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Golden Globes : Ces réalisatrices qui auraient pu être nommées

Greta Gerwig, réalisatrice de Little Women

Greta Gerwig, la réalisatrice de Little Women. | © Chris Delmas / AFP

Cinéma et Docu

Les Golden Globes ont snobé les films réalisés par des femmes. Encore. 

Natalie Portman pourrait ressortir sa petite pique, devenue culte. En 2018, l’actrice avait annoncé les nommés pour le prix de la meilleure réalisation en modifiant la traditionnelle phrase de lancement par : « Et les nommés masculins sont… » Deux ans plus tard, aucune femme ne figure à nouveau parmi cette liste des Golden Globes. Lors de la cérémonie le dimanche 5 janvier prochain, cinq réalisateurs se disputeront cette prestigieuse récompense : Bong Joon Ho pour Parasite, Sam Mendes pour 1917, Quentin Tarantino avec Once Upon A Time In Hollywood, Martin Scorsese avec The Irishman ainsi que, sans surprise, Todd Phillips et son Joker.

L’absence des réalisatrices est indéniable, mais certainement pas un choc. Dans l’histoire des Golden Globes, seules cinq femmes ont été nommées pour la réalisation, et une seule est repartie avec le prix : Barbara Streisand pour son film Yentl, en 1984. Les autres femmes nommées ces dernières années sont Jane Campion (en 1994 pour The Piano), Sofia Coppola (en 2004 pour Lost in Translation), Kathryn Bigelow (en 2010 pour The Hurt Locker et 2013 pour Zero Dark Thirty) et Ava DuVernay (en 2015 pour Selma). Cette dernière est également la grande absente de la prochaine compétition. Acclamée par la critique, sa mini-série When They See Us n’a pas été sélectionnée.

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Plus de 35 ans après la récompense de Barbara Streisand, nommée également en 1992 pour The Prince of Tides, aucune ne lui a succédé. Et l’édition 2020 ne changera pas la donne. En plus du prix du meilleur réalisateur, aucune femme n’a été mise en valeur dans trois autres catégories principales : Meilleur film dramatique, meilleur film comique et meilleur scénario.

Problème de ratio

« L’identité du réalisateur compte. Cela affecte le genre d’histoires racontées et la manière dont elles le sont, avec de lourdes implications sur la condition des femmes dans l’industrie du cinéma et, par extension, dans la société », a déclaré le 9 décembre Rebecca Goldman, directrice des opérations du mouvement féministe Time’s Up ! « Cette année, il y a eu deux fois plus de programmes chapeautés par des femmes que jamais, et plus de films de réalisatrices sont à venir. Et pourtant, comme les nominations d’aujourd’hui le montrent, les femmes – et surtout les femmes de couleur – continue d’être mises de côté par un système qui retient les femmes, à l’écran comme en dehors. L’omission des femmes n’est pas juste un problème lié aux Golden Globes, mais à l’industrie du cinéma toute entière. Et c’est inacceptable », poursuit-elle dans un communiqué.

Le président de la Hollywood Foreign Press Association, l’organisme en charge des votes pour sélectionner les nommés des Golden Globes, Lorenzo Soria a tenu à répondre à la polémique, soulignant que le processus était uniquement basé sur les oeuvres et l’accomplissement, et non le genre. Une réponse qui ne plaira pas à tout le monde. Mais une chose est certaine : les cinq hommes nommés méritent amplement leur place. Avant de brandir l’autre carte « il n’y a pas de réalisatrices », en voici huit, pleines de talent, qui auraient clairement pu espérer apparaître dans cette liste. Preuve qu’il en existe un bon paquet.

Greta Gerwig pour Little Women

La nouvelle adaptation du classique de Louisa May Alcott est déjà présente dans la sélection grâce notamment au talent de Saoirse Ronan, nommée dans la catégorie « Meilleure actrice dans un film dramatique ». Little Women, ou Les filles du Docteur March dans sa version française, est réalisé par Greta Gerwig. Ce nom vous dit certainement quelque chose puisqu’il s’agit également de la réalisatrice de Lady Bird, lauréat du Golden Globe 2018 pour la meilleure comédie. Après l’annonce des nominations de l’édition 2020, l’actrice Saoirse Ronan n’a pas manqué de remercier la cinéaste, partageant en même temps son avis sur la non-sélection de cette dernière : « elle a fait l’un des meilleurs films de l’année et je pense, vous savez, Laura [Dern, qui joue la matriarche Marmee March] a fait un très bon argument hier, d’une certaine manière, il est en quelque sorte vital qu’une telle chose se produise parce que cela nous rappelle le chemin qu’il reste à parcourir. »

