Paris Match Belgique

Caterina Murino : « Je suis toujours une James Bond girl dans l’esprit de certains… »

caterina murino

"Interpréter un personnage, c'est se connecter à l'humain" explique l'actrice italienne. | © François Berthier.

Cinéma et Docu

À l’affiche du premier film de Michel Denisot Toute ressemblance…, Caterina Murino insuffle son élégance latine et un tempérament bien trempé à cette comédie grinçante sur le milieu impitoyable de la TV française.

 

Révélée en 2004 en France aux côtés de Jean Reno et Christian Clavier dans L’Enquête corse, Caterina Murino a été reine de beauté. Cette beauté qui aurait pu définitivement la bloquer après avoir joué les James Bond girls dans Casino Royale. Pourtant, depuis 20 ans, elle se partage entre son pays natal et Paris, sa ville de cœur, menant une carrière au cinéma, en TV et sur les planches. Elle a connu récemment un beau succès avec la série Le Temps est assassin.

Dans le film de Michel Denisot, elle est Elisa, la compagne de Franck Dubosc, présentateur de JT adulé, bousculé par l’arrivée d’un nouveau patron de chaîne bien décidé à ne pas tout lui passer. Une haine obsessionnelle entre les deux hommes va conduire la star du petit écran à dépasser les limites, quitte à mettre en péril sa vie de famille et de couple.

Paris Match. Sur quel projet êtes-vous en ce moment ?
Caterina Murino. Je termine une tournée au théâtre en Italie. J’ai décidé que deux fois par an, au moins, je retournais au théâtre, c’est mon premier amour et je ne peux pas m’éloigner trop loin des planches. J’ai enchaîné les tournages après Casino Royale mais je suis trop attachée à la scène. Le public, le texte, le direct, tout me plaît. C’est important aussi de ne pas s’enfoncer dans une zone de confort et chaque soir, surtout en tournée, est différent et peut réserver des imprévus. D’autant qu’en Italie, nombre de théâtres sont des lieux historiques, avec des salles assez petites. Or, nous sommes nombreux sur scène, il s’agit de rester très concentré et de ne pas tomber dans les automatismes. Bien sûr, une tournée est très fatigante mais toujours excitante.

On attend beaucoup sur les tournages. Êtes-vous quelqu’un de patient ?
De moins en moins. Je l’étais plus il y a 20 ans, disons que je sais mieux comment occuper mon temps. Avant, le cinéma était beaucoup plus lent, désormais la technologie rend les tournages beaucoup plus rapides, surtout ceux pour la TV qui se déroulent à une vitesse 1000 ! Je tiens beaucoup à discuter avec mes partenaires, à échanger sur le film comme sur la vie. Je ne reste pas dans mon coin, toute seule. Et j’avoue que les portables nous ont beaucoup changé la vie… J’en profite pour faire des petits jeux ou parler à mes proches.

Comment êtes-vous arrivée sur ce film de Michel Denisot ?
Je pense que tout acteur français connaît Michel de l’époque où il présentait « Le Grand Journal » sur Canal +. Moi-même, je l’ai rencontré plusieurs fois à Paris et au Festival de Cannes. Il a pensé à moi pour ce film et, lors d’un déjeuner de travail, j’ai découvert cet homme au charme fou et d’une culture sans limites, doublé d’un humour unique. D’ailleurs, il m’envoie régulièrement des messages avec des blagues. Sa finesse et son humour se retrouvent exactement dans le film.

Quel regard portez-vous sur le milieu des médias ?
Michel Denisot donne une version du journalisme idéal, avec des journalistes qui ont le courage de passer au-dessus des castes et du pouvoir. Le public a le droit d’accéder à certaines infos, notamment concernant la politique. Bien sûr, le film écorne les extrêmes d’un milieu de la TV où règnent la drogue et l’ego. Le personnage joué par Franck Dubosc tombe dans ce piège des excès. Il est prêt à tout pour rester la star N° 1 du JT. Mais il tente également de faire éclater la vérité.

Et sur votre personnage Elisa ?
Elisa n’a pas besoin de la notoriété et de l’argent de son mari, elle vient d’un milieu très aisé. Elle est réellement amoureuse de cet homme, du moins de celui qu’il était avant. C’est pourquoi elle a la force de dire non une fois qu’elle se sait trahie. Elle ne supporte pas quelqu’un qui ne tient pas ses promesses puisqu’elle est authentique.

Lire aussi > Michel Denisot : « La course médiatique conduit à l’à peu près et c’est le grand danger »

Caterina Murino, qui a suivi une formation de gemmologue, aime les bijoux et les pierres. ©DR

Vous, vous avez la force de dire non ?
Oui, je suis née comme ça. Très vite, j’ai su poser mes limites. J’ai fait des concours de beauté, j’ai travaillé à la télévision italienne, j’ai pris des cours de théâtre, j’ai tourné des pubs, des films… Mes parents m’ont toujours soutenue et sont extrêmement présents. Ils m’ont donné cette force de comprendre où m’arrêter, c’est un cadeau. En 20 ans de carrière, je n’ai jamais rencontré la moindre personne qui aurait essayé d’abuser de moi. Plus jeune, ma famille était à mes côtés et adulte, je dégageais cette force. Mon caractère lié à mon éducation m’a vraiment aidée car je n’ai jamais voulu devenir comédienne pour être connue, ça ne m’intéresse pas du tout. Et je n’accepte jamais un projet sous prétexte qu’un réalisateur est connu.

