Paris Match Belgique

J.J. Abrams : « C’est réellement la fin de la saga Skywalker »

star wars dernier épisode

Le dernier épisode de la saga Star Wars est dans les salles. | © Disney

Cinéma et Docu

J.J. Abrams, le petit génie du cinéma américain vient mettre un terme à la saga Star Wars avec L’ascension de Skywalker. Interview en avant-première.

C’est un tremblement de terre. La secousse émotive de la fin d’une époque, celle de la plus grande saga cinématographique qui passionne le monde depuis quarante-deux ans. Le réalisateur, fils spirituel de Spielberg, était déjà à la tête du Réveil de la force en 2015. Il termine le montage de  L’ascension de Skywalker et va clore une aventure de neuf films sur la destinée de Luke. Posé mais pas avare d’informations, J.-J. Abrams est sûrement le plus ému d’entre nous pour évoquer ce challenge d’une vie.

Paris Match : Vous venez de terminer L’ascension de Skywalker, mais pouvez-vous nous dire quel sera son ton ? C’est quand même une page qui se tourne…
J.J. Abrams. Difficile de répondre car les neuf films de la saga n’ont jamais embrassé un genre, un ton, mais ont toujours été justement dans le mélange des genres. Je pourrais parler de tragédie, de célébration, de comédie et d’aventure. Un Star Wars réussi doit être un peu de tout cela. Et j’ai hâte que vous le voyiez, car je ne sais pas si vous ressortirez en larmes ou avec le sourire. Il ne s’agissait plus de faire des promesses comme pour l’épisode VII, mais d’apporter des solutions. Nous avons mis la barre assez haut en matière de récit, d’évolution des personnages et de production. Ce que vous allez voir est réellement hors de proportions.

Lire aussi > La folle histoire du scénario de Star Wars IX, volé et mis en vente sur eBay

Que pouvez-vous dire de plus sur le film ?
Vous allez être surpris, peut-être même remué par certaines révélations. Mais quand on connaît la passion des fans de Star Wars, je sais déjà que certains vont être ravis et d’autres déçus. C’est la règle, je n’y peux rien. En tout cas, il était clair dès le départ que le film devait clore un récit étalé sur neuf chapitres. L’ascension de Skywalker est tout sauf un énième épisode…

Nous devions trouver des idées qui nous surprennent nous-mêmes, comme le retour de l’empereur Palpatine.

C’est presque une anomalie à Hollywood, où la production actuelle joue à plein sur les suites et les retours, une sorte d’éternel recommencement…
J’espère encore que cela est possible. Quand nous faisions la série Lost, nous pensions qu’il fallait qu’elle s’arrête au bout de la sixième saison, même si le succès ne se démentait pas. J’ose encore croire qu’à Hollywood certaines histoires doivent se terminer, que les gros sous n’ont pas pris l’ascendant sur la création. Je sais que Kathleen Kennedy à Lucasfilm réfléchit à explorer d’autres pans de l’univers Star Wars, mais c’est réellement la fin de la saga Skywalker.

"Je pourrais parler de tragédie, de célébration, de comédie et d’aventure. Un “Star Wars” réussi doit être un peu de tout cela"
« Je pourrais parler de tragédie, de célébration, de comédie et d’aventure. Un “Star Wars” réussi doit être un peu de tout cela ». ©Sébastien Micke / Paris Match

Quand on est un fan de la saga comme vous l’êtes, comment peut-on s’affranchir de la pression énorme, personnelle et publique, pour écrire un film si emblématique ?

J’avais avec moi un coscénariste, Chris Terrio, à qui l’on doit notamment Argo de Ben Affleck. Et nous nous sommes évidemment posé la question. À un moment donné, il faut se convaincre d’écrire un film, de ne plus se soucier de ces influences extérieures. Nous n’étions pas là pour faire un devoir d’écolier fidèle. Tous les éléments que nous avons utilisés étaient déjà en germe dans les précédents épisodes. Nous n’avons rien inventé. Mais notre travail s’est résumé à cela : “Et si ?”… Nous devions trouver des idées qui nous surprennent nous-mêmes, comme le retour de l’empereur Palpatine. Pour moi, c’était une évidence. George Lucas l’a souvent dit : la meilleure idée sera toujours la première que vous ayez eue. Il y a quelque chose de darwinien dans ce processus d’écriture. Il faut laisser infuser les idées, les laisser se battre entre elles. Mais sur un “Star Wars”, vous aurez toujours un indicateur qui ne trompe pas : si une séquence ne colle pas à la musique qu’a écrite John Williams une fois le tournage terminé, c’est qu’elle n’est pas bonne. Point à la ligne. [Il rit.]