Lulu Wang pour The Farewell

Nommé pour Parasite, Palme d’Or à Cannes, le réalisateur coréen Bong Joon-Ho a quant à lui regretté que The Farewell de Lulu Wang n’ait pas eu de place dans la catégorie meilleur film. Interrogé par Variety, l’artiste peine à comprendre ce déséquilibre, « alors que tant de cinéastes féminines ont produit un excellent travail cette année ». Mince lot de consolation : The Farewell est nommé dans la catégorie « Meilleur film étranger » – bien que la production du film et la cinéaste sont américaines – au côté de l’excellent Portrait de la Jeune Fille en Feu de Céline Sciamma.

Olivia Wilde pour Booksmart

Sont nommés dans la catégorie « Meilleur film de comédie ou comédie musicale » : Dolemite is my Name, Jojo Rabbit, À couteaux tirés, Once Upon a Time in Hollywood, Rocketman. Une sélection qui aurait pu faire de la place pour le teen movie acclamé par la critique Booksmart, le premier film de l’actrice Olivia Wilde. Nommée dans la catégorie « Meilleure actrice dans une comédie » pour sa prestation dans Booksmart, Beanie Feldstein a déploré l’absence de réalisatrices dans la sélection des Golden Globes : « il y a eu tellement de films beaux, extraordinaires réalisés par des femmes, j’aurais voulu qu’il y ait de la place pour elles cette année. »

Melina Matsoukas pour Queen & Slim

Après les célèbres fugitifs Bonnie & Clyde ou encore Thelma & Louise, la réalisatrice américaine Melina Matsoukas raconte la réalité des Afro-Américains face aux violences de l’État dans Queen & Slim. Pour son premier long-métrage, la réalisatrice du clip de « Formation » de Beyoncé s’accompagne au scénario de Lena Waithe, première femme noire à gagner un Emmy Award pour l’écriture de « Thanksgiving » : l’épisode de Master of None racontant le coming-out de son personnage, largement inspiré de sa propre histoire. Elle aussi aurait pu facilement apparaître parmi les nommés du Meilleur scénario des prochains Golden Globes.

Marielle Heller pour A Beautiful Day in the Neighborhood

A Beautiful Day in the Neighborhood raconte l’amitié inattendue (et vraie) entre M. Rogers, immense vedette de la télévision américaine, et le journaliste, rigide et d’ordinaire intraitable avec ses sujets, Lloyd Vogel. Une belle réussite de la part de la réalisatrice Marielle Heller, qui montre les failles d’un animateur d’apparence toujours heureux et bon. Tom Hanks, qui incarne Fred Rodgers, est d’ailleurs nommé dans la catégorie « Meilleur acteur dans un second rôle », aux côtés d’Al Pacino et Joe Pesci (tous deux dans The Irishman), Brad Pitt (Once Upon A Time In Hollywood) ainsi qu’ Anthony Hopkins (The two popes).

Alma Har’el pour Honey Boy

Après avoir reçu de nombreux messages de soutien d’internautes contestant son absence des Golden Globes, la cinéaste israelo-américaine a déclaré sur Twitter : « Ces gens-là ne nous représentent pas. Ne cherchez pas la justice dans le système des récompenses. Nous construisons un nouveau monde ! » Auprès de Variety, Alma Har’el a ajouté que les organisateurs n’ont « aucune conscience » que les temps changent. Avec Honey Boy, elle réalise un film plein d’honnêteté sur l’enfance de Shia Leboeuf et sa relation avec son père, écrit et joué par l’acteur.

Kasi Lemmons pour Harriet

Basé sur l’incroyable histoire vraie de Harriet Tubman, le film de Kasi Lemmons revient sur la vie de cette esclave devenue abolitionniste. Considérée comme l’une des plus grandes héroïnes américaines, Harriet a, grâce à son courage et à sa ténacité, sauvé des centaines d’esclaves et changé à jamais le cours de l’histoire. Celle qui incarne cette légende, Cynthia Erivo, est quant à elle nommée dans la catégorie « Meilleure actrice dans un film dramatique », ainsi que pour la meilleure chanson originale avec « Stand Up ».

Chinonye Chukwu pour Clemency

Après avoir remporté le Grand Prix du Jury au dernier Sundance Film Festival, Clemency est un autre film complètement snobé par les Golden Globes. Dommage. Réalisé par Chinonye Chukwu, ce drame questionne la moralité de la peine de mort, à travers une surveillante de prison qui ne supporte plus son travail. Un point de vue inhabituel qui rend le film encore plus percutant.

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