Quand avez-vous décidé que votre beauté serait un atout et non pas un écueil ou un fardeau dans ce métier ?
Je vous avoue que c’est toujours un problème. J’ai encore entendu récemment que j’étais trop belle pour un rôle ! D’autres me cataloguent selon un type de personnage, parce que j’ai été une fois femme fatale ou flic. Beaucoup ne connaissent pas ma carrière, s’arrêtent à L’Enquête corse. C’était il y a 15 ans, je n’ai pas arrêté de tourner pour le cinéma et la TV depuis, avec des rôles très différents. Les stéréotypes existent encore, je suis toujours une James Bond girl dans l’esprit de certains. N’oublions pas, justement, que j’ai eu aussi des rôles magnifiques grâce à ma beauté. En fait, la réponse la plus intelligente que j’ai pu apporter, c’est de jouer une bimbo dans Made in Italy de Stéphane Giusti (2008). Une vraie idiote à la TV italienne, de quoi pouvoir me moquer de moi-même et de mon physique. Ce fut une vraie libération.

L’humour est-il un de vos traits de caractère ?
Je suis un vrai clown dès mon réveil le matin ! Mon chéri doit subir les idioties que j’invente sans arrêt. Je prends des accents, je fais des jeux de mots… J’aime être entourée de légèreté même si je suis une femme de contrastes. Je peux rire en faisant le pitre et passer directement aux larmes en croisant un SDF dans la rue. La pauvreté des gens aujourd’hui m’est insupportable, tout comme la situation de millions d’enfants dans le monde.

Le miroir du réel

 

Elle a commecné par les concurs de Miss en Italie. Elle mène aujourd’hui une carrière internationale. ©DR

Vous parlez plusieurs langues, vous adorez les pierres et avez suivi des cours de gemmologie à Paris… D’où vous vient cette soif d’apprendre ?
J’adore apprendre. Je le voudrais encore plus mais il n’y a que 24 H dans une journée. J’avais un grand rêve, celui de devenir pédiatre mais ça n’a pas marché. Comme je n’ai pas pu faire l’université, j’ai toujours le sentiment d’être moins instruite. J’ai beaucoup d’admiration pour les gens brillants et cultivés, comme Michel Denisot, je me nourris de leurs connaissances. Mon métier m’enchante car je peux vivre une foule d’expériences et apprendre des choses qui ne s’apprennent pas dans les livres. Grâce à Casino Royale, je suis allée plusieurs fois en Chine, en Russie, en Argentine… Quel enrichissement que de rencontrer ces populations différentes.

Qu’est-ce qui vous a amené à devenir ambassadrice pour une ONG ?
Très bizarrement, c’est mon amour des bijoux qui m’a amenée à m’engager. En 2006, juste après le film de James Bond, on m’a proposé, avec d’autres actrices, de défiler avec un bijou, un diamant qui serait vendu au profit d’une ONG choisie par chacune d’entre nous. J’ai choisi l’AMREF, très impliquée dans les soins de santé en Afrique. Par la suite, on m’a proposé de devenir ambassadrice et j’estime que c’est le plus beau rôle de ma vie. Le projet qui me tient le plus à cœur est la formation des sages-femmes en Afrique pour proposer de véritables plannings familiaux et lutter, notamment, contre les mutilations génitales.

« Interpréter un personnage c’est se connecter à l’humain »

©DR

Est-ce votre façon de démontrer qu’une artiste n’est pas déconnectée de la vie réelle ?
Je ne vois pas comment on pourrait faire autrement. Un acteur raconte des histoires, incarne des personnages. Depuis la tragédie grecque et Shakespeare, nous n’avons rien inventé. Comment interpréter sans être ancré dans le réel ? Je vis ma vie, je prends le métro, je fais mes courses… Et quand je me regarde dans le miroir, mon image me renvoie à ma propre réalité. Interpréter un personnage c’est se connecter à l’humain.

C’est quoi le luxe pour vous ?
Pouvoir réaliser ses rêves. Bien sûr, mon rêve le plus cher, être médecin, soigner les autres, n’a pas pu se réaliser. Mais je suis comédienne, je crée des bijoux… Parce que j’en crée, je sais qu’ils ne sont pas accessibles à tout le monde. Le prix d’une bague est trop cher pour beaucoup de gens. Il fut un temps où mes parents n’auraient pas pu la payer. Le luxe ce n’est pas de s’acheter des bijoux ou des sacs de marque. Il faut détacher le luxe de la notion d’argent. Le luxe c’est de passer Noël avec ceux que j’aime, comme je le vis depuis 40 ans. Et cette année, je serai chez moi, en Sardaigne.

CIM Internet