Han Solo a ce charme, ce côté rebelle et désespéré qui en fait un héros parfait.

Carrie Fisher, disparue en 2016, est encore à l’affiche de ce dernier film dans son rôle emblématique de la princesse Leia. C’était une évidence pour vous ?
Elle ne pouvait pas être absente du générique. Par respect pour Carrie et en accord avec sa famille, nous étions absolument contre l’idée de la faire revivre numériquement ou que le rôle soit joué par quelqu’un d’autre. Puis j’ai repensé à un certain nombre de scènes avec elle que je n’avais pas incluses dans Le réveil de la force. En les revoyant, cela a fait sens. J’avais à disposition de quoi magnifier le personnage de Leia. Et, en forme d’hommage à Carrie, nous avons été très attentifs à ce que ces scènes s’intègrent parfaitement. Nous avons dû modifier des détails techniques, mais tout ce que vous verrez a été tourné avec elle, et elle est plus que jamais vivante dans le film.

Lire aussi > Star Wars : L’Ascension de Skywalker : Un fan en phase terminale a pu voir le film avant sa sortie

Quel est votre personnage favori de la saga ?
Han Solo, assurément. Je me souviendrai pour toujours de cette scène dans La guerre des étoiles où il apparaît pour la première fois dans la cantina. C’est d’une simplicité biblique, mais très bien écrit et amené. Solo a ce charme, ce côté rebelle et désespéré qui en fait un héros parfait. On l’aime à la seconde où on le rencontre. J’ai eu beau m’identifier à Luke Skywalker, Solo reste quand même le meilleur ami qu’on voudrait tous avoir.

Mais vous le tuez dans Le réveil de la force !
Ça n’a pas été une décision simple à prendre croyez-moi. Mais elle était essentielle pour nourrir le conflit qui animait Kylo Ren.

Steven Spielberg est un ami et un mentor car il m’a fait comprendre le cinéma, bien avant même que je le croise.

Vous avez aidé à moderniser Star Wars en  2015, avec un personnage central féminin et des acteurs issus de la diversité. C’était une volonté ou est-ce l’histoire qui a dicté ce choix ?
C’était une volonté d’ouvrir la saga à des héros différents de ceux que l’on connaissait déjà. Mais sans idée préconçue quant au genre ou à la couleur. Star Wars a sans cesse pratiqué l’inclusion et porté un message humaniste.

Avez-vous rencontré George Lucas et travaillé avec lui avant d’entreprendre ce film ?
Oui, je l’ai vu avant l’écriture du scénario. Il nous a beaucoup parlé des thèmes de la saga, de ce qu’il pensait juste, du concept de la force et de beaucoup d’autres choses. Je me suis rendu compte que nous étions en accord sur les fondamentaux.

Je défendrai toujours l’expérience d’un film au cinéma.

Vous avez été le protégé de Steven Spielberg, puis vous avez repris le flambeau de George Lucas. Comment rester fidèle mais aussi se démarquer de l’impact énorme que ce duo a eu sur le cinéma contemporain ?
Je ne mesurerai jamais la chance d’avoir travaillé à l’ombre de ces deux hommes. Steven est un ami et un mentor car il m’a fait comprendre le cinéma, bien avant même que je le croise. George est celui qui a créé Star Wars, et nous lui sommes tous redevables. À partir de là, il s’agit de trouver son propre ton dans un environnement très codifié. Il y a sûrement plusieurs façons de faire un Star Wars mais il sera toujours empreint d’un hommage à son créateur. Je ne suis que le gardien du temple de George Lucas. Même si, il faut s’en souvenir, George avait très tôt fait appel à d’autres réalisateurs comme Irvin Kershner ou Richard Marquand pour L’empire contre-attaque ou Le retour du Jedi.

Lire aussi > Avis aux jedi : Le parc d’attractions Star Wars a enfin ouvert ses portes [PHOTOS]

Disney, qui produit L’ascension de Skywalker, vient de lancer sa plateforme Disney+ pour contrecarrer Netflix. Quel est votre avis sur la révolution qui touche Hollywood actuellement ?
Je défendrai toujours l’expérience d’un film au cinéma, même si on constate la vitalité de ce qui est produit par les plateformes ou à la télévision. Moi qui ai travaillé sur des séries et réalisé plusieurs suites ou reboots [dont celui de Star Trek, NDLR], je crois que tout est une question d’équilibre. Les super-héros ne disparaîtront pas de sitôt. Hollywood doit donc retrouver sa créativité, le goût des auteurs et des idées originales.

CIM Internet