemblance… Une sympathique caricature grinçante sur le pouvoir médiatique

Le jeu, pour ce premier long métrage de Michel Denisot, sera en partie de trouver à quel présentateur-vedette de l’hisoire de la « télévision hexagonale » Franck Dubosc se rapproche le plus. Delahousse, PPDA ou Pujadas ? Une femme ? On vous laissera juger par vous-mêmes.

Par un joli petit coup de pu… Cédric Saint-Guérande s’octroie la chance de sa vie: celle de grimper sur le siège du présenteur du JT. Il n’en bougera plus faisant la pluie et le beau temps, vivant à plein temps sa gloire, donnant moins que ce qu’il ne reçoit des autres, se croyant indéboulonnabale à vie. Jusqu’au jour où débarque à la tête de la chaîne un nouveau patron qui veut la peau de CSG. Pour quel motif exacte ? Ce n’est pas très clair. Mais la chute est proche, tant professionnelle que privée. A force de vouloir s’approcher du soleil, même artificiel, on se brûle les ailes…

Franck Dubosc est entouré par Jérôme Commandeur, toujours excellent, Denis Podalydès, Laurent Bateau, Sylvie Testud… Michel Denisot s’est donc bien entouré pour ce premier long métrage somme toute réussi dans l’ensemble. On rejoint l’homme de télévision lorsqu’il considère Dubosc comme crédible dans le rôle principal. En effet, nous avons sous les yeux un humoriste qui n’en rajoute pas des tonnes et qui s’écarte largement de son personnage habituel. Qui peut énerver à force… A ce niveau-là, c’est réussi. On s’amuse aussi de la galerie de personnages qui traversent le film dont celui de « Tonton Bonbons », sorte de médecin des stars qui distribuent des « remontants » aux vedettes du petit écran.  

Le film n’échappe pas néanmoins à quelques gros clichés : soirée arrosée et ‘cokée’, frasques en tout genre, tromperie… Il y a, par contre, de vrais moments d’interrogations dans la rigolade sur la profession de journalistes: louvoiement permanent entre forces en présence, compromis, renvoi d’ascenceur, transition numérique, déclin d’un média suprpuissant…

Toute ressemblance… s’est avéré être une agréable première fois en ce qui nous concerne.